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À pas de loup, j'ai regagné ma chambre avant que ne s'éveille la maisonnée. L'air est vif sur le chemin de l'école ce matin-là. - Tu as déserté mon lit, toi. Tu sais comme j'ai horreur de me réveiller seule ? - Imagine la tête de ma mère si elle nous avait trouvées ainsi nues, dis-je, un éclat de malice dans le regard. Lena fait la moue, visualisant la scène avant de dire : - Finalement, oui, tu as raison. Et elle éclate de rire. - Je sais…J'ai toujours raison. - Hey ! Ça va, les chevilles ? Ne prenant même pas la peine de vérifier l'enflure de mes pieds, je réponds du tac au tac, l'air fier et malicieusement insolent : - Très bien, merci ! À mon tour d'éclater de rire quand elle se jette sur moi pour me chatouiller et me faire ainsi payer le prix de mon insolence. Sur la grosse pierre du croisement, Tania est assise là qui nous attend. À notre venue, son visage s'illumine. - Salut, vous deux ! lance-t-elle, gaiement. Cela fait longtemps que je ne l'ai vue ainsi, l'air heureux. La lettre qu'elle tient précieusement entre ses mains n'y est certainement pas étrangère. -Qu'est-ce qui te rends si joyeuse de bon matin, ma Tania ? Je la serre dans mes bras tandis que nous échangeons une bise. - Sergueï ! Sergueï a écrit ! Il est vivant ! Il est vivant ! Lena vient s'asseoir à son côté, sur la grosse pierre. Elle est à peine installée que déjà Tania s'effondre sur son épaule. C'est un tel soulagement pour elle de recevoir enfin des nouvelles de son Amour que l'angoisse accumulée depuis ces dernières semaines s'apaise brutalement avec cette lettre. Le silence de Sergueï depuis son départ et la peur viscérale de le savoir exposé au danger ont fait naître le néant dans le cœur de Tania. Les nerfs à fleur de peau depuis trop longtemps elle déverse ses rivières, ce trop plein d'émotions sur une épaule amie. Lena la berce en ses bras protecteurs, et l'apaise. - Chuuuut ! Bien sûr qu'il est vivant, ma Tania ! Crois-tu qu'il t'abandonnerait comme cela ? Allons ! Allons ! Calme-toi. Qu'est-ce qu'il écrit ? Raconte nous ! Tania se frotte les yeux et renifle. Accroupie près d'elle je lui sèche les joues rouges des sillons que les larmes ont laissés avant de lui tendre un mouchoir que j'ai fébrilement extirpé de ma parka. La voix éraillée d'avoir pleurée, Tania résume la lettre de Sergueï - Son unité est postée à Nijni Novgorod. Il supervise l'approvisionnement en munitions. Dans trois jours il doit rejoindre une garnison plus au sud...Mais il ne dit pas où. - Il n'a sûrement pas le droit de dire où il est, au cas où sa lettre serait interceptée - Oui, tu as sans doute raison...En tout cas, on lui manque beaucoup. J'espère qu'il pourra l'avoir sa permission pour Lena et moi sommes estomaquées. Avons-nous bien entendu ? Voyant nos visages ahuris, Tania répète : - Je suis enceinte. |