Amour et haine

Chapitre 19




 

La noirceur qui recouvre l'esprit de Xena se trouble, un visage aux yeux verts apparaît, les cheveux blonds semblent briller d'une lumière intense, puis le sourire s'estompe, l'image se ternit à la même allure que la tristesse envahit le regard si doux.

Ses lèvres bougent, aucun son n'en sort, pourtant la brune comprend parfaitement ce qui est dit.

Une prière prononcée par sa vision qui lentement disparaît.

 

_ Reviens-moi, j'ai besoin de toi.

 

La guerrière n'a qu'une envie, retenir ce rêve, alors que son corps lui rappelle son existence grâce à une douleur lancinante qui s'amplifie. Son cerveau reprend conscience de la réalité, l'air frais qui caresse sa peau, la douceur qui l'enveloppe.

Contre tout désir, elle ouvre les yeux, une forme humaine se présente à sa vue trouble qui s'éclaircit doucement.

Une femme aux cheveux noirs lui sourit, sa main douce caresse sa joue.

Xena regarde autour d'elle, pour voir une pièce richement décorée, des couvertures de soie bleue recouvrent son corps blessé.

 

_ Où je suis ?

_ Dans la demeure du Seigneur Beîdar Al Haria.

_ Comment ... Comment je suis arrivée ici ?

_ Chaque chose en son temps. Pour l'instant, reposez-vous.

_ Mais ...

_ Mon Seigneur vous donnera toutes les réponses que vous désirez plus tard.

 

Sans perdre son sourire, la femme à la peau mate quitte la chambre.

La guerrière ferme les yeux, la fatigue mélangée à l'étau qui lui serre la tête, rend la lumière produite par toutes les bougies qui éclairent la nuit insupportable.

Doucement, son cerveau cesse de réfléchir pour se laisser glisser vers un sommeil agité, empli de songes étranges où ses démons deviennent des anges et la réalité perd toute consistance.

La vision cauchemardesque de la blonde aux yeux verts, suppliant dans sa douleur provoquée par des êtres hideux et difformes, la sort du sommeil en sursaut.

 

_ Pas elle ! Crie la brune avec effroi.

 

Son esprit écœuré met quelques instants à prendre conscience que ce n'était qu'un songe, un rêve si réel.

Elle n'a d'autre choix que de se rallonger lorsque son corps raide reçoit des décharges, souvenir persistant de la violence qu'elle a vécue.

La guerrière, le souffle court, ferme les yeux, soudain une voix la surprend.

 

_ De quoi as-tu rêvé ? Demande l'homme dont les traits sont cachés par le soleil.

_ Qui es-tu ?

_ Beidar Al Haria. Tu es dans mon harem.

_ Comment suis-je arrivée ici ?

_ Je t'ai trouvée dans le désert et amenée en ma demeure

_ Merci de m'avoir sauvée.

_ Ce n'est pas moi, c'est l'esprit du désert.

 

Devant le regard bleu azur interrogateur, l'homme se dirige vers le lit où repose la blessée, dévoilant son visage jeune et ses yeux bruns.

 

_L'esprit du désert t'a recouverte, t'a protégée du soleil meurtrier puis t'a libérée pour que je puisse te venir en aide.

_Bien sûr. Répond la brune incrédule.

_Je me doute que nos coutumes et croyances sont dures à accepter pour toi, je ne te demande pas de comprendre mais juste de le respecter.

_Bien.

_Je m'interroge sur un point. Comment la puissante Conquérante a pu se retrouver seule dans le désert et battue à mort ?

_Comment sais-tu qui je suis ?

_Qui ne connaît pas la Destructrice des Nations ?

 

L'homme se retourne, va se poster à la fenêtre.

 

_ Ici tu auras tout le confort auquel tu es habituée, mais tu n'es qu'une invitée, ne t'attends pas à ce que ton titre te serve.

_ Je n'ai plus de titre, ni de trône. Explique-t-elle après un rire arrogant.

_ Je ne comprends pas. Tu es une guerrière très puissante, tu as conquis presque tout le monde, quelqu'un a réussi à te détrôner et tu ne feras rien pour le récupérer ?

_ Je suis sûre qu'elle fera mieux que tout ce que j'ai fait durant toutes ces années. Explique la guerrière tristement.

_ Tu crois vraiment que la personne à qui tu as donné ton cœur t'a trahie ?

_ Qu'est-ce que tu veux dire ?

_ D'après ce que j'ai compris, c'est grâce à cette femme qui gouverne à ta place que tu es devenue celle que tu es aujourd'hui.

_ Oui, répond la brune en fronçant les sourcils.

_ Alors, crois-tu vraiment qu'elle aurait bravé la Conquérante, qu'elle aurait accepté de partager ta vie juste pour prendre ta place ?

 

Sur ce, l'homme se retourne, regarde la brune qui sent le doute s'insinuer.

 

_ Je te laisse te reposer. Et je vais te faire apporter un repas.

_Merci.

 

Après une salutation dans les règles, le jeune homme quitte la chambre, laissant la guerrière avec ses pensées troublées.

 

Cet homme qu'elle ne connaît pas, qui ne connaît d'elle que sa réputation a compris ce que son esprit perturbé n'a pas saisi.

 

La peine pénètre son cœur, elle se rend compte qu'elle a douté de la femme qui lui a rendu la vie, elle a cru un chien galeux plutôt que son âme sœur.

 

La honte l'envahit, celle d'avoir cessé de croire en la personne qui compte le plus pour elle.

 

Comment elle a pu, ne serait-ce qu'imaginer que Gabrielle l'avait trahie.

La brune qui était présente à son réveil entre dans la chambre, portant un plateau chargé de nourriture. Elle s'approche, toujours souriante.

 

_ Je n'ai pas faim. Explique Xena qui se sent lasse.

_ Vous devez manger pour guérir. Elle fait une pause. Si vous ne le faites pas pour vous, faites-le pour ceux qui vous aiment et vous cherchent. Explique la brune avec compassion.

 

Après un moment de réflexion, la guerrière accepte pour Gabrielle.

Pendant que Xena avale la nourriture offerte, contre l'avis de son estomac, la jeune femme s'assoit et porte son attention sur la blessée.

 

_ Je peux vous poser une question ?

_ Oui ...

_ Qui est votre ange ?

 

La seule réponse qu'elle reçoit est un regard interrogateur.

 

_ Vous avez parlé quand la fièvre vous faisait délirer.

_ C'est la femme qui m'a apporté la paix en m'apprenant ce qu'est l'amour.

_ Elle doit être très importante pour vous.

_ Plus que ma propre vie.

 

A cette constatation, la rage qui lui avait permis de libérer et de venger le crime infligé à la blonde revient moins puissante, moins forte, mais tout aussi violente. Elle décuple lorsque la guerrière pense qu'elle aurait dû les faire souffrir encore plus, cette haine augmente encore, mais contre elle-même, d'avoir pu douter de la femme aux yeux verts.

 

_ Pourquoi cette colère qui brûle dans vos yeux ?

 

Sans savoir si c'est un désir de laisser sortir ses sentiments ou la douceur de la femme, Xena éprouve l'envie de lui faire confiance et de se confier à elle.

 

_ Je m'en veux d'avoir pu croire que la femme qui m'a libérée de mes démons ait pu participer à tout ça pour prendre mon trône.

_ Vous croyez qu'elle aimerait vous voir comme ça ? A la vue de vos blessures, vous avez dû vivre une expérience terrible, qui vous a touchée moralement, l'incertitude et le doute sont tout à fait compréhensibles .D'après ce que j'ai compris, cette femme incarne la pureté et la bonté, donc elle vous pardonnerait, non ?

_ Oui.

_ Alors pourquoi ne le faites-vous pas ?

 

Cette fille qu'elle ne connaît pas, qui paraît comprendre le langage du corps aussi bien que les mots, qui offre réconfort et douceur trouble Xena. Elle ne sait quoi répondre à cette personne si jeune et pourtant si mature.

 

_ La haine est le pire poison qui existe. Il détruit le corps et l'esprit, mais aussi notre monde et les personnes qui nous entourent. Explique gentiment la brune.

Cette phrase jetée sans aucune rancœur frappe la guerrière en plein visage, sa logique éclate dans son esprit.

 

_Je vous laisse vous reposer.

 

_ Non, reste.

_ Votre amie doit être inquiète pour vous. Plus vite vous serez sur pied, plus vite vous pourrez la retrouver.

 

Sur ces mots, la jeune égyptienne se lève, elle marche vers la sortie.

 

_ Attends.

Elle s'arrête, puis se retourne.

_ Comment tu t'appelles ?

_ Hathor. Répond-t-elle en repartant.

 

Xena repose son corps, mais pas son esprit.

Une simple phrase a servi de déclic, toute sa vie, elle a détruit tout ce qui n'allait pas dans son sens, lieu ou personne, dominée par une perversion qu'elle croyait être la seule chose nécessaire pour obtenir ce qu'elle voulait.

Tant d'années à souffrir seule et à faire souffrir, toutes ces années à chercher une chimère.

Les paroles prononcées par cette femme lui paraissent familières, comme un écho surgissant d'un autre monde.

 

''_ Xena, tu es devenue cruelle pour venger la mort de ton frère, et la soif de pouvoir t'a fait devenir la terrifiante Conquérante. Mais tu crois que c'est ce qu'il aurait voulu ?''

 

Pourquoi est-ce que tout devient évident maintenant ? Pourquoi elle n'a pas compris quand Gabrielle lui a dit la même chose à propos de son frère ?

Une nouvelle force la pénètre, une détermination soudaine, elle doit rentrer en Grèce, pas pour elle, pas pour son peuple, juste pour la blonde aux yeux verts qui, elle en est certaine, maintenant l'attend.