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La sonnerie libératrice retentit enfin. Dans un bruyant vacarme de chaises que l'on repousse, mous par un commun élan, tel un seul homme, les élèves sortent en récréation. Contents de prendre l'air, Sergueï et Tania partent devant. - Ben ? Yulia, Lena, vous suivez ? Encore toute énervée en sortant du cours de maths, bien malgré moi je réponds un peu sèchement : - Je passe d'abord aux toilettes. Sans en dire plus, je tourne les talons et pars dans la direction opposée. Tous les trois restent là, interloqués par ma conduite. Un peu mal à l'aise, Lena ouvre de grands yeux ronds. - Elle n'a pas l'air dans son état normal. - C'est le moins que l'on puisse dire, commente Tania. Je ne l'ai jamais vue aussi énervée. - Je ferais mieux de l'accompagner, lance Lena. Nous vous rejoindrons dans la cour tout à l'heure. - Comme tu voudras. Et Lena se lance à ma poursuite. *** Au-dessus de l'évier, je m'asperge le visage pour apaiser le feu de mes joues que la colère a allumé. Ainsi prostrée, je dois offrir un bien triste spectacle à Lena. Silencieuse, elle s'avance derrière moi et d'un geste protecteur pose ses mains sur mes épaules. Les doigts crispés sur le rebord de l'évier, je la regarde dans ce piteux miroir qui me fait face. Elle me sourit, love son visage au creux de mon cou et m'entoure tendrement de ses bras. - Tu ne devrais pas te mettre dans des états pareils, ma Yulia, me murmure-t-elle à l'oreille. Monsieur Ivanovitch voulait simplement t'aider. Certes, il ne s'y prend peut-être pas de la meilleure façon, mais je suis sûre que ce n'était pas intentionnel. Il ne voulait pas t'humilier. - Comment peux-tu en être si sûre ? Cela se voit que ce n'est pas toi qui t'es sentie ridicule devant toute la classe. Cette dernière remarque la fait sourire. - C'est vrai. Je le reconnais, peut-être que j'aurais réagi comme toi si j'avais été à ta place. Mais tu sais, je ne pense pas que Monsieur Ivanovitch soit un professeur sadique, mon Ange. Et puis, admettre ses faiblesses et accepter de l'aide, cela ne veut pas dire bafouer son ego. Je ne suis pas la mieux placée pour t'aider en maths. Loin de là. Mais il n'y a rien de déshonorant à accepter une main qui se tend. Je ne vois pas pourquoi tu te priverais de l'aide de Dimitri pour décrocher ton bac. Son discours jusque-là rassurant, l'évocation de Dimitri me met mal à l'aise. C'est vrai que l'année dernière, j'avais un petit faible pour lui. " Bon ! D'accord, je l'admets : un GROS faible ! " - Heu ? Lena ? A ce propos, il faut que je te dise… - Ne t'en fais pas, je sais. - Comment cela ? Tu sais quoi ? Lena m'adresse une œillade complice dans le miroir - Et bien, Dimitri. - Comment tu peux savoir cela ? C'est Tania, c'est cela ? - Non, ma Belle. Tania ne m'a rien dit. Elle n'est pas ce genre de fille superficielle, pipelette et incapable de garder le moindre secret. De ce côté-là, tu peux être tranquille. Si un jour toi ou moi confions quelque chose d'important à Tania, tu peux être sûre que ce secret-là sera bien gardé. - Ben, je ne sais pas. Nous sommes un groupe bien soudés tous les quatre. Elle aurait pu t'en parler après tout, l'air de rien, au détour d'une conversation. Tu aurais pu être au courant comme cela, supposais-je. D'un mouvement de tête, Lena fait signe que non. - Hum, hum ! J'ai deviné toute seule, comme une grande. Parfois, il n'y a pas besoin de dire. Il suffit de sentir et ressentir les choses. Décidément, Léna m'épate. Dit comme cela, tout paraît si simple. Pivotant sur moi-même, je me retourne vers elle. - Et, qu'est-ce que tu ressens là ? dis-je, une étincelle de malice dans les yeux. Sans un mot, elle referme ses bras autour de ma taille. A cet instant, son regard me brûla autant qu'une étreinte. - La même chose que toi, mon Cœur. Au risque que quelqu'un nous surprenne, en un doux baiser Lena dépose ses lèvres sur les miennes. - Les autres vont se demander ce qu'il se passe si nous ne les rejoignons pas, fait-elle remarquer en s'éloignant de moi. Une dernière fois, je jette un œil furtif au miroir pour vérifier ma mise. Puis je fais volte-face et Lena et moi sortons des toilettes pour retrouver nos deux amis sous le grand chêne qui trône dans la cour de l'école. La journée s'achève sans incident. Après les cours, nous disons bonsoir à Lena avant qu'elle ne regagne le dortoir de l'Internat. Discrètement de la main, j'effleure sa hanche au moment de lui faire la bise. Tania et Sergueï lui souhaitent également bonne nuit. Puis tous les trois nous prenons le chemin du retour. Ce soir au dîner, il faudra que j'explique à mes parents cette histoire de cours de soutien. |