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23h30. Je rentre enfin de l'hôpital. Me rendre utile auprès des malades est pour moi la façon de fuir cette distance que Lena s'obstine à mettre entre nous depuis que nous avons gagné la capitale. C'est également ma manière à moi d'aider l'organisation. Aider Sémian. Aider Natalia. Soutenir Otpor dans la maigre mesure de mes moyens. Si mon père avait été là, il aurait fait tout son possible pour soulager ces pauvres gens. C'est également en pensant à lui que je fais cela. Arpentant tout le jour ces couloirs senteur d'éther, je passe de chambre en chambre, changeant les pansements, distribuant sourires et gentilles attentions. Armes bien dérisoires pour réconforter ces soldats touchés dans leurs chairs par les horreurs de la guerre. Pourtant le simple fait de ma venue semble illuminer leurs regards. C'est sans doute cela, le fait d'apporter un peu d'humanité à ces pauvres âmes couchées là dans leur lit de souffrance, qui leur donne encore la force de se battre. Contre eux-mêmes cette fois. Se battre pour vivre. Encore. L'appartement est vide. Comme de bien souvent depuis quelques temps. Lena est encore sortie et je ne sais quand elle rentrera. Je ne sais d'ailleurs jamais où elle va. Bien sûr, j'ai essayé de savoir mais à chaque fois notre conversation a tourné court. Ce soir encore je vais attendre qu'elle rentre. Elle ne me dira rien, ou si peu. Prendra une douche puis ira se coucher, le regard las. Voilà un peu plus d'un an que nous sommes ensemble mais ces quelques semaines passées ici, à Moscou, semblent avoir sonné le glas de notre relation. Je ne la reconnais plus. Je ne la comprends plus. Nous qui étions si complices. Quelle ironie du sort. La sonnette retentit soudain. Petits coups brefs qui me font sursauter, interrompant là ma réflexion. Je finis de ranger une pile de linge dans l'armoire avant d'aller ouvrir. Je dévisage cette jeune femme qui se tient devant moi. Ses cheveux d'un noir d'ébène magnifique cascadent majestueusement jusqu'à la naissance de ses reins. La peau gorgée de soleil, elle semble lumineuse pourtant je ne peux m'empêcher de noter l'extrême tristesse de son regard, ses yeux d'abîmes profondes où il me serait facile de me noyer. Je m'attarde sur ses formes. Elle est magnifique, quelques rondeurs sur les hanches et les fesses lui donnent un charme fou. - C'est bien ici qu'habite Lena ? - Heuuu…Oui, nous venons d'emménager mais heu…Elle n'est pas encore rentrée. - Dites-lui de ne pas rester en ville, s'il vous plaît ! C'est très important. Il faut qu'elle parte… (Elle me détaille de haut en bas avant de lâcher sèchement) Et vous aussi. Ayant dit cela, la jeune femme tourne les talons et dévale les escaliers en courant. Lancé depuis le palier mon " Attendez ! Quel est votre nom ? " résonne dans un vide sans écho. C'en est assez ! Ce soir il faut vraiment que nous aillions une discussion sérieuse Lena et moi. Et tant pis si nous en venons à hurler. *** 0h34. Je lutte contre le sommeil quand enfin j'entends la clef tourner dans la serrure. Je suis tout à fait réveillée à présent. Lena passe près de moi, jetant ses clefs dans le cendrier. Je la regarde se diriger vers la salle de bain avant de lancer : - Une femme est venue me voir ce soir…Elle semblait bien te connaître. Elle se retourne. En plein dans le mille ! - Impossible, je ne connais plus personne ici. - Tu es sûre ? Pas très grande, les cheveux noirs et la peau mate. Tu ne vois pas de qui je veux parler ? - Non, pas du tout, répond-t-elle vaguement d'une voix blanche. Elle me ment. Je l'ai vu dans son regard. Ses yeux l'ont trahie. Cela en est plus que je ne peux supporter. - TE FOUS PAS DE MA GUEULE ! Pourquoi tu mens ? Dis-moi la vérité ! Je suis hors de moi. Non pas parce que Lena pourrait avoir couché avec cette fille mais parce qu'elle a essayé de me mentir. Et s'il y a bien une chose que je ne supporte pas, c'est bien le mensonge. Notre relation basée sur la confiance semble comme voler en éclat à cet instant. Je l'attrape fermement par le poignet et sans ménagement l'attire à moi. Mon regard se fixe sur sa pierre de lune pendante à son cou. Lena a la respiration saccadée. Je la sens qui a peur. Peur de moi, de ma réaction. - QUI EST-ELLE ? QUI EST CETTE FILLE, BORDEL ??!!! - Lâche-moi, tu me fais mal ! A peine prononce-t-elle ces mots que je regrette déjà ma conduite et mon emportement. Adoucissant ma main sur son poignet, je plonge mon regard dans le sien, la suppliant intérieurement d'être honnête envers moi. - C'est Luna…Ma first. |