Auprès de toi

Chapitre 27




 

Silencieusement, nous regagnons le dortoir. Lena ne décolère pas, je la sens tendue. Les propos de Petr l'ont sévèrement égratignée. Cela me touche qu'elle ait pris ma défense tout à l'heure au dîner. Et en même temps, cela me chagrine de voir qu'elle prend cela trop à cœur. Après tout, Petr n'est qu'un idiot qui ne vaut même pas la peine que l'on s'énerve.

Arrivée à sa chambre, Lena ouvre la porte à la volée et va s'échoir sur son lit, la tête dans ses mains. Doucement, je referme la porte derrière moi et m'y adosse. Parcourant la pièce des yeux, je découvre pour la première fois la chambre d'Internat que Lena a personnalisé à son goût. Ce petit cocon qu'elle s'est créée et dans lequel elle se sent bien. Sur le mur face à son bureau, un grand poster représentant un magnifique coucher de soleil sur le Baïkal. 

Impeccablement bien rangée, la pièce n'en demeure pas moins chaleureuse. Sur le bureau et le rebord de fenêtre trônent des photos, autant de souvenirs bien encadrés pour se parer contre la peine des soirs de pluie. Sur l'une d'entre-elles, un militaire tient dans ses bras protecteurs une petite fille riant aux éclats. Sur une autre encore, je reconnais Lena. Elle n'est gère plus âgée que sur la précédente et se tient aux côtés d'une jeune femme radieuse arborant une longue chevelure d'ébènes. Sa mère, je suppose. Elles ont les mêmes yeux et la même expression dans le regard, cette même lueur qu'ont les gens heureux de vivre pleinement.

Rejoignant Lena, je grimpe sur le lit et m'assois derrière elle. L'enlaçant de mes bras, la poitrine pressée contre son dos, je passe mes jambes autour de sa taille. Puis, lovant ma tête au creux de son cou, j'y dépose un baiser avant d'entamer la conversation. 

- Hé, mon ange, dis-je doucement. Ce n'est pas la peine de te mettre dans des états pareils pour si peu.

- Si peu ?

Elle se retourne vers moi et répète :

- Si peu ? Alors cela ne te fais rien qu'on te traite comme cela ? Comme une moins que rien ? Et bien, je suis désolée mais moi cela me dérange. C'est dégradant ! Personne n'a le droit d'en traiter une autre comme Petr vient de le faire. Surtout si cette personne est celle que j'aime. Il a été odieux avec toi. Je ne comprends pas pourquoi tu n'as pas protesté.

- Héla, ma Douce Lenoshka. J'y ai bien pensé de lui démolir la face, crois-moi, mais cela aurait servi à quoi ? Tu sais, Petr est plus bête que méchant. Cela ne vaut pas la peine.

Elle soupire, peu convaincue sans doute par mes propos.

- Ceci dit, cela me fait plaisir que tu te battes pour moi, dis-je d'un ton enjoué. Tu es mon héro.

- Hum ! C'est ça ! Vas-y, moque-toi de moi !

A mon tour, j'entre dans son jeu et lui tire la langue en signe de provocation.

- Ah ! Ouais ! Tu vas voir !

Lena se jette sur moi, s'employant à me faire crier sous ses chatouilles. Je me débats, je riposte, m'appliquant à lui rendre au centuple ses chatouilles. C'est maintenant au tour de Lena de mourir de rire sous mes attaques. Elle se débat, se tortille en tous sens mais rien n'y fait et ses cris redoublent de plus belle quand je parviens à faufiler mes petites mains glacées sous son pull. Puis je clos ses protestations en déposant mes lèvres sur les siennes. C'est un tout autre jeu qui commence.

***

Penchée au dessus de moi, Lena s'amuse à promener ses lèvres dans mon cou tandis que s'apaise doucement le feu que ses caresses ont allumé au creux de mes reins. Quelque chose de froid se presse soudain contre ma poitrine.

- Q'est-ce que c'est ?

Suspendu à une chaîne en or, Lena arbore un superbe pendentif. Je le fais jouer entre mes doigts. La faible lumière de la nuit perçant à travers la fenêtre produit d'étranges reflets bleutés sur le bijou.

- Quoi ? Ah, ma pierre de lune. C'est un cadeau, j'y tiens beaucoup. Je l'ai toujours sur moi.

En forme de goutte et sertie d'un anneau fin, cette perle est magnifique.

- Comment cela se fait-il que je ne l'aie jamais remarquée si tu la portes tout le temps ?

- Je la cache sous mes vêtements, voilà tout. Je la mets toujours dans mon décolleté, précise Lena.

- C'est bien ce que je dis : comment ça se fait que je ne l'ai jamais remarquée ?

Elle me regarde et sourit. Je pourrais me damner pour ce regard-là. Ses grands yeux verts magnifiques m'envoûtent. Elle pourrait me demander l'impossible, je le ferai. Pour elle. Simplement pour elle.

 - Allez, mon Ange ! Il faudrait songer à dormir à présent. On se lève à 5h demain.

Je dois afficher le regard globuleux d'un poisson clown car Lena se met à rire de bon cœur.

- Hein ? Non, mais t'es malade ? m'explamais-je. Les cours ne commencent qu'à 9h.

- Je sais. Mais on ira courir avant d'aller en classe. D'habitude, je mets le réveil à 5h30 mais je parie qu'il me faudra bien une demie heure pour parvenir à t'extraire du lit.

- Ouais. C'est pas dit que tu réussiras à me réveiller de si tôt. Surtout si c'est pour aller faire du footing en plus.

- Je peux être très persuasive quand je veux, me lance Lena sur un ton de connivence. Bonne nuit.

Un dernier baiser. Et elle se tourne en position fœtale de l'autre côté du lit. Je me colle à elle, le visage dans sa soyeuse chevelure, pour m'endormir dans son parfum.







Depuis le 28/07/2009