Amour et haine

Chapitre 10




 

Cela fait déjà une lune que Xena a pris la décision de renverser César.

Les jours passent. Chacune des deux femmes profite de cet univers parfait, sachant que ce monde idyllique prendra bientôt fin. La blonde appréhende chaque nuit, que la personne, qui viendra briser ce rêve, arrive.

 

Une nuit, la crainte de la conteuse se concrétise, le monde réel et souffrant vient frapper à sa porte.

Ce paradis, où le temps s'était arrêté, vole en éclat tandis que le guerrier handicapé entre en sa demeure.

 

_Cinq cent hommes attendent l'ordre d'attaquer, dit le jeune homme.

_Bien, qu'ils se dispersent et marchent sur la ville, toi, pendant ce temps, tu recrutes parmi les troupes de César, mais fais attention à qui tu en parles, on lancera l'attaque dès qu'ils arriveront. La première chose à faire, c'est libérer Légendrios.

_Oui, je suis sûr que la moitié des hommes qui faisaient partie de vos troupes sont de votre côté, ils seront d'accord pour se rebeller.

_Xena doit être un bon chef alors, demande Gabrielle avec un sourire sans joie.

_Oui, elle ne prive pas ses hommes et leur donne ce dont ils ont besoin contrairement à ce romain, répond le soldat obnubilé par la blonde.

_C'est juste  pour que vous ne faiblissiez pas au combat, se défend la guerrière.

 

Xena ressent une étrange sensation, son cœur lourd à l'idée de la séparation de sa barde, se gonfle de colère, tout devient rouge à ses yeux, en voyant ce garçon sourire bêtement devant la conteuse.

La jalousie, qui s'infiltre en elle tel un serpent vicieux, qui lui fait perdre sa confiance, l'empêche d'entendre leurs discussions.

Le sang qui bat dans ses oreilles, devient moins assourdissant, lorsqu'elle le voit perdre son sourire idiot et la tristesse s'installer sur son visage.

Son cerveau enregistre à nouveau les mots prononcés.

 

_Tu n'as jamais rien fait dans ta vie par amour ? questionne la barde surprise.

_Non, mais si un jour ça m'arrivait, je mourrais heureux, répond le garçon avec déception.

_Fais ce que je t'ai dit. Maintenant pars avant que quelqu'un ne remarque ton absence, dit la brune alors que son sang s'est mis à bouillir lorsque Gabrielle a posé une main sur l'avant-bras du soldat dans un geste de réconfort.

 

Le jeune homme comprend l'ordre de partir et s'exécute.

Après avoir refermé la porte derrière le soldat, la blonde regarde la femme aux cheveux de jais, son cœur se fend encore, le chagrin pèse sur ses épaules, alors qu'elle va s'asseoir.

 

_Xena, qu'est-ce qui se passera quand tu auras repris ton rang ? Demande la conteuse, muée par un espoir insensé qu'elles ne seront pas séparées. Cette prière prend forme au milieu de la peur qui la domine.

_Je gouvernerais à nouveau le monde connu et toi, tu reprendras ta petite vie tranquille de barde, répond la guerrière avec véhémence.

 

Lorsque son regard croise deux opales qui l'hypnotisent, elle se sent soudain triste, son cœur se serre, la colère la quitte.

 

_Je ne pourrai jamais te remercier, ni oublier tout ce que tu as fait pour moi. Je ne pourrai jamais t'oublier, dit la guerrière comme si ses pensées s'étaient muées en paroles sans qu'elle s'en rende compte.

 

Une douleur survient dans la poitrine de Xena en voyant les yeux verts se remplirent de larmes.

Gabrielle se lève, pour aller attiser le feu, sous le regard bleu empli de tristesse, coupant l'élan de la femme aux cheveux de jais, qui voulait poser sa main sur la joue juvénile et recueillir la larme qui avait commencé à perler.

