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- Comment vas-tu l'appeler ? - Yulia ! J'en suis à peine à trois mois de grossesse. Je ne sais même pas si c'est un garçon ou une petite fille. - Oui, mais tu as sûrement déjà réfléchi à des prénoms, dit Lena. - Bien sûr, mais je n'en ai pas encore discuté avec Sergueï. Il n'est pas encore au courant, précise Tania. - Qu'est-ce que tu attends pour lui annoncer la bonne nouvelle ? Il va être fou de joie, j'en suis sûre. - J'espère. Je vais lui envoyer la première photo du bébé. - Quoi ? Tu as déjà fait une échographie ? m'estomaquais-je. - Non, pas encore. Je passe au cabinet de ton père ce soir. - Quoi ? dis-je de plus en plus surprise. Papa était au courant et il ne m'en a rien dit ? - Secret professionnel, commente Lena. - Ouais…Mais quand même ! rétorquais-je, la mine boudeuse. - Vous n'avez qu'à venir avec moi, propose Tania comme pour se faire pardonner de ne pas nous avoir annoncé la bonne nouvelle plus tôt. Maman viendra avec moi aussi. Cette proposition a tôt fait de dissiper ma mauvaise humeur. Je suis aux anges et dépose un baiser bruyant sur la joue de Tina pour la remercier. Mais déjà nous arrivons aux abords de l'école. Une clameur venue de la cour d'honneur nous parvient aux oreilles nombre d'élèves sont postés là, à attendre devant l'entrée principale. Monsieur Gordievski notre proviseur se tient devant la foule, au sommet des grands escaliers, la mine blafarde et le front perlé de sueur malgré la fraîcheur du matin. À son côté, un haut gradé toise la foule d'écoliers d'un œil noir. Je n'avais pas fait attention mais une dizaine d'homme en armes encercle l'ensemble des professeurs réunis sur le perron tandis qu'un tout terrain muni d'une mitraillette tient le reste de la foule en respect. La scène devient totalement irréelle alors quand mon regard se fixe sur les mains menottées de notre proviseur. Lâchant la main de Lena, je me faufile et rejoins un groupe d'élèves de ma classe pour tenter de glaner quelques informations. - Qu'est-ce qu'il se passe ? - Le maire a remis les clefs de la ville à l'armée - Hein ? Quoi ? Pourquoi ? - Ben parc'que c'est la guerre, Chérie ! lance la voix fluette d'une blonde occupée à tripoter ses boucles tout en mâchouillant bruyamment son chewing-gum. Tssss ! Cette fille-là a le cerveau aussi grand que son string. - Ah bon ?! J'étais pas au courant, rétorquais-je sur un ton plus que sarcastique. - Apparemment Monsieur Gordievski n'a pas obéi aux ordres du Ministère, explique un grand garçon brun sur ma droite. - Mais on envoie pas l'armée pour ça, dis-je scandalisée. - Sauf quand il s'agit de recenser tous les élèves aptes à se battre. Je repense au coup de colère du proviseur. À la panique de sa secrétaire. Ainsi c'était donc cela. Je comprends à présent la fureur du proviseur ce jour-là quand Lena et moi étions allées le voir. Mouvement de foule. Une fraction de seconde je perds des yeux mon proviseur et son bourreau d'officier. Ils descendent les marches, suivis par l'ensemble des soldats et rejoignent le 4X4 blindé. Toujours menotté, Monsieur Gordievski est alors callé contre l'aile du véhicule. Tout le monde s'écarte tandis que les soldats reculent d'une dizaine de pas. Pas un mot. Pas une parole de la part du haut gradé. Un simple geste. Un claquement de doigt. Le temps de n'y rien comprendre. Dans un éclair blanc. En une détonation. Cris d'effroi parmi la foule. Monsieur Gordievski s'écroule, inerte. - Voilà quel châtiment est réservé aux traîtres de notre Sainte Russie, claironne l'Officier d'un air grandiloquent. Demain à la première heure, j'attends tous les hommes de cette ville. TOUS ! Sans exception ! Il est temps de débarrasser cette région des terroristes. |