Auprès de toi

Chapitre 7




 

A demi consciente de ce qui m'entoure, je somnole. Pourtant, je ne suis pas surprise de sentir Léna se pencher au dessus de moi. Ses yeux sont encore un peu rougis par les larmes mais elle me sourit affectueusement. Prenant l'initiative, elle m'embrasse. Son baiser est doux. Mettant mes bras autour de son cou, j'en redemande et l'attire à moi. Léna ne se fait pas prier, distribuant généreusement ses baisers que je m'applique à lui rendre sans avarice. Je sens le désir progressivement monter en moi. Ma respiration s'accélère, mon souffle devenant rauque à mesure que mes mains parcourent le corps de Léna, s'attardant sur le cambré de ses reins. Je ferme les yeux pour mieux maîtriser mes sens.

- Je t'aime, ma Yulia ! murmure Léna d'une voix transportée par l'émotion.

Ces mots que plusieurs fois déjà j'avais secrètement rêvé qu'elle me dise trouvent écho à mon coeur.

- Moi aussi, Léna, je t'aime tellement fort. Je ne suis plus tout à fait la même depuis que tu es entrée dans ma vie. Je suis bien avec toi.

Un dernier baiser passionné, puis nous décidons de reprendre notre balade.

Le fait que Léna se soit confiée à moi à propos de son passé ne fait que renforcer l'affection que j'ai pour elle, ouvrant la voie à une désormais plus grande complicité entre nous.

Comme pour se défouler après toutes ces émotions, Léna serre les flancs de Diva et se lance au galop. Le vieux Zorka, bien décidé à ne pas se laisser distancer par la jeune et impétueuse jument, se lance à sa poursuite avant que je n'aie le temps de rassembler mes rênes. Les cheveux chahutés par le vent nous faisons la course, nos éclats de rires raisonnants bruyamment dans le sous-bois. Lancé au grand galop, l'assiette de Léna est pourtant irréprochable. Elle prend du plaisir à monter Diva, et cela se voit sur son visage rayonnant. Grisée par l'ivresse de la course, elle prend plus de risque, franchissant un tronc d'arbre couché en travers de la piste.

- Wouhouuuuuuuuu !!!!!!!!!

A mon tour, je franchis l'obstacle. Le coup de reins brusque de Zorka provoque en moi une vive douleur qui me déchire le ventre et me fait grimacer. Mais je n'en ai cure, trop occupée à poursuivre les fuyards qui ont maintenant une bonne dizaine de longueurs sur moi.

Zorka s'essouffle dangereusement mais cela ne le fait pas ralentir pour autant.

- Léna, attends-moi !!!

Elle se retourne. Voyant le poitrail écumant de Zorka et ses naseaux dilatés, elle ralentit l'allure. Le souffle court, nous nous arrêtons enfin pour permettre aux chevaux de récupérer. Le vieux cheval de trait renâcle, comme mécontent de ne pouvoir continuer la course et se mesurer pleinement à Diva. Il tire énergiquement sur le mors.

- Tout doux, mon vieux Zorka, lui dis-je en le flattant. Tout doux ! Je sais bien que tu aurais voulu gagner. Mais ton grand âge ne te permet pas d'en découdre avec la fougue de la jeunesse. C'est sur un autre tableau que cela se joue. Viens, mon beau, on va leur montrer que tu as de l'allure.

Puis, sur un air malicieux de défi :

- Qu'est-ce que tu en penses, mon vieux Zorka ? Je te parie que Léna est complètement nulle en dressage.

- Ah ouais, tu crois cela, me répondit-elle du tac au tac. Je vais te montrer, moi !

Sur ces paroles, elle met Diva en mouvement. D'un trot aérien, la jument évolue avec aisance autour de Zorka et moi. Bien en selle, Léna épouse parfaitement la cadence des reins de la jument. Par une pression de jambe l'animal s'incurve, décrivant un gracieux pas de côté. Puis, comme mûe par un geste imperceptible tellement la main de Léna est légère, Diva effectue un appuyer parfait.

- Alors ? Qu'est-ce que tu dis de cela ? Je t'épate, hein ?

Décidément, Léna en sait plus sur l'équitation que ce qu'elle veut bien en laisser paraître. En accord parfait avec sa monture, " en l'occurrence ma jument ", elle ne faisait qu'un avec elle. Ma mine dépitée l'amuse. Elle éclate d'un rire cristallin.

- A mon tour maintenant ! Tu vas voir ce que tu vas voir !

Zorka a maintenant repris son souffle. De la voix, je le galvanise. Attentive à la position de mes mains, les épaules légèrement en arrière, je le rassemble sous moi. Réceptif, Zorka a les oreilles pointées vers moi, concentré sur mes directives. Jugeant le moment propice, d'un claquement de langue, je lui demande d'exécuter un piaffer. Cette fois-ci, c'est au tour de Léna d'être impressionnée par le niveau de dressage du vieil animal. Je reconnais que je n'ai aucun mérite, Zorka est plus âgé que ma jument et donc naturellement plus docile et plus expérimenté aussi. Il faut bien avouer également que tout le mérite revient à mon père qui a remarquablement bien dressé son cheval à la voix. Ceci étant dit, cela n'enlève rien à la prestation de Léna, bien au contraire car elle n'a pas l'habitude de monter Diva. Cela est d'autant plus formidable que le courant passe vraiment bien entre elle et la jument.

Une petite bise commence à se faire sentir, nous glaçant les sangs. Il fait désormais beaucoup plus frais. Bientôt, le soleil descendra sous l'horizon. Ayant bien profité de notre balade au grand air, nous décidons de rentrer.

***

De retour à l'écurie, chacune s'occupe de sa monture. Léna ayant fini avant moi de panser Diva, elle me rejoint dans le box voisin.

- Tu veux que je t'aide à curer les sabots de Zorka ? me dit-elle

- Si tu veux. Moi je finis de lui démêler la crinière.

S'occupant ainsi du vieil animal, Léna se retrouve comme agenouillée à mes pieds. Sur le ton de la plaisanterie, je le lui fais remarquer.

- Mademoiselle Yulia Volkova, je suis votre humble serviteur.

En disant cela, elle se prosterne devant moi de la manière la plus comique qui soit. Puis nous commençons à chahuter gaiement. Littéralement, Léna se jette sur moi et nous basculons dans le foin. S'ensuivent alors de multiples chatouilles, apportant son lot de cris et de fous rires. Zorka, que ce jeu laisse perplexe, nous regarde d'un coin de son box.

Enroulées ainsi dans le foin odorant, Léna presse son corps au mien. Je sens le galbe de sa poitrine généreuse contre la mienne.

- Quelqu'un pourrait nous surprendre, dis-je dans un souffle

Rien qu'à cette idée, je sens monter en moi l'adrénaline. Léna fait mine de se relever. D'un air coquin, je la retiens. Refusant qu'elle ne s'écarte, je l'attire à moi pour lui voler un baiser.

- On nous attend pour dîner je crois, fit-elle remarquer à regret.







Depuis le 21/02/2009