 

_Mais tu viendras au palais, conter tes histoires, si tu le veux.

 

A ces mots, le nœud qui s'était formé dans l'estomac de la blonde s'estompe. Gabrielle regarde la guerrière, de la joie dans les yeux, un sourire timide aux lèvres.

 

Les jours passent, le temps file sans altérer leur réalité, pourtant tout semble diffèrent, comme si dans ce monde de douceur, un monstre, tapis dans l'obscurité, attend de se montrer.

 

Les deux femmes vivent chaque instant comme le dernier, gravant dans leur mémoire chaque geste, chaque parole, chaque regard, chaque détail, comme un trésor, plus précieux que n'importe quelle richesse, auquel elles seules auront jamais accès.

 

Un soir, alors que Xena va se coucher, elle regarde Gabrielle s'installer dans son fauteuil, bien qu'il ait l'air confortable, ça ne vaut pas un bon lit.

 

_Gabrielle, tu ne veux pas dormir avec moi ?

_Pourquoi ? Demande la barde, sans comprendre ce qui lui prend de poser une question aussi stupide.

_Je pense qu'il est assez grand pour nous deux et ça fait un moment que tu dors dans ce fauteuil. Tu dois en avoir marre de plus, c'est ton lit donc il n'y a pas de raison que je sois la seule à en profiter, dit la guerrière, sentant le besoin de se justifier, s'en voulant de ne pas le lui avoir proposé plus tôt.

 

Répondant par un simple sourire, Gabrielle se lève et va s'allonger aux côtés de la brune, son cœur battant à tout rompre. Pour chacune, le sommeil a été dur à trouver.

 

Le matin, Xena se réveille, son bras sur la taille de la petite blonde blottie contre elle. Son parfum enivre ses sens, la respiration de la petite femme calme réchauffe sa gorge, une sensation de bien-être l'envahit. Elle ne veut pas bouger, rester pour toujours ainsi.

Lorsque Gabrielle sort de ses songes, elle éprouve une sensation de protection, comme si rien ni personne ne pouvait la toucher. Elle soupire de satisfaction avant de se rendre compte de la respiration sur ses cheveux, les battements cardiaques à son oreille. Elle ouvre les yeux lorsqu'elle se rend compte que ce n'est pas un rêve, c'est bien la peau douce du dos de la Conquérante que sa main caresse.

Troublée, elle s'écarte.

 

_Bonjour, dit-elle incertaine de savoir si Xena lui en veut de s'être imposée pour la nuit.

_Bonjour. Tu as bien dormi ? Demande la guerrière déçue que ce contact bienfaiteur soit rompu.

_Oui. Merci, je vais faire du café, répond la blonde en se levant, alors qu'elle aussi aurait voulu profiter encore de ce bonheur.

 

Quelques soirées plus tard, des coups à la porte sonnent comme le glas pour les deux femmes. Le cœur lourd, Gabrielle va ouvrir mettant fin à leur vie équivalente au paradis, dont les journées étaient hantées par le désir que le soir arrive pour retrouver l'autre et la peur que la nuit amène le messager de leur apocalypse.

 

Seulement ce soir-là, le jeune manchot n'est pas le seul à avoir quitté la caserne. Un de ses collègues l'a suivi, intrigué par ses sorties nocturnes.

 

Le guerrier entre avec l'impression d'être un intrus.

 

Alors que les trois discutent de l'attaque qui aura lieu le lendemain soir, aucun d'eux ne voit l'espion caché dans l'obscurité de la nuit, qui les observe à travers la fenêtre.

 

_Tous les hommes savent ce qu'ils ont à faire ? Demande la guerrière alors que ses épaules s'affaissent en pensant que demain, si tout se passe bien, elle sera seule dans son immense palais froid et vide, certaine que même toutes ces troupes réunies autour d'elle ne rempliront pas le vide que laissera l'absence de son ange.

