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Les jours se suivent et se ressemblent. Les semaines défilent sans que nous puissions jamais sortir de cet appartement. Les seules nouvelles de l'extérieur dont nous disposons sont celles que Baba Slava rapporte de ses sorties quotidiennes. J'en ai marre d'être enfermée ici, de ne pouvoir profiter des rares rayons de soleil au dehors venus baigner de leur pâle chaleur Kazan, la Belle revêtue de son manteau d'hiver. Ce soir, Baba Slava rentre plus tard encore qu'à l'accoutumée. Il est bientôt 21h, et elle n'est toujours pas là. Lena et moi nous nous faisons un sang d'encre, attendant, scrutant la nuit noire au travers des petits carreaux à guetter la silhouette familière. Puis c'est la délivrance : on toque enfin à la porte selon le code convenu entre nous. Toc! Toc! Toc! Toc! Toc! Dès son entrée, je ne peux m'empêcher de noter sa mine fatiguée. Baba Slava a les traits tirés, l'air las. Elle tient en ses mains meurtries par le froid et les rhumatismes quelque chose enroulé dans du papier journal. - Cela n'a pas été facile mais j'ai réussi à dégotter ça, dit-elle, dévoilant son trésor sous nos yeux ébahis. Vous m'en direz des nouvelles. Du jambon ! Moi qui en avais assez de manger tous les jours de la soupe de betterave, je suis aux anges. Voilà qui change de notre ordinaire. - Un paysan du coin a " oublié " de déclarer son cochon aux autorités vétérinaires, explique Baba Slava en nous adressant un clin d'œil. C'est une chance de pouvoir trouver encore un peu de viande en ces temps difficiles. Ce soir, ce sera un véritable festin. - Mmmmh ! Ça mettra du beurre dans les épinards, commentais-je, ravie. - …Ou du jambon dans la betterave plutôt, répond Lena du tac au tac. Et tout le monde éclate de rire avant de se mettre à table de bon appétit. Depuis quelques jours déjà une idée me revient inlassablement en tête. Résolue à aborder le sujet ce soir, je lance la conversation durant le dîner. - Babouchka ? Je voulais te demander … Je voudrais écrire à Tania. - Ma chérie, je savais que tu poserais tôt ou tard la question mais … Cela est trop dangereux de faire circuler du courrier entre Kazan et Kurmanakovo. Te rends-tu compte si ta lettre est interceptée les conséquences que cela peut avoir ? De ce point de vue là, Baba Slava a mille fois raison mais je n'en démords pas : - Je ne lui dirai pas où nous sommes. Je n'écrirai rien d'important. Je veux juste qu'elle sache que nous allons bien. Elle doit être très inquiète … Ce n'est pas bon d'être inquiète quand on est enceinte, tu sais … Oh ! S'il te plaît, ma Babouchka … Cessant là mon flot de paroles je me mure dans le silence, m'appliquant à lui faire les yeux doux pour l'attendrir. - Bon ! D'accord, tu as gagné ! cède enfin Baba Slava après quelques secondes de réflexion. Mais tu n'écriras rien de précis. Tu ne lui diras ni où vous êtes ni avec qui, suis-je bien claire ?!! Je m'arrangerai pour faire porter ta lettre par quelqu'un de confiance qui la remettra en main propre à Tania. Allez ! Et maintenant au lit ! Bonne nuit les filles ! Spontanément je lui saute au cou, la couvrant de baisers avant de filer me mettre en pyjama. - Merci ma Baba ! Merci ! Merci ! Merci ! *** A plat-ventre sur le lit, je réfléchis à ce que je pourrais bien écrire à Tania. J'ai tellement de choses à lui raconter depuis que nous avons fuit la maison, tellement de choses que je n'ai jamais osé lui dire jusqu'à présent. Ma petite sœur. Ma Tania. Mon autre moi-même. Elle représente tellement pour moi que coucher mes sentiments sur ce foutu