Auprès de toi

Chapitre 50




 

Tout s'accélère durant les jours qui suivent. Il nous faut préparer notre départ pour Moscou. C'est l'effervescence. Chaque matin Igor quitte l'entrepôt aux premières lueurs pour ne revenir qu'à la nuit tombée. Et chaque soir il fait état des informations qu'il a pu glaner de-ci de-là, notant soigneusement sur un carnet les heures de ronde et de relève des miliciens ainsi que les barrages routiers. Je ne sais de quel contact il dispose mais ce qui est sûr, c'est que son réseau doit être très étendu pour avoir accès à des renseignements aussi confidentiels.

Ce soir là, Igor rentre la mine plus joyeuse encore qu'à l'ordinaire.

- Je les ai enfin ! Cadeau, les filles ! C'est pour vous. Des vrais faux papiers en bon et due forme comme il se doit. Si avec ça on se fait coincer, je ne m'appelle plus Igor Sakachvili.

En effet, ces faux papiers d'identité sont tellement bien imités que l'on dirait des vrais. Je les tourne et retourne entre mes doigts. C'est impressionnant de réalisme.

- Nous n'avons changé que vos noms de famille, explique Sémian. A partir de maintenant, Yulia, tu seras ma nièce. Et toi Lena, la sœur cadette d'Igor.

***

Lena me tourne le dos. Allongée près d'elle j'écoute la mélodie de son coeur palpitant, sa respiration saccadée. Les épaules secouées de tremblements, Lena sanglote silencieusement. Je me presse un peu plus contre elle. Lui faire sentir que je suis là. Que je serais toujours là pour elle. Je l'entoure de mes bras. Disperser les affres qui l'affligent. La protéger est tout ce qui m'importe.

- Je ne veux pas revoir Moscou, lâche-t-elle tout bas.

Remontant les couvertures pour ne pas qu'elle prenne froid, je la serre un peu plus contre moi.

- C'est risqué pour nous ici maintenant. Nous n'avons pas le choix…Et puis…Tu pourrais revoir ta mère, observais-je après quelques secondes de réflexion.

- Tout cela est derrière moi. C'est du passé à présent.

Elle se retourne pour me faire face. Et je ne peux que contempler les embruns de ses yeux. (Léo ferré) Ce regard ténébreux malgré le bleu. Si triste et las. Son mutisme m'effraie mais je n'ose la questionner davantage. Alors je me contente de l'étreindre un peu plus et l'accueillir aux  creux de mes bras.

- Embrasse-moi.

Ses mains caressant ma nuque, Lena m'attire à elle. Et je succombe. Cette nuit-là, nous faisons l'amour pour combler nos silences et cette distance entre nous.







Depuis le 08/11/2009