Auprès de toi

Chapitre 19




 

Son genou au contact du mien, mon esprit se disperse. Déjà, je n'écoute plus Monsieur Ivanovitch. A quoi bon ? Décidément, je ne comprendrais jamais rien aux mathématiques. Le produit scalaire ? C'est joli comme nom, ça ! Mais tout cela est du charabia pour moi.

Je jette un coup d'œil à ma voisine. Lena arbore un sourire radieux ce matin. Ses grands yeux, horizon de toundra sibérienne, pétillent. Les évènements du week-end n'y sont sans doute pas étrangers. Je m'évade au creux de son regard.

- Quel résultat obtenez-vous ? Mademoiselle Volkova ?

Tirée de ma rêverie, je redescends bien malgré moi sur terre.

- Hein ?

Le choc est brutal. Une trentaine de paire d'oeils sont à présent braqués sur moi. Je sens mon visage s'empourprer. Dimitri pousse du coude son voisin et lui glisse quelque chose à l'oreille. Apparemment cela doit être très drôle, car déjà le voisin rit sous cape. En face de moi, Tania s'est retournée sur sa chaise et me souffle quelque chose. Je ne saisis pas un traître mot de ce qu'elle me murmure.

- Pardon, Monsieur Ivanovitch. Pouvez-vous répéter la question, s'il vous plaît ?

- Je disais : quel produit scalaire trouvez-vous, Mademoiselle Volkova ?

Zut ! Il fallait que cela tombe sur moi ! Pourquoi n'a-t-il pas interrogé quelqu'un d'autre ? A coup sûr, il a remarqué que je ne suivais pas son cours et que j'avais la tête ailleurs. Je voudrais ramper sous terre. Là. Maintenant. Etre invisible.

Piteusement, je réponds :

- Heu…Je ne sais pas, Monsieur Ivanovitch.

Ma réponse l'agace, je le vois bien. Il soupire. Il a l'air contrarié. Les mains derrière le dos, il quitte l'estrade et se plante devant moi. Je sens venir le sermon.

- Mademoiselle Volkova ! Quand allez-vous enfin vous mettre au travail ? Je sais bien que les mathématiques ne sont pas votre discipline favorite, mais est-il nécessaire de vous rappeler que leur coefficient au baccalauréat est de 5 ? Je ne pense pas que faire abstraction de ce " léger " détail soit un bon calcul pour décrocher le diplôme. Vous n'y arriverez pas si vous vous obstinez dans cette voie, Mademoiselle. J'ai bien l'intention de vous faire réussir votre épreuve de mathématiques. Même si cela doit être contre votre volonté. Dorénavant, vous resterez après la classe et suivrez des cours de soutien trois fois pas semaine.

Cette décision autoritaire me contrarie. Je me sens humiliée. Comment peut-il me sermonner ainsi ? Et devant tous mes camarades en plus ? Un sentiment de colère monte en moi. J'ai les joues en feu, je le sens. Pourtant je n'ose faire un geste et reste figée sur ma chaise.

- Monsieur Sakharov ? poursuit le professeur en se tournant maintenant vers Dimitri. Acceptez-vous cette mission? Pensez-vous pouvoir aider Mademoiselle Volkova après les cours ?

Je suis de plus en plus ahurie.

C'est quoi ce cirque ? Il nous la joue version "Mission : Impossible" là ou quoi ? " Votre mission, si vous l'acceptez, sera de faire de Mlle Volkova un crack en maths. Attention. Ce message s'autodétruira dans 10 secondes ! "

Tout cela est de très mauvais goût, je trouve.

Docile, Dima acquiesce et répond par l'affirmative. Je n'arrive pas à y croire. Je vais me faire donner des cours particuliers et visiblement, je n'ai pas mon mot à dire dans cette histoire. Je fulmine. J'enrage. Bon, il faut bien reconnaître que ce n'est pas une si mauvaise idée que cela dans le fond. Après tout, Dimitri est très doué en mathématiques. Le premier de la classe à vrai dire. Et des cours de soutien en maths ne peuvent pas me faire de mal. Loin de là. Mais c'est la manière de m'imposer cela qui me dérange. Je n'ai pas le choix. Je ne peux pas protester. Je me tais donc, résignée.

- Bien ! poursuit Monsieur Ivanovitch. Voilà qui est réglé. Vous commencerez demain soir après votre dernière heure de cours. Je laisserai cette salle à votre disposition pour que vous puissiez y travailler. Bon ! Revenons-en maintenant à nos moutons…Ou plutôt, à nos produits scalaires…

Je me sens pitoyable, mais ma colère n'est pas retombée. La tête penchée sur mon cahier, je maltraite mon crayon de papier entre mes doigts nerveux. Je suis tendue. Lena doit le ressentir, car elle pose sa main sur les miennes pour m'apaiser.







Depuis le 26/06/2009