Amour et haine

Chapitre 24




 

Le temps s'est écoulé, inexorable, imperturbable, apportant le futur et faisant du présent le passé.

Chaque jour est identique et pourtant différent, amenant douceur et soulagement pour la princesse mais aussi un poids douloureux.

Une impression de vide à laquelle elle ne peut échapper. Un feu lancinant qui a remplacé quelque chose en elle sans qu'elle sache quoi, une noirceur au plus profond de son âme sans que, ni la présence de l'être aimé ni celle de son amie qui l'a pris sous son aile dès son arrivée à Athènes, ne puissent rien y changer.

 

La Conquérante ressent une impression de solitude, une souffrance à laquelle un seul choix se propose, mais qu'elle refuse, avoir mal ou demander à la blonde de lui donner ce qu'elle n'est peut-être pas prête à lui offrir.

Accepter le choix de la conteuse, celui de refuser le plaisir qu'elle peut lui donner, celui de ne pas être vue nue, son désir de ne pas être touchée, accepter ceci est la seule solution que trouve la guerrière.

La brune lui donne ce qu'elle veut, son épaule pour dormir, même si la chaleur du petit corps contre le sien lui fait mal.

 

Même si elles n'en parlent pas, la conteuse est parfaitement consciente de la douleur qu'elle provoque, mais sa peur est plus grande que son envie de la rendre heureuse, sans qu'elle comprenne comment elle peut douter de son âme sœur.

 

La peur d'avoir mal, de ne pas pouvoir atteindre le paroxysme à cause de souvenirs encore trop présent qui troublent son sommeil, la peur de blesser son amante.

 

La seule différence entre avant cette nuit de pleine lune où les cris d'un bébé ont résonné dans le palais et maintenant, est qu'elle est soulagée de ne plus sentir cette âme en elle.

 

Ce soir, lorsque la blonde entre dans la pièce adjacent sa chambre où elle est certaine de trouver sa femme, et qu'elle la voit, baignée par les lueurs du ciel étoilé, berçant doucement l'enfant dans ses bras, Gabrielle sent un pincement dans sa poitrine, le paradis existe et elle l'a trouvé.

La conteuse s'approche, lentement et sans bruit, elle prend la brune par la taille, échangeant un sourire avec cette dernière.

 

_Gabrielle ça te dirait qu'on aille passer quelques jours en Égypte ?

_Maintenant ?

_Non. Enfin, quand tu le voudras.

_Tu veux aller revoir ton égyptienne ? La taquine-t-elle.

_C'est juste que... C'est un monde et une culture différente, je voudrais que tu vois de tes propres yeux ces paysages somptueux.

_Ça me ferait très plaisir.

 

Pour seule réponse, Xena lui sourit.

 

_Et cette fille, elle est à l'image de son pays ?

_Elle ne t'arrive pas à la cheville.

_Au fait, tu ne m'as jamais dis son nom.

_Hathor.

_C'est impossible.

_Ah non ? Et pourquoi ?

_Hathor est leur déesse de l'amour, elle est crainte et respectée, aucun égyptien ne donnerait ce nom à son enfant.

 

Ses mots surprennent la guerrière, elle est certaine d'avoir compris le nom de la jeune fille, mais l'explication de la blonde mêlée aux paroles du prince sur le fait que personne ne l'avait vu sème le doute dans son esprit.

Ses pensées se bousculent, inconsciemment, elle regarde le ciel pour voir passer une étoile filante.

 

_Xena, ça va ? Demande Gabrielle la ramenant à la réalité.

_Oui. Oui ça va. Répond la brune en souriant.

 

Xena se retourne pour faire face à la petite blonde.

 

_Tu crois que parfois les dieux peuvent nous apparaître ?

_Oui, quand ils le veulent pour certaines raisons. Pourquoi ? Propose la conteuse.

_Comme ça. Fait la brune en se retournant.

 

Lorsque Gabrielle voit la brune coucher l'enfant endormi, un déclic se fait dans son esprit.

Xena ne lui fera jamais de mal, la violence dont elle est capable n'a d'égale que sa douceur et sa tendresse, même si elle est la seule à le savoir.

Comment a-t-elle pu douter de sa femme ? Douter qu'elle soit douce, attentionnée et compréhensive.

Douter de cette personne qui arrive à la sortir de ses cauchemars en lui susurrant des mots tendres à l'oreille.

 

Ses craintes diminuent remplacées par la confiance et l'amour qui semblent remonter du plus profond de son être.

 

Tandis que les deux femmes se dirigent vers leur chambre, une évidence soudaine envahie son esprit, Xena n'est pas un monstre, elle l'a découvert il y a longtemps maintenant. Elle n'était qu'une âme torturée. Elle ne la blessera pas, elle prendra tout le temps nécessaire pour lui montrer à nouveau, le plaisir que des caresses peuvent procurer.

 

_Gabrielle ?

_Je réfléchissais.

_A quoi ?

_J'ai douté, mais quand j'ai posé pour la première fois le regard sur ce petit être, je me suis rendue compte que tu avais raison, je ne peux pas le détester.

_J'ai souvent raison. Ironise la guerrière en fermant la porte.

_Mais tu crois qu'un jour je pourrais l'aimer comme ce qu'il est, mon enfant ?

_J'en suis sûre Gabrielle. J'en suis sûre.

 

La blonde se sent obligée de changer de sujet devant l'air soudain triste de la brune.

 

_A chaque fois que je le regarde, je suis étonnée de voir à quel point il te ressemble.

_Et c'est un problème ? Demande la brune sur le ton de la plaisanterie.

_Au contraire, cet enfant a de la chance d'avoir tes yeux.

 

Devant le sourire de la conteuse, Xena se sent littéralement fondre, son cœur se serre à la vue de ce regard vert émeraude qui se perd dans l'océan azur de ses yeux.

 

_J'ai de la chance de t'avoir pour femme et ton enfant de t'avoir pour mère.

 

Suite à ces mots, la blonde prend la main de son âme sœur, puis lentement l'attire vers leur immense lit couvert de soie.

Non dans le but de lui donner ce qu'elle est en droit d'exiger, mais pour lui montrer l'amour qu'elle lui porte et sentir celui que sa compagne ressent pour elle.

 

_Notre enfant Xena, notre fils.

 

Tandis qu'un enfant dort paisiblement et que deux âmes sœurs se redécouvrent, cicatrisant leurs blessures mutuelles, deux déesses, représentantes de l'amour dans deux pays différents, sourient, voyant comme une lumière irradiante ce sentiment puissant que tous recherchent qui émane des deux amantes, pour lesquelles, à un moment ou à un autre, elles ont influencé le destin pour les réunir.