papier est mission impossible tant les liens qui me lient à elle sont profonds. C'est paradoxal. Je le sais bien. Je n'ai jamais réellement su exprimer la force de mes sentiments, cette si sincère Amitié que je n'aurais jamais pensé vivre même dans mes rêves les plus fous. La plupart du temps je me tais, me contentant d'un échange de regards qui en dirait bien plus long que toutes les phrases que je ne saurais dire. Tania et moi nous nous comprenons ainsi. Et l'on se devine au détour d'un regard. Un simple regard que seuls les amis de longue date savent comprendre. - Ça y est, mon Ange ? lance Lena en me rejoignant. Tu as écrit tout ce que tu voulais dire à Tania ? Elle s'assoit au bord du lit, se penchant au dessus de mon épaule pour admirer la feuille tristement vierge que je contemple depuis de longues minutes déjà. - Je ne sais pas quoi lui mettre…Je ne voudrais pas qu'elle croit qu'on l'a abandonnée… Il ne se passe pas une journée sans que mes pensées me ramènent à elle et au bébé. - Je le sais, mon Ange, me réconforte Lena, déposant un baiser tendre au creux de mon cou. Je le sais, mon Ange. Je pense également beaucoup à elle aussi, tu sais. - Alors pourquoi je n'arrive pas à lui écrire cela ? POURQUOI ?? J'enrage contre moi-même. Ma gorge se serre. Je sens mes yeux tirer sur le signal des larmes. Mais je me retiens tant bien que mal. A nouveau Lena m'embrasse dans le cou, sa main dans mon dos distribuant de tendres caresses qui m'apaisent. - Parce que tu as cette pudeur d'âme, me susurre-t-elle à l'oreille. Cette pudeur d'âme que j'aime tant chez toi, mon Amour. Tu ne le dis pas mais Tania sait toute l'affection que tu lui portes, ne t'en fais pas. Roulant sur moi-même, je me retourne pour faire face à Lena. Le regard étoilé par la chaude lumière dansante de la lampe à pétrole, j'admire les traits fins de mon tendre Amour qui me sourit. La paume de ma main dans son cou délicat, mon pouce caresse sa joue, dessinant les contours de son beau visage. Et je souris à mon tour. - Nous lui écrirons ensemble…Un peu plus tard. Nouant mes bras autour de son cou, je l'attire à moi. Oh ! Que j'aime voir cette lueur enflammée dans le miroir de ses yeux. Et nous chahutons dans les draps. Sachant très bien que je suis chatouilleuse, Lena prend un malin plaisir à me torturer les sens. Roulant sur elle, je parviens pourtant à lui immobiliser les mains sur l'oreiller. A califourchon, sa peau au contact de la mienne, je la couvre de baiser. Ainsi neutralisée, c'est à mon tour d'exercer l'exquis ballet de mes caresses sur son corps nu. Le visage lové au creux de son cou, je m'enivre de son parfum. Caressant sa cuisse, mes mains alternent entre griffures légères et frôlements exquis, faisant naître de doux frissons sur sa peau de porcelaine. Ma bouche avide de sa peau étoilée explore ses collines et je joue à chatouiller le lit de sa poitrine avec ma chevelure folle. Lena glapit et gigote, laissant échapper un rire sonore de temps à autres : - Chuuuuuut, mon Ange ! Tu vas réveiller Baba Slava. Et je l'embrasse pour la faire taire. Lena essaye de se contenir, pinçant les lèvres pour s'empêcher de crier. Peine perdue. Elle laisse échapper un cri alors que je disparais sous les draps. Prenant conscience du pouvoir de mes mains sur son corps je la fais quelque peu languir sous la caresse, écoutant sa respiration s'apaiser quelque peu. Puis ma langue aventurière s'en va charmer son bouton des plaisirs dans une danse voluptueuse, intemporelle. Et je suis satisfaite quand, parvenant à la faire gémir, je l'entends soupirer d'aise. |