Auprès de toi

Chapitre 22




 

Dans le noir d'encre de la nuit et à toute allure, je traverse la cour pour atteindre au plus vite l'écurie.

Tout est calme. Zorka somnole dans son box, la tête basse. Le froid semble l'avoir engourdi et à chaque respiration les naseaux du vieil animal fument. Je lui verse une double ration d'avoine ainsi que du foin. Puis, flattant son encolure, Zorka vient s'amuser à mordiller ma chapka avant de plonger le museau dans sa mangeoire. La base de ses oreilles est glacée. Quelques frissons parcourent ses flancs. Pourvu qu'il n'attrape pas la grippe équine avec ce froid. Décidant de ne pas prendre de risque, je lui passe d'abord un couvre-reins avant de lui mettre sa couverture polaire. Dans le box voisin, Choumka donne un coup de sabot dans la porte.

- Oui, ma belle ! Je viens !

Une dernière petite flatterie à Zorka et je viens m'occuper de la jument et son poulain. Là aussi, je leur distribue généreusement pitance avant de les couvrir pour la nuit. Le poulain joue avec moi, refusant de se laisser approcher. Cela ne me facilite pas la tache pour bien lui sangler sa couverture. J'y parviens tant bien que mal après plusieurs tentatives. C'est sûr : il n'est pas transit de froid celui-là. Toute l'énergie de la jeunesse bouillonne dans ses veines.

Enfin, je termine ma tournée par Diva qui, de son box, a suivi tous mes faits et gestes. Elle me regarde de ses grands yeux noirs. On dirait qu'une étoile y brille. D'un coup de museau, elle pousse ma main et renifle les poches de mon manteau, cherchant quelques sucreries sans doute. Sans prévenir, elle éternue et me fait sursauter.

- A tes souhaits, ma Crapule !

Son imposante tête sur mon épaule, j'enfouis mon visage dans son pelage roux, mes doigts parcourant ses crins soyeux. Moment de tendresse entre elle et moi. C'est un dialogue silencieux où l'homme et l'animal s'apprivoisent en harmonie. Ainsi pelotonnée contre elle, j'écoute les battements de son grand coeur. Je ferme les yeux. Ma pensée s'évapore dans le néant. La magie opère et dissout cette contrariante journée. Je ne pense plus à rien. Tous mes soucis enfantins se sont volatilisés, disparus aux confins de l'espace temps par sa simple présence.

Le cœur plus léger, je prends soin à présent de Diva en la bouchonnant avec énergie. Puis comme aux autres, je lui pose un couvre-reins par-dessous sa couverture polaire. Je sangle assez fermement pour ne pas que cela glisse tout en veillant à ce que la jument soit suffisamment à l'aise et libre dans ses mouvements. Enfin, je lui donne sa ration du soir et, après une dernière flatterie, je retourne en vitesse à la maison.







Depuis le 26/06/2009