Auprès de toi

Chapitre 3




 

Restée seule, je baisse la tête et me concentre sur mon assiette. Décidément, ce qu'il y a dedans n'est pas très ragoûtant. " Qu'est-ce que c'est que ces Trucs Non Identifiés ? La cuisinière veut nous empoisonner aujourd'hui ou quoi ? " Cette douteuse mixture me donne la nausée. Je me lève de table et rapporte en cuisine mon plateau auquel, bien sûr, je n'ai pas touché. Cette attitude-là ne me correspond pas, je le fais, et pourtant je ne peux rien y changer. Décidément aujourd'hui j'ai la tête ailleurs, je me sens vraiment bizarre. Nonchalamment, je me promène dans les couloirs bien silencieux pour rejoindre ma classe.

Soudain, je ressens un pic de douleur dans le bas ventre. "Mon dieu, qu'est-ce qui m'arrive ?" Crise de panique. Je sens monter en moi une incontrôlable bouffée de chaleur. Mon souffle s'accélère, mon sang cogne à mes tempes. Je ne sais pas quoi faire. En dépit de la douleur qui me plie en deux, je me mets stupidement à courir. Vite, les toilettes ! Alors que j'avais si chaud tout à l'heure, je sens maintenant des sueurs froides me parcourir l'échine. J'ai la tête qui tourne. Il n'y a personne dans les couloirs ; seul le bruit de mes pas comme unique témoin de ma course folle. Soudain je percute quelque chose. Je chute. Des objets tombent à terre. Les images dansent devant mes yeux, puis tout devient noir.

***

- Yulia ?

Au loin, cette voix douce prononce mon nom. Où suis-je ? Je ne me rappelle pas. Que s'est-il passé ? Aïe, ma tête. Je ne me sens pas très bien. J'ai la tête qui tourne, comme si j'avais fait trop de manège. Trop fatiguée pour ouvrir les yeux, je suis à demi consciente. A nouveau, mes sens s'évaporent et je m'évanouis.

Je ne sais pas combien de temps j'ai dormi. Longtemps sans doute. Mes paupières sont lourdes. J'ai l'impression d'avoir le visage bouffi. "Quelle sensation bizarre !" Dans un effort qui me paraît surhumain, je tente d'ouvrir les yeux. Tout est encore embrouillé dans mon esprit. La rétine agressée par la lumière, plusieurs fois je cligne les paupières. J'arrive maintenant à distinguer auprès de moi une silhouette assise sur une chaise. Elle s'approche, je sens qu'elle se penche au-dessus de moi. Ce parfum. J'aime ce parfum. A nouveau, je fais l'effort d'ouvrir les yeux. De grands et beaux yeux verts me regardent. C'est un ange. Un ange à la crinière rousse qui se fait du souci pour moi.

- Comment tu te sens ?

Jusqu'à ce matin, je n'avais pas encore entendu le son de sa voix. Léna me parle doucement, le visage marqué par l'anxiété. C'est troublant comme le timbre de sa voix trouve écho à mon cœur.

- J'ai connu mieux, murmurai-je. Merci de t'occuper de moi.

A ce moment-là, Madame Bidou l'infirmière scolaire entre dans la pièce m'apportant un remède ainsi qu'une grande tasse de thé sucré bien chaud.

- Tu nous as fait une belle frayeur, Yulia, dit-elle. Heureusement que Léna était dans ce couloir, tu lui es littéralement tombée dessus. Si elle n'avait pas été là, tu te serais sans doute évanouie dans un coin et nous te chercherions encore.

- Je suis désolée, Madame Bidou, pour tout cela.

- Ne t'inquiète pas. Remercie plutôt Léna, tu as failli lui faire avoir une crise cardiaque quand vous vous êtes percutées.

Je ne me souviens pas. Comment cela s'est-il passé ? Portant ma main à mon front, je m'aperçois que j'ai une bosse.

- Moi aussi j'ai la même, dit Léna en souriant.

- Pardon, j'ai été stupide de courir comme cela. Toi aussi, tu as une sacrée bosse par ma faute.

- Ce n'est rien. J'ai eu peur que tu te sois cassée quelque chose en fait, ta tête a cogné le sol. Alors j'ai crié pour que quelqu'un vienne et, par chance, il y avait ton ami Sergueï qui m'a entendue. C'est lui qui t'a portée jusqu'à l'infirmerie.

- Mais où sont-ils ? Sergueï ? Tania ?

- En classe, ils s'occupent de prendre nos cours. Ils passeront nous voir après. Tu sais, je crois qu'ils ont eu très peur pour toi, eux aussi.

- Ce n'est pas bien grave, répondis-je. Je n'ai rien mangé à midi, c'est pour ça que je suis tombée dans les pommes.

- Ce n'est pas très malin en effet, me dit Léna. Reprends des forces et bois le thé sucré de Madame Bidou pendant qu'il est encore chaud. Tiens.

Joignant le geste à la parole, Lena me tend la tasse. Mes bras, mes mains sont encore tout engourdis. Je risque d'échapper la tasse. Voyant ma faiblesse, Léna m'aide doucement. Ce simple geste de compassion éveille en moi un sentiment très troublant que je ne peux décrire. A cet instant, je suis heureuse qu'elle soit là, à mes côtés.

***

En fin d'après-midi, Tania et Sergueï passent prendre de nos nouvelles. Je me suis reposée et ma tête ne tourne plus.

- Coucou Yulia, lança Tania en entrant. Comment ça va ?

- C'n'est pas la méga forme, mais ça va mieux.

- Le proviseur a prévenu tes parents, ils vont venir te chercher pour t'éviter de faire le chemin à pied.

- Je n'avais pas pensé à cela. Et Léna ? Quelqu'un vient la chercher ?

- Je suis interne, tu sais. D'ailleurs je vais monter dans ma chambre, faire une bonne nuit de sommeil pour être en forme demain. Sergueï, Tania, merci de m'avoir copié les cours de l'après-midi.

Avant de partir, Lena fait la bise à mes amis ainsi qu'à moi-même. Décidément, son parfum m'est très agréable.

- A demain.







Depuis le 02/11/2008