_Oui, demain ils attaqueront de l'extérieur de la ville, pendant que ceux qui sont dans l'enceinte s'occuperont des romains par l'intérieur.

 

Les deux femmes se jettent des regards discrets, une impression de vide les envahit, chacune pensant que les nuits passées à dormir côte à côte ont été trop peu nombreuses, tandis que l'espion court en direction du palais.

 

Après une soirée à parler de stratégie, au cours de laquelle, la peur s'est installée dans les esprits, le jeune homme retourne à la caserne.

 

Alors que César parle avec trois de ses soldats, un guerrier arrive en courant.

 

_Majesté, je sais où se trouve la Conquérante ! Dit l'espion essoufflé.

_Tu es sûr ? Demande l'empereur en se levant de son trône.

_Oui Majesté, une fille la cache chez elle.

_Amenez-la moi ici, mais faites ça discrètement, ordonne César aux guerriers avec un sourire complaisant.

 

Le jeune manchot marche dans les rues, en se demandant s'il pourra revoir la blonde une fois que tout ceci sera fini, quand une voix le sort de ses pensées.

 

_C'est lui le traite, attrapez-le !

 

Le cœur du jeune guerrier se met à battre trop vite en voyant les romains courir. Son esprit ne lui dicte plus qu'une chose, ils savent tout.

Sans se soucier du comment ils l'ont su, il se met à courir pour prévenir la Conquérante sachant pertinemment que seul contre quatre, il n'a aucune chance.

 

Xena assise à la table, regarde tristement son ange faire la vaisselle, cherchant quelque chose à lui dire, pour voir à nouveau ce sourire, mais comment lui expliquer que son cœur lui fait mal d'un sentiment qu'elle n'avait jamais ressenti avant, que sa vie ne sera plus jamais pareille après cette séparation.

 

_On ne peux pas regretter ce que l'on ne connaît pas.

 

Alors que Gabrielle se retourne pour avoir une explication à cette phrase inattendue, prononcée par la guerrière, la porte s'ouvre avec fracas, causant un sursaut chez lez deux femmes.

 

_Les hommes de César arrivent !

 

La surprise créée par l'entrée du soldat handicapé, est remplacée par la stupéfaction.

 

Les bruits de bottes et de métal font réagir la guerrière qui se lève, puis se dirige vers la porte ouverte.

 

_Protège Gabrielle, dit Xena en prenant l'épée du guerrier.

 

Tandis que la Conquérante sort de la maison en boitant, prête à se battre pour la vie de la blonde, la lueur de haine est de retour dans ses yeux cobalt.

 

Gabrielle ne peut plus bouger, son rythme cardiaque s'accélère, son monde s'écroule, une main ferme lui prend le bras, la traîne dehors.

 

_Viens vite ! Ordonne le soldat handicapé, qui l'attire pour l'entraîner loin du combat.

_Xena ! Crie la barde en voyant la guerrière tuer le deuxième ennemi.

_Vas-t'en Gabrielle ! Conseille la brune dont le combat est rendu difficile tant par sa mobilité réduite, que son manque de concentration, son esprit étant avec la conteuse. La brune ne voit pas le guerrier arriver à sa droite, elle ne sent qu'une douleur fulgurante qui envahit sa nuque. Alors que ses jambes ne peuvent plus la porter, que tout devient noir, son esprit lui dicte une dernière chose, une dernière phrase comme une révélation soudaine, à une personne qui ne peut pas l'entendre.

 

_Je t'aime, Gabrielle.

 

 

_On les rattrape ?

_Non. On a celle que l'on est venu chercher.

 

Gabrielle, terrifiée à l'idée de ce qu'ils vont faire à Xena, essaye en vain de se libérer de la poigne qui la tire hors de la ville.

 

_Il faut aller l'aider !

_On ne peut rien contre César et encore moins contre son armée. Ecoute Gabrielle, notre seule chance de l'aider, c'est de lancer l'attaque.

