Auprès de toi

Chapitre 45




 

La chambre est spacieuse, le lit immense. À la réflexion, je ne me rappelle pas être déjà venue dans la chambre de Baba Slava. Une grande armoire en bois noir trône jusqu'au plafond. Tout me semble démesuré dans cette pièce qui abrita les tendres années de mes arrière-grands-parents. Franchir le seuil de cette porte est comme un saut dans le Temps. Et paradoxalement, je m'y sens bien.

- Il y a une petite salle de bain là, commente Baba Slava en bonne maîtresse de maison. Bon, ce n'est pas très grand mais c'est au moins ça.

D'un air ahuri, Lena balaye des yeux cette chambre. Mal à l'aise, à la recherche d'un objet familier, de quelque chose d'insignifiant mais qui la rassurerait

Percevant son trouble, Babouchka ajoute :

 - Oh et puis, Yulia, fais que ton amie se sente à l'aise. Lena, ma maison est la tienne. Tu es ici chez toi.

Et comme pour signifier qu'elle est la bienvenue, Laïka cherchant la caresse vient se frotter contre les jambes de Lena.

- Tu t'es faite une amie pour la vie, dis-je malicieusement, regardant mon ange roux  se faire bousculer par la jeune chienne avide de caresses. Définitivement, je crois que tu es adoptée par le fauve de la maison.

Sentant que nous parlons d'elle, Laïka se met à japper tandis que d'une seule et même voix nous nous mettons toutes les trois à rire joyeusement.

- Ah ! Autre chose. J'allais oublier.

Le visage de Baba Slava se ferme et redevient sérieux avant de poursuivre :

- Vous pouvez sortir de la maison sans être vues. Il y a une trappe sous le lit. Le passage vous mènera de l'autre côté de la colline du Kremlin. Mais attention, il n'est à emprunter qu'en cas d'ultime nécessité : l'ouverture de la trappe est reliée à une alarme. Un membre de l'organisation vous attendra à la sortie du tunnel en cas de besoin.

Je hoche la tête en signe d'approbation. Geste dérisoire pour briser ce silence qui s'installe entre nous.

- Bon ! Et maintenant excusez-moi, je dois sortir. Non, Laïka ! Cette fois-ci tu ne m'accompagnes pas. Veille bien sur nos deux jeunes filles. Je n'en ai pas pour longtemps.

Nous regagnons la cuisine. Baba Slava saisit sa chapka puis vérifie qu'elle a bien les précieuses feuilles avec elle avant d'enfiler son manteau.

- Verrouillez bien la porte derrière moi. Trois petits coups brefs suivis de deux plus espacés, ce sera le signal pour que vous sachiez que c'est bien à moi que vous ouvrez, d'accord ? Si ce n'est pas le cas, filez dans la chambre, vous savez ce qu'il vous restera à faire. Allez ! À tout à l'heure mes chéries.

Babouchka nous dépose chacune un baiser sur le front avant de lancer sur le pas de la porte :

- Il doit y avoir de quoi vous rassasier si vous avez faim. Tout est dans le buffet de la cuisine, vous n'avez qu'à vous servir.

Et la porte se  referme sur ses mots. Je donne un tour de clef pour verrouiller l'entrée.

 ***

- Oh ! Regarde ! Du miel !

Je farfouille dans le buffet à la recherche de quoi se mettre sous la dent. C'est vrai que nous avons une faim de loup. Nous n'avons prêté aucune attention aux protestations de nos estomacs depuis que nous avons fui la maison. Et c'est comme si nous venions de découvrir un trésor. Lena affiche un regard émerveillé d'enfant devant ce pot de gourmandise.

- Comment a-t-elle pu dénicher cela ? Avec toutes les restrictions et les réquisitions pour l'armée …C'est pas croyable ! s'estomaque ma belle rousse.

- Elle l'a sûrement acheté au marché noir. Trop forte, ma Baba Slava ! Tiens, à toi l'honneur! dis-je en désignant le précieux pot.

Lena le dévore d'abord des yeux avant de saisir de l'index un rayon de miel qu'elle me tend, l'air malicieux. Appelée par la gourmandise, je ne peux résister et lui lèche le doigt non sans lui avoir jetée au passage un regard coquin qui la fait rougir.

- Rhooo ! Tu manges comme un petit cochon, me lance-t-elle, faussement fâchée pour dissimuler son trouble. Tu en as partout.

Et sans prévenir elle se jette sur moi, m'embrassant sensuellement pour goûter le miel logé au coin de mes lèvres. Contact de sa peau sur la mienne. Et c'est à mon tour d'être troublée au plus profond. Je dois faire une drôle de tête, car déjà Lena rit à gorge déployée. Laïka couchée en rond contre la porte d'entrée redresse la tête, ses grandes pupilles jaunes nous regardant d'un air dubitatif.

- Oups ! Je crois qu'on nous espionne, chuchotais-je avant de lover mon visage au creux du cou de mon amante et d'éclater de rire.

Son regard comme une caresse sur moi, je devine que Lena a une idée en tête.

- J'irais bien prendre une douche, me susurre-t-elle à l'oreille. Qu'en dis-tu ?

- Je dis que j'aurais dû y penser la première.

A peine le temps d'achever ma phrase que Lena s'est déjà levée de table, courant dans le couloir. Je me lance à sa poursuite. Hey ! C'est pas du jeu ! Prem's ! Je la rattrape sur le seuil de la chambre. Lui saisissant le poignet, je l'attire à moi. Lena me plaque contre le mur, m'immobilisant les mains au dessus de la tête.

- J'ai gagné !

- Okay, je me rends !

Elle m'embrasse comme jamais, s'appliquant à jouer avec mes sens. Et tandis que s'effeuillent les vêtements, sans jamais nous séparer nous gagnons la salle de bain. Du pied, je referme la porte sur nos amours.







Depuis le 11/10/2009