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Je me réveille lentement, les veines encore groggy de substances. Où suis-je ? Pourquoi ces murs blancs ? Le front barré de sueur, je me sens gagnée par les fièvres. Tout est si flou dans ma mémoire. Je ne me rappelle pas. Mon esprit est si embrumé. Pourquoi cette impression étrange ? Il est arrivé quelque chose. Quelque chose de grave. J'en ai l'intime conviction. Mais j'ai beau vouloir forcer mes souvenirs, rien ne me revient en mémoire. Mes mains. Mes jambes. Mon corps est si engourdi. Mes muscles tous ankylosés. Impression étrange. Je peux serrer les poings mais je ne sens pas la pression de mes ongles dans ma paume. Doucement je retrouve mes sens, mes esprits et sors quelque peu de ma léthargie. Quelle est cette douleur lancinante dans ma poitrine ? J'ai mal à m'en faire grimacer. Le sang cogne à mes tempes. Une main douce et caressante se pose sur mon avant-bras. - Maman ? Qu'est-ce que… ? - Chut, ma chérie. Calme-toi, tu as besoin de repos. Elle me caresse le visage, déplaçant une mèche folle derrière mon oreille. Le regard empli de compassion, elle prend ma main dans les siennes. Pourquoi ce sourire triste ? Et tous ces visages penchés au-dessus de moi ? A force de cligner des yeux, ma vision semble devenir plus nette et je distingue à présent Semianyki ainsi qu'un autre homme tout de blanc vêtu à mon chevet. Le visage préoccupé de Sémian m'envahit d'effroi. - Mais que s'est-il passé, bordel ?!!! Où est Léna ? Dans un ballet frénétiquo-hystérique, je dévisage tour à tour ma mère et Sémian. La carrure imposante et rassurante de cet homme s'effrite quand, les yeux scintillants de larmes, il murmure d'une voix raillée de tristesse : - Il va falloir être forte, ma Yulika. *** Mes mains meurtries par le souffle de l'explosion ne se lassent pas de parcourir les pages de ce précieux cahier, mes yeux de lire ces lignes écrites par la femme que j'ai aimée. Encore sous le choc, assise là dans ce lit blanc, je passe mon temps à caresser le papier sur lequel elle a couché ses dernières pensées. Geste dérisoire pour combler l'absence.
Je te donne mes silences, mes rêves permis,
Je referme son journal intime, l'enserrant précieusement sur ma poitrine. Au dehors, le tonnerre gronde. Et comme si Dieu pouvait savoir toute la tristesse de mon âme à cet instant, des larmes du ciel ruissellent sur les fenêtres de mon cœur. |