Auprès de toi

Chapitre 2




 

Sur le chemin, je rencontre Tania et Sergueï. Tous les trois, nous nous connaissons depuis l'enfance. Ils sont un peu ma fratrie, le frère et la sœur que je n'aurai jamais. A ceci près que ces deux-là sortent ensemble depuis un mois déjà et ils sont inséparables. Chacun a présenté officiellement l'autre à sa famille respective, comme pour montrer qu'il ne s'agit pas d'une simple amourette d'adolescents. Cela a l'air très sérieux entre eux. Je suis vraiment contente, ils ont l'air très heureux.

- Salut les amoureux ! m'écriais-je en arrivant à leur hauteur

- Bonjour Yulia ! Alors, prête pour une nouvelle semaine ?

- Ne m'en parle pas, j'ai horreur du lundi matin, dis-je d'un ton faussement grognon.

Mais déjà la cloche sonne, arrêtant là notre conversation. Tel un cheptel de cerveaux que l'équipe d'enseignants va abreuver de savoir, les élèves se rassemblent et prennent le chemin de leur classe respective.

Je m'apprête à en faire autant quand, sentant un regard peser sur moi, je m'arrête dans les escaliers et me retourne. C'est là, dans la cohue précédant l'entrée en classe, que je l'aperçois. Elle. Isolée du reste des élèves, personne ne fait attention à cette jeune fille à l'apparence fragile qui semble impressionnée par toute cette joyeuse pagaille. Nos regards se croisent une fraction de seconde, mais déjà elle baisse la tête et fixe timidement le bout de ses chaussures.

- Yulia ? Tania me tire par la manche. Allez tu traînes, viens !

Sortie de ma rêverie, je reprends mon chemin jusqu'à la salle de classe où tout le monde s'installe bruyamment.

***

  - Silence tout le monde ! s'écria Mr Ivanovitch, notre professeur. Sortez vos affaires dans le calme, s'il vous plait !

L'atmosphère devint rapidement studieuse, chacun cessant de parler avec son voisin. Moi-même, je cesse de chahuter avec Tania et Sergueï installés au bureau derrière le mien.

- Bien ! Tout d'abord, bonjour à tous.

- Bonjour, Mr Ivanovitch ! Répondent d'une seule voix les élèves.

- Avant de commencer le cours, je voudrais vous présenter une nouvelle élève. Elle arrive tout droit de notre belle capitale et ne connaît encore personne ici. Aussi, je vous demanderais de bien l'accueillir et de l'intégrer au sein de la classe.

Pendant ce petit discours d'introduction, la jeune fille était restée sur le pas de la porte, gênée de faire l'objet d'une telle attention collective. A cet instant, je n'enviais pas sa situation : être dévisagée comme une bête curieuse, ce n'est pas ce qu'il y a de plus agréable. A sa place, j'aurais sans doute voulu me faire toute petite pour pouvoir entrer dans un trou de souris.

- Viens me rejoindre au tableau, dit doucement Mr Ivanovitch, ne sois pas timide. Les amis, je vous présente Lena. Elle restera avec nous jusqu'à la fin de l'année scolaire.

A côté de notre professeur, tête baissée tel un prisonnier qui attend la sentence, Lena ne se lasse pas de regarder ses chaussures, refusant de faire face à la classe.

- Installe-toi à l'avant-dernier rang au fond, il y a une place de libre.

Les dernières paroles de Mr Ivanovitch me font sursauter. Elle va être à côté de moi en classe ! A cette annonce, je frémis et visiblement, je ne suis pas la seule mal à l'aise. Mais déjà Lena se dirige vers le fond de la classe, s'installant maladroitement près de moi. Il faut que je trouve quelque chose à dire pour détendre l'atmosphère. Mais quoi ? "  Vite, vite, Yulia, trouve quelque chose de pas trop nul à dire !!! "

- Bonjour Lena, moi c'est Yulia, réussis-je péniblement à murmurer.

Lena tourna la tête vers moi et me souris timidement avant de replonger le nez sur son cahier.

- Ceci étant fait, les amis, nous pouvons maintenant commencer la leçon ! Aujourd'hui, nous allons étudier un point de grammaire particulièrement difficile et…

Mais déjà perdue dans mes pensées, je n'entends plus ce que dit Mr Ivanovitch.

***

La matinée m'a semblée interminable, les minutes, les heures s'écoulant lentement. Tout le matin, j'ai vainement tenté de trouver quelque chose d'intéressant à dire à ma voisine. Mais nous n'avons échangé aucune parole, ne sachant ni l'une ni l'autre comment entamer une conversation.

Inhabituellement silencieuse à table, Tania se doute que quelque chose ne va pas.

- Hey, Yulia ?! Tu es avec nous, là ?

- Hein ? Pardon, je ne suis pas dans mon assiette.

- Oui, je vois ça ! s'exclama Tania d'un air taquin. Tu n'as rien touché de ton déjeuner.

Le réfectoire est tellement bruyant qu'il est difficile de s'entendre penser. De plus, j'aperçois Lena, seule quelques tables plus loin. Elle est plongée dans un livre. Apparemment, cela doit être très intéressant, car elle ne prête aucune attention à ce qui se passe autour d'elle.

- La nouvelle n'est pas très causante, dit Sergueï comme s'il lisait dans mes pensées. Hein, Yulia ? C'est pas une bavarde, on dirait.

- C'est son premier jour, c'est normal qu'elle soit intimidée, fit remarquer Tania. Comment tu réagirais toi si tu arrivais dans une école où tu ne connaissais personne ?

- Oui, ma puce, tu as raison, reconnut Sergueï en lui déposant un baiser sur la joue.

J'adore la compagnie de Tania et Sergueï. Ce sont mes amis d'enfance, on discute de tout, ou presque, et même si maintenant ils forment un couple, jamais je ne me suis sentie de trop en leur présence. C'est cela aussi que j'apprécie chez eux : ils sont amoureux fous l'un de l'autre, ça il n'y a pas de doute là-dessus, et en même temps ils savent se faire discrets, veillant à ne pas s'embrasser sans cesse pour ne pas mettre mal à l'aise les personnes qui les entourent. Cette forme de pudeur dans leur relation ne fait que renforcer l'estime et l'affection que je leur porte. Je trouve leur complicité très touchante et je suis contente pour eux.

Moi, je suis célibataire, mais j'espère bien un jour vivre une histoire aussi belle que la leur. Bien sûr, j'ai déjà eu des petits copains, mais c'était en maternelle. Quand on est petit, on change sans cesse d'avis et je n'échappe pas à la règle : moi l'amoureux de ma vie changeait toutes les semaines. Tout cela est bien loin, il y a prescription. Et paradoxalement, ma vie sentimentale d'adolescente est bien vide mis à part le petit béguin que j'ai eu pour Dimitri l'année précédente.

Arrêtant là le cours de mes pensées, je m'aperçois que Lena est sortie de table.

Peut-être est-elle retournée dans la classe avant la sonnerie "

- On va faire un tour dehors pour prendre l'air avant la reprise, dit Tania. Tu nous accompagnes ?

- Hein ? Heu…Non, allez-y tous les eux, les tourtereaux. Moi je passe aux toilettes et je vous rejoins en classe.

- Comme tu veux, Yulia.

- A tout à l'heure.







Depuis le 29/09/2008