 

Sur ces mots, les deux compères marchent vers la forêt, certains que la guerrière a été arrêtée.

 

Quelques heures plus tard, Xena se réveille dans la salle du trône qui fut sienne, engourdie, ses tempes semblant prêtes à exploser tant son sang y bat fort, une douleur lancinante se propage depuis sa nuque.

 

_Tu pourras te vanter de m'avoir fait courir, dit l'empereur sarcastique.

_C'est ce que je ferai après t'avoir tué, répond la guerrière alors que les ténèbres reprennent possession de son corps, tandis qu'elle se relève.

_Je viens d'avoir une idée, quand j'aurai retrouvé cette blonde, je la crucifierai avec toi.

 

A ces mots, la rage envahit la guerrière, la noirceur se repend dans son cœur, ses démons se libèrent sublimant toutes autres sensations, le feu dévorant, la soif de sang, contrôlent à nouveau son être.

 

Le sourire arrogant du romain disparaît pour faire place à la peur, alors que Xena prend l'épée de son garde, lui plante dans le ventre avant de tuer le deuxième de la même manière, à une vitesse telle que personne n'a le temps de réagir.

 

L'empereur n'entend plus que son cœur qui bat, terrifié par la vue de cette femme à l'aspect démoniaque qui s'approche de lui, le visage déformé par la haine, le regard si violent qu'il en est insoutenable.

 

Dans un réflexe, il sort sa dague, contrôlé par son instinct et non plus par sa volonté, la dirige vers son assaillant alors que la lame de la guerrière s'abaisse à l'endroit où se trouve son cœur.

 

Le temps semble figé, puis le sang coule en bouillonnant de la bouche du romain qui s'effondre lentement, les yeux exorbités.

 

Alors que Xena regarde son ennemi au sol, sa haine s'envole, étouffant le feu qui la ronge, elle tombe à genoux, un liquide chaud coule le long de son estomac.

La guerrière retire la dague de son sternum, ce qui provoque une perte de sang plus importante.

 

Machinalement, son esprit ne voit plus qu'un visage aux yeux pers, entouré de mèche d'or. Son cœur qui venait d'être réchauffé par une flamme brûlante et irradiante, si agréable, qui a fait fondre la prison de glace dans laquelle il était enfermé, ralentit ses battements. Son être entier, réchauffé par l'amour, se refroidit subitement sous l'effet de la mort qui l'enveloppe.

 

Sa dernière pensée pour l'ange qui lui a redonné vie, s'envole avec son dernier soupir.

La Destructrice des Nations s'affale sur le sol, son âme en peine quitte son corps meurtri avec pour seule compagne, la souffrance.

 

Deux jeunes marchent dans la forêt, approche d'un campement. Soudain, Gabrielle sent comme une lame qui transperce son cœur. Le souffle lui en est coupé, une souffrance qui paraît s'étendre au-delà de la chair pour toucher son âme, d'une puissance fulgurante.

 

_Ça ne va pas ? Demande le jeune handicapé en voyant sa compagne s'arrêter brutalement.

 

Lentement, la douleur diminue sans s'estomper. La blonde lui répond, sans comprendre pourquoi, elle a l'impression de perdre une partie de son être.

 

_Oui, ça va.

 

Ils continuent d'avancer, un homme aux cheveux gris s'approche d'eux.

 

_Qu'est-ce que tu fais là ? Qui est-ce ?

_Elle s'appelle Gabrielle. La Conquérante a été arrêtée, il faut mettre le plan à exécution, explique le jeune mutilé dont l'inquiétude est palpable.

 

Tout se passe trop vite, la blonde ne cherche plus à comprendre, ses pensées sont tournées vers la brune aux yeux azurs, elle ne ressent ni peur, ni crainte, ni espoir, juste une sensation de manque, de vide et cette douleur dans sa poitrine.

