Auprès de toi

Chapitre 39




 

Choquées d'avoir vu Monsieur Gordievski se faire abattre de la sorte sous nos yeux impuissants, nous sommes rentrées nous réfugier chez les parents de Tania. Pendant tout le trajet, cette dernière n'a cessé de geindre et pleurer, secouant de sanglots l'enfant qu'elle porte. C'est horrible ! Pourquoi ont-ils fait ça ? C'est pas possible ! C'est pas possible !  Moi-même je n'arrive pas à y croire. Notre proviseur. Descendu comme un vulgaire chien galeux. Naïvement, j'étais persuadée que de tels agissements étaient tout bonnement impossibles. À croire que l'état de guerre octroie cette liberté d'agir dans l'arbitraire et selon la loi du plus fort, les plus puissants s'arrogant le pouvoir de vie ou de mort sur autrui.

Dès notre arrivée, je kidnappe le téléphone et préviens maman. Lui expliquer ce qu'il vient de se passer. Et la rassure également. Très pragmatique, sa voix résonne comme une sommation dans le combiné :

- Ne bougez pas d'un pouce ! Tu m'as compris, Yulika ? Ne bougez pas de chez Tania. Sous aucun prétexte, d'accord ?! Je préviens ton père, il va venir vous chercher. Mais de grâce, ne sortez pas de la maison et barricadez-vous.

Sur ces instructions je raccroche, perplexe.

***

À peine quarante minutes plus tard, mon père tambourine à la porte de la maisonnée.

- YULIA ? Les filles ?! C'est moi ! Ouvrez !

Je n'avais jamais vu mon père  accoutré d'un treillis. Ses épaules revêtent un énorme sac à dos siglé du blason tatar. Essoufflé et fébrile, il pose mille questions, s'informant sur ces hommes, cette milice venue investir le lycée et ôter la vie de son directeur.

Pour lui, chaque détail semble revêtir une importance capitale et nous sommes bien en peine de satisfaire sa curiosité quand il nous demande quel modèle de kalachnikov armaient ces hommes.

- Et les blindés ? Quels chiffres sur leurs portières ?

- Papa ! lançais-je, agacée.

- D'accord ! D'accord ! J'arrête de vous ennuyer avec mes questions. Mais, s'il vous plaît les filles, si un détail vous revient dites-le moi. Cela peut être important.

D'un mouvement de tête, nous promettons. Cela étant fait, mon père farfouille à présent dans l'énorme sac qu'il avait tantôt posé à ses pieds, extrayant mille et un objets tous plus insolites les uns que les autres. À croire qu'à l'instar de celui de Mary Poppins ce sac là non plus n'a pas de fond.

- Ah ! Voilà ! dit-il triomphalement, montrant un échographe portatif. Et si nous faisions la connaissance de ce petit bébé ?







Depuis le 11/10/2009