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Mardi matin. Pour une fois, je ne suis pas en retard pour aller en cours. On peut même dire que je suis presque en avance : j'ai le temps de discuter quelques minutes avec Lena avant que n'arrivent Tania et Sergueï. Je suis fière de moi. Deviendrais-je ponctuelle ? La matinée s'écoule tranquillement, monotone. Les cours ne sont certes pas très captivants pour mon esprit volatile, mais au moins aujourd'hui, Monsieur Ivanovitch semble m'ignorer superbement. Rien à signaler. Et c'est gaiement que, la sonnerie de midi ayant retentie, tout le petit groupe gagne le réfectoire pour déjeuner. Discussion animée dans ce brouhaha indescriptible, nous organisons pour la énième fois la fête de fiançailles des amoureux. - Samedi prochain, dit Sergueï, nous avons rendez-vous avec le pope pour nous entretenir avec lui. On voudrait qu'il bénisse les alliances. - Une sorte de pré mariage en quelques sortes, précise Tania. - Ce sera la répétition générale avant le Grand Jour alors, fit joyeusement remarquer Lena. - Comme cela, on fera deux fois la fête en votre honneur, continuais-je sur le ton de la surenchère. - En parlant de faire la fête, est-ce que tu crois que ton père accepterait de nous jouer de la musique pour l'occasion ? me demande Tania. Cela fait si longtemps que je ne l'ai pas entendu jouer de son goudok. Ses paroles me font sourire et je me remémore le temps où papa et son goudok étaient inséparables. Combien de soirées avons-nous passées Tania et moi étant plus jeunes à écouter mon père faire chanter son instrument durant les longues soirées d'hiver ? Un nombre incalculable de fois sans doute. Je me souviens. C'était toujours le même rituel. Quand Tania venait dormir à la maison, principalement pendant les vacances, nous nous dépêchions de nous mettre en pyjama une fois le dîner terminé. Puis, assises sur le tapis devant la cheminée, nous nous enroulions toutes les deux dans une couverture. Ainsi confortablement installées, nous ne disions plus un mot, laissant opérer la magie. Sous les doigts habilles de mon père, le goudok entamait son harmonieuse complainte tandis que maman fredonnait doucement un vieux folklore slave. Nos yeux de gamines alors emplis d'étoiles ne se lassaient pas d'admirer ces deux compères là, heureux et complices. - Je pense que cela lui fera très plaisir de jouer pour tes fiançailles, répondis-je après un instant. Je lui demanderai. Interrompus par la sonnerie, nous retournons en classe pour l'après-midi. Mon premier cours de soutien avec Dimitri approche et pour je ne sais quelle raison, je ne tiens pas en place. |