Elle suit les deux hommes dans le camp sombre, aucun feu n'a été allumé pour ne pas dévoiler leur position.

 

Sur le mont Olympe, les dieux observent les mortels.

 

_Athéna, tu ne peux pas laisser Xena mourir, leur amour est trop pur, dit tristement la déesse de l'amour.

_Aphrodite, tu les as déjà aidées en faisant foisonner ces arbustes pour que ses ennemis ne trouvent pas le corps inerte de Xena.

_C'est vrai, mais leurs âmes sont liées, elles ne peuvent pas être séparées.

_Peut-être, mais celle de Xena m'appartient maintenant, intervient Adès souriant.

_Elle ne t'appartient pas et ne t'appartiendra jamais, Gabrielle seule possède l'âme de Xena, fulmine Aphrodite.

_Peu importe, elle est au Tartare et elle y restera, crie Adès insensible.

_ Ça suffit ! Si la vérité est avouée, le secret dévoilé, l'amour accepté avant le levé du soleil, son âme sera libérée.

 

La condition d'Athena met fin à la discussion.

Aphrodite regarde la suite des événements avec l'espoir que la barde puisse prendre conscience que les sensations qui l'habitent sont causées par la plus belle chose qu'il existe, la même que celle dont elle parle dans ses contes et qu'elle prononce les deux mots qui changeront sa destinée et celle de la guerrière.

 

Alors que les envahisseurs courent vers la porte de la ville, les sentinelles donnent l'alerte.

Les hommes de la Conquérante, ignorant pourquoi l'attaque a été avancée, ne cherchent pas à comprendre, ils se mettent à trancher les gorges romaines, empaler les soldats qui se dirigent vers les portes d'Athènes, poignardant ceux qui n'ont pas réagi, surpris par une attaque qu'ils n'ont pas vue arriver.

 

Dans le palais, le général arrive à la salle du trône, tout ce qu'il y trouve ce sont quatre cadavres.

 

La tristesse qu'il a ressentie en voyant celui de son empereur, se transforme en colère à la vue de celui de Xena.

Pourquoi n'a-t-il pas été prévenu de son arrestation ? Comment quelqu'un a pu remplir la mission qu'il s'était inculqué ?

 

Il repart, l'épée à la main, décidé à venger la mort de César par le sang.

 

Les romains, assiégés, ne savent plus où regarder. Ils sont vite décimés, entourés par l'ennemi, les uns les poussant vers la sortie de la ville, les autres arrivants de l'extérieur, les poussent vers l'intérieur.

Les corps jonchent une fois de plus le sol d'Athènes, des tas de carcasses démembrées, comme des amas de viandes entassées, d'où s'écoulent des traînées sanguinolentes.

 

Dans la caserne, l'odeur de la mort se mélange à celle du sang, rendant l'air suffocant, les morceaux de chair des romains qui n'ont pas eu la possibilité de sortir, couvrent le sol.

 

Lorsque le général sort du palais, il voit les guerriers arriver, enivrés par le massacre qu'ils ont commis, prenant plaisir à décapiter, jetant au loin les quartiers de viande, qui étaient des hommes, à coup de pied, faisant gicler sang, os et organes.

 

A son tour, le gradé se lance dans le combat, décidé à voir le plus d'entrailles ennemis possible couler.

 

Gabrielle, qui avait reçu pour ordre de rester à l'écart, n'en fit qu'à sa tête.

Ecœurée par la vue de ce qui semble être des organes humains, elle se dirige vers le château, persuadée que Xena est là-bas. Elle refoule une envie de vomir en voyant la cage thoracique d'un soldat ouverte en longueur, les côtes brisées se soulevant sous la pression du liquide rouge.

 

Légendrios, seul et sale depuis trois lunes et enfermé dans une cellule à se demander ce qui est advenu de la Conquérante, entend des bruits de coup avant que la porte du cachot fasse grincer ses gonds, un soldat entre.

 

_En route, Lieutenant. Ordonne le guerrier en tendant une épée à son supérieur.

 

Légendrios ne comprend pas, mais prend l'arme et suit son libérateur.

 

_Qu'est-ce qu'il se passe ? Demande l'ex-prisonnier en entendant des bruits de combat.

_On rend à la Conquérante ce qui appartient à la Conquérante.

_Où est-elle ?

_César l'a arrêtée, elle doit être dans le palais, répond le soldat en sortant le premier.

_Où l'a-t-il trouvée, elle va bien ? Demande le gradé en sortant à son tour.

_Les détails plus tard, rétorque le guerrier en assenant un violent coup de pied en plein visage d'un ennemi, dont le crâne va éclater contre le mur de la prison.

 

Le lieutenant regarde le corps s'affaisser, laissant des morceaux d'os et de cervelle contre la pierre, avant de se détourner pour participer au carnage qui se déroule devant lui.

 

Gabrielle court vers le palais, la douleur dans sa poitrine ne l'en dissuade pas, lorsque son regard est attiré par un soldat gradé romain, qui crie en arrivant sur sa droite. La blonde reste paralysée devant la mort qui se dirige droit sur elle.

 

Le guerrier manchot, qui se trouve à quelques pas, ne pense qu'à une chose, sauver la barde.

Il se place entre le général de Rome et la conteuse, l'arme ennemie le transperce de part en part.

 

Légendrios court vers la blonde en voyant le danger, le sacrifice du jeune n'a fait que retarder le tueur. Le lieutenant arrive à leur hauteur, plante son épée dans le flan de l'ennemi, au moment où il levait son arme au-dessus de Gabrielle.

 

La blonde sort de sa torpeur quand son assaillant s'effondre les yeux exorbités. La conteuse se jette à genoux et prend celui qui s'est sacrifié pour elle dans ses bras.

 

_Pourquoi tu as fait ça ? C'était stupide. Déclame la blonde, les larmes aux yeux.

_C'était peut-être stupide, mais je meurs heureux, répond le mourant, dans son dernier souffle.

_ Ça va ? Demande le gradé à la blonde qui dépose le corps sans vie.

_Il faut que je retrouve Xena, déclare la barde. Son cœur douloureux l'empêche presque de respirer, c'est comme un mauvais pressentiment qui l'étouffe.

_Viens.

 

Le gradé la prend par le bras, ensemble, ils se dirigent vers le palais, l'officier tranche quiconque essaye de les empêcher de passer.

 

Lorsqu'ils arrivent à la salle du trône, ce qu'ils voient les stoppent net, comme leurs cœurs semblent le faire durant un instant.

 

Légendrios retourne au combat, la tristesse a envahi son être en voyant Xena sans vie, laissant Gabrielle seule.

Gabrielle avance lentement, fixant le corps allongé, espérant la voir se relever, lui sourire. Alors que son cœur se déchire, une douleur incommensurable encore plus violente que précédemment la submerge.

Son esprit ne voit plus rien, ni n'entend ni ne comprend plus rien, son sang se glace, l'air lui manque, son univers tourne et disparaît, ses jambes tremblantes sont lourdes, les larmes qui coulent le long de son visage la brûlent.

 

Tandis qu'elle tombe à genoux, son être entier se vide de la même manière que ses forces l'ont quittée il y a quelques secondes. Quand elle pose une main tremblante sur le visage froid et pâle de cette femme si belle qui a fait naître un sentiment puissant en elle, comme si son être, son esprit, son âme étaient complets, comme si elle avait enfin trouvé le sens qu'elle cherchait à sa vie.

 

Le vide glacé qui s'est installé en elle est remplacé par un élan brutal et douloureux, qui surgit, pendant qu'elle prend le corps dans ses bras, ses yeux se ternissent, se vident de la douceur et de la clarté qu'ils possédaient.

 

Gabrielle hurle au ciel sa rage, son désespoir, la haine qui s'insinue dans son être, essayant en vain de se libérer de ce cœur en lambeau qui la fait souffrir, alors que l'obscurité coule dans ses veines.

 

Quand l'officier est sorti du palais, les combats étaient terminés, les guerriers, heureux d'avoir vaincu, jubilent devant les romains encore vivant.

 

_Eh lieutenant, où est la Conquérante ? Demande un soldat souriant.

_Elle est morte. Répond faiblement l'officier en baissant la tête.

 

Les cris de joie s'arrêtent avec cette simple phrase, puis les hurlements de rage à glacer le sang de la conteuse résonnent, comme un mélange de haine et de supplications adressés à un être supérieur qui refuse d'entendre.

 

_Tuez-les tous ! Crie le gradé, dont les hurlements de la barde brisent le cœur déjà lourd.

 

Les cris emplis de désespoir de la conteuse durèrent jusque tard dans la nuit, accompagnant les guerriers qui tuaient les prisonniers, sans joie, mais avec sauvagerie.

 

Lorsque l'aube commence à filtrer, les premiers curieux arrivent afin de savoir ce qui s'est passé, tandis que Légendrios se dirige vers la salle du trône.

 

Il y trouve Gabrielle en train de bercer doucement le corps de Xena, lui caressant les cheveux.

 

L'officier ne trouve pas le courage de la déranger et encore moins d'affronter son regard.

 

Les premiers rayons de soleil éclairent la pièce, Gabrielle ne ressent rien à part un vide immense.

 

_Je t'aime, Xena !

 

En même temps que la blonde prononce ces mots, qui décrivent ce qu'elle a ressenti depuis des mois et qu'elle vient juste de comprendre, la dernière larme que semble encore contenir ses yeux, glisse sur sa peau, tombe sur le cœur de la guerrière.

 

Soudain, celui-ci fait un bond, puis se remet à battre, sous les yeux incrédules de la barde. La bouche de Xena s'entrouvre dans une inspiration rapide, sa peau se réchauffe, l'océan de ses yeux si clairs apparaît.

 

Le cœur de Gabrielle explose lorsque ses yeux pers voient ce regard si limpide qu'elle aime tant. Son être se remplit d'espoir et de joie, une nouvelle énergie l'envahit, le vide se remplit de bonheur et de gratitude.

 

Xena sourit à son ange qui pleure, heureuse que cette résurrection ne soit pas un rêve. Alors que son être s'enflamme sous la puissance de la vie qui la pénètre, elle regarde ces yeux verts retrouver leur clarté.

 

Tout le corps de Gabrielle, y compris son âme, semble imploser, une sensation de chaleur soudaine qui l'irradie lorsque la Conquérante pose une main tendre et douce sur sa joue et arrête une larme qui venait de perler.

 

_Je t'aime, dit Xena en caressant ce visage si beau.

 

Gabrielle n'a pas besoin de parler, son regard exprime toute ses pensées alors la conteuse se contente de lui sourire.

 

Légendrios, après s'être remis de sa surprise, s'approche, gonflé de joie, sous les regards heureux des deux femmes qui ne lui accordent que peu d'attention.

 

_C'est pas croyable ! Les Dieux sont avec vous, dit le lieutenant qui se sent de trop.

_Sûrement, répond la blonde.

_Je vais annoncer la bonne nouvelle.

 

N'ayant ni réponse ni la moindre attention, il se retire prévenir ses hommes que la Conquérante est vivante.

 

Poussée par une force et un désir incontrôlable, Gabrielle se penche lentement, leurs souffles chauds se mêlent, une décharge de chaleur et de satisfaction les pénètrent lorsque leurs lèvres se joignent dans un premier baiser rempli de douceur, exprimant tout ce que les mots ne peuvent décrire, ce sentiment qui les ronge depuis des mois, est enfin libéré.







Depuis le 14/03/2010