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Un matin d'été dans une petite ville, alors que le soleil encore bas dans le ciel réchauffe doucement l'air et sèche les dernières traces de la pluie ayant accompagné l'orage nocturne, une mère et sa fille flânent dans les rues animées du marché, achetant et marchandant divers produits, avec des commerçants qui rivalisent d'ingéniosité pour attirer les passants dans leurs échoppes attrayantes et colorées. Malgré cet univers lumineux et enjoué, qui respire la paix et l'amour, où tout le monde se connaît, discute dans la bonne humeur, cette jeune fille blonde, qui suit docilement sa mère, au milieu des rues, est perdue dans ses pensées, une lueur de tristesse dans ses yeux émeraude.
_Gabrielle! Tu m'écoutes ? _Oui, oui, bien sûr. Dit la blonde avec un sourire qui n'exprime aucune joie. _Nous avons tout ce qu'il nous faut pour ton mariage, tu veux rentrer à la maison ou aller voir comment se passe les préparatifs ? _Je voudrais rentrer. _Tu vas bien ma chérie? Lui demande sa mère d'un air inquiet. _Oui, je suis juste un peu fatiguée.
Les deux femmes prennent le chemin de leur maison, se frayant un passage au milieu des personnes qui vont et viennent, quand elles croisent un jeune homme grand, brun qui leur sourit.
_Bonjour Perdicas ! _Bonjour madame, salut Gabrielle, comment vas-tu ? Dit le garçon avec un éclat dans le regard.
La jeune fille lui répond positivement en lui adressant un faible sourire.
_Je vais aider à préparer notre mariage, tu veux venir ? _Non, je vais aller me reposer un peu, je suis fatiguée avec toute cette agitation. _Bien. Alors on se voit plus tard. Répond l'homme, légèrement déçu.
Gabrielle accepte de la tête puis, accompagnée de la femme plus âgée, rentre chez elle où son père et sa sœur les attendent. La journée se passa dans la joie et la chaleur, deux familles et leurs amis, s'affairent à préparer le mariage le plus somptueux que ce village de paysans ai jamais connu. Tout le monde s'en réjouit sauf la future mariée. La jeune fille se sent prisonnière, à ses yeux, cette union représente des chaînes lourdes qui la priveront de tout espoir de liberté, aussi lourdes que son cœur qui désire autre chose, une autre vie.
La nuit est tombée depuis longtemps, la dernière que la blonde aux yeux pers passera seule dans son lit, la dernière avant une terne et monotone vie, sans échappatoire possible. Dans la chambre, petite et modeste comme le reste de la maison, Gabrielle se lève de son lit. Ses cheveux clairs brillent à la lueur de la plaine lune alors qu'elle s'approche de la fenêtre restée ouverte afin que la légère brise qui souffle rafraîchisse l'atmosphère trop lourde. La jeune femme regarde les innombrables étoiles qui parsèment le ciel aussi sombre que son cœur l'est devenu quand son père à donné sa main à Perdicas. Tandis que la brise fraîche caresse la peau de son visage et soulève ses cheveux d'or, les entraînant dans son sillage, son esprit se perd dans ses souvenirs : " _Maman je ne veux pas me marier, je veux devenir barde ! _Bien sûr ma fille, on en reparlera plus tard. _Le pire qui puisse nous arriver demain, c'est que la Conquérante arrive pendant que l'on fête notre union, vous n'êtes pas d'accord Hécuba ? _Perdicas, ne parle pas de malheur ! "
Un chien hurle à la mort au loin, son cri lugubre transperce la nuit comme un couteau, ce qui sort Gabrielle de ses pensées. Regardant toujours les milliers d'astres qui scintillent semblant être des diamants dans un monde de ténèbres, alors que son cœur se ferme, elle se dit.
_Tu te trompes Perdicas, si la Destructrice des Nations arrivait demain, ça ne serait pas pire que ce qui m'attend.
Soudain, une voix ensommeillée se fit entendre derrière elle, la faisant sursauter.
_Gabrielle, parler toute seule t'aide à trouver le sommeil ?
La jeune blonde se retourne d'un bond puis s'approche du lit de sa jeune sœur en essuyant une larme solitaire qui avait fait son chemin le long de sa joue.
_Je réfléchissais.
Lila s'assit dans son lit et invita sa sœur à en faire autant en tapotant les couvertures.
_Gabrielle, dis-moi pourquoi tu te maries puisque tu ne le veux pas ?
La blonde aux yeux verts, soupire en baissant les yeux au sol.
_Perdicas est un homme très gentil et aimant mais moi, je ne l'aime pas d'amour. _Je sais que tu ne veux pas jouer les femmes au foyer avec une dizaine d'enfants, alors pourquoi tu acceptes ce mariage ? _Je ne veux pas faire de peine à nos parents. Dit Gabrielle en relevant la tête, regardant la brune dans les yeux. _Écoute, si tu te maries tout le monde sera heureux sauf toi. Tu perdras cette chaleur qui t'habite et qui fait de toi un être exceptionnel. Tu ne dois pas subir ta vie mais en faire ce que tu veux. De plus si père et mère veulent un beau mariage, je me ferais une joie de le leur donner. _C'est vrai que toi tu a toujours voulu un mari et des enfants.
Lila sourit à ces paroles.
_Mais ce que je veux aussi, Gabrielle, c'est te voir heureuse. _Lila, qu'est-ce-que tu dirais si je partais découvrir le monde ? _Je serais triste de te voir partir et en même temps heureuse que tu réalises ton rêve.
La jeune blonde pris sa sœur dans ses bras, la serrant un moment. Tout se bouscule dans son esprit : le mariage, son rêve, les paroles de sa sœur. Soudain, son cœur prend un nouvel élan, une nouvelle énergie l'envahit. Elle soupire, lâche la brune, la fixe dans les yeux en posant sa main sur son épaule, lui sourit puis se dirige vers l'armoire en bois que les deux filles se partagent et entreprend d'ôter sa chemise de nuit et de s'habiller.
_Gabrielle, que fais-tu ? _Je pars pour Athènes, apprendre avec les plus grands poètes.
Lila la regarde surprise :
_Maintenant ? Mais tu ne comptes pas en parler aux parents ?
Une fois habillée d'un haut et d'un gilet bleu, ainsi que d'une robe longue brune, elle s'assoit à nouveau au bord du lit de sa sœur pour mettre ses bottines.
_Lila, tu sais que père ne me laissera jamais partir. Tu leur expliqueras. _Mais tu reviendras ? Supplie presque la brune les larmes aux yeux. Ayant finit de se chausser, la blonde regarde sa sœur en lui prenant la main.
_Bien sûr, et je vous écrirais très souvent, je te raconterais tout ce que je fais.
Elles s'enlacent, leurs yeux remplis de larmes, de peine et de bonheur. La blonde se libère, lui sourit puis se dirige vers la porte, offrant à sa sœur un dernier sourire accompagné d'un regard vif et lumineux.
_Soit heureuse Gabrielle. _Toi aussi. A bientôt. Gabrielle quitte la ville, se dirigeant vers l'obscurité de la nuit et l'inconnu, avec l'envie d'hurler la joie de sentir son cœur et son âme libérés de leurs cages. |