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Gabrielle est assise à une table occupée à écrire, au milieu d'une immense salle, dont les murs sont dissimulés par des étagères surchargées de parchemin. Des pas résonnent sur les dalles, elle lève la tête de son occupation afin de savoir qui vient. Voyant une femme d'âge mûr, brune les yeux couleur noisette, elle lui sourit, le regard brillant.
_Bonjour Hélène ! Dit la blonde en posant sa plume. _Bonjour Gabrielle. Comment vas-tu ? _Bien merci.
La vieille femme s'assit en face de sa cadette dont irradie une chaleur bienfaitrice, tandis que son sourire quitte son visage ravagé par le temps.
_Gabrielle tu es la meilleur élève qu'on n'ait jamais eu. Personne n'a appris et évolué aussi vite que toi. Ça ne fait que trois ans que tu es à Athènes et tu n'as déjà plus rien à apprendre. De plus, je n'ai jamais compris comment tu as fait pour convaincre Sappho de te prendre sous sa coupe alors que tu n'avais aucune expérience.
Suite à ces mots, Gabrielle eut un petit rire, alors que les traits tirés de la femme s'obscurcirent davantage.
_Hélène, qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi parlons-nous de ça maintenant ? Pourquoi es-tu triste ? Demande la blonde alors que son sourire disparaît et que l'inquiétude s'installe sur son visage juvénile.
_Gabrielle, la Conquérante organise une réception ce soir. Elle a demandé quelqu'un pour la distraire ainsi que ses invités.
La femme fait une pause, se voûtant comme si, soudainement, elle avait un poids énorme sur ses frêles épaules.
_Elle en a assez d'entendre toujours les mêmes histoires, elle désire de la nouveauté.
La jeune femme baisse la tête, toute joie l'a quittée.
_Donc, je dois aller au palais ce soir, amuser ces seigneurs de guerre. Cette phrase était plus une affirmation qu'une question.
La vieille femme lève la tête, cherchant la douceur du regard de la jeune blonde, mais ne la trouve pas.
_Gabrielle tu es une conteuse d'exception! Tu rends tes histoires si vivantes, que ceux qui t'écoutent sont hypnotisés. Je suis certaine que la Conquérante appréciera tes contes !
Hélène se veut rassurante mais il manque dans sa voix de la confiance. Tout le monde sait que la Destructrice n'aime aucun genre d'histoire en particulier, et surtout pas les contes sentimentaux et romantiques. Plusieurs bardes sont déjà repartis du château morts ou la langue tranchée simplement parce que leur style n'a pas plu à la maîtresse des lieux. Gabrielle soupire avant d'offrir un sourire à son amie morose qui n'ose pas la regarder, car elle vient d'annoncer à cette jeune fille douce, pure, pleine de vie, qu'elle considère comme la fille qu'elle n'a jamais eu, que ce soir, sa vie sera entre les mains d'une personne cruelle et lunatique.
_Bon, il faut que j'aille me préparer. Dit Gabrielle dont le ton et l'expression n'éprouvent plus la moindre joie mais de la crainte.
Hélène se lève, prend la blonde par le bras, alors qu'elle commençait à se diriger vers la sortie. Elle lui donne une bourse en lui ordonnant de s'acheter une tunique en rentrant chez elle, les yeux plus délavés, dilatés que jamais, par la peur. Les deux amies s'enlacent pendant que la blonde la remercie puis elle quitte la pièce d'un pas lourd.
Après être rentrée chez elle, la blonde s'est lavée et vêtue de la tunique d'un blanc immaculé, ornée d'une ceinture dorée, qu'elle vient d'acheter. Seule dans sa modeste maison composée d'une chambre et d'une pièce principale dénuée, ayant pour seul mobilier une table, deux chaises, une étagère où sont rangés diverses denrées et ustensiles, et un petit meuble de rangement.
A côté de la porte d'entrée, un porte manteau où est suspendu un manteau qu'elle prend afin de se protéger du froid de la nuit en ce début d'automne, également pour éviter d'attirer les regards des hommes qu'elle pourrait croiser en chemin pour le château.
Pendant que la jeune fille marche dans les rues d'Athènes vers un destin incertain, dans les murs du palais, les domestiques s'affairent aux cuisines, d'autres à servir différents alcools aux seigneurs de guerre criants et braillant qui ne semble jamais en être rassasiés. La Conquérante, assise sur son trône, se délecte de vin et des histoires de guerre aux détails sanglants de ses généraux, surveillant tout et tous, imitant à la perfection le sentiment d'intérêt et de désir pour Métrios, le seigneur de Sparte, qu'elle à en projet de déposséder de son armée avant de le tuer, ce dernier, étant persuadé que la Destructrice des Nations ignore tout de sa volonté de la détrôner, cède lentement à ses charmes, aidé par l'alcool qui coule à flot, pensant pouvoir obtenir ses faveurs avant de la tuer.
Tandis que les invités boivent et mangent, Gabrielle arrive aux portes du palais où un soldat, à qui il manque un bras, l'attend. Malgré son regard vide, il lui sourit. Cet homme vêtu en guerrier ne porte pas arme.
_Suis-moi. Dit-il sèchement mais sans hostilité, voir même avec une pointe de chaleur.
Gabrielle le suit. Poussée par sa curiosité naturelle, pensant qu'au pire elle n'aura pas de réponse, elle prend la liberté de lui poser une question.
_Qu'est-il arrivé à ton bras ? _La Conquérante me l'a coupé parce que j'ai refusé de tuer un homme désarmé lors d'un combat.
Gabrielle a le souffle coupé, ne croyant pas ce qu'elle vient d'entendre.
_Et le guerrier ? Demande la blonde, incertaine de vouloir savoir. _Elle lui a planté son épée dans le ventre. Répond le soldat à une fille choquée.
La jeune femme se demande comment cette femme peut être aussi cruelle, bouleversée par ce qui est arrivé à ce jeune qui doit être à peine plus âgé qu'elle. Pourtant une partie de son esprit est persuadé que cette créature que tout le monde déteste et qualifie de monstre sanguinaire ne peut pas être née comme ça. Sa violence, sa soif de pouvoir, doit avoir une raison. Un événement ou une personne avait changé son cœur en pierre et son âme en glace.
Arrivés aux portes de la salle du trône, après avoir traversé des couloirs éclairés de chandelles qui ne rendent pas le lieu plus accueillant, le guerrier lui lance un regard toujours aussi vide tandis que résonnent les rires des personnes qui assisteront certainement à sa fin.
_Donne moi ton manteau. Je pourrais savoir quel genre d'histoire tu racontes principalement ? _D'amour. Répond la blonde en lui donnant le vêtement demandé. _Un conseil, ne la regarde jamais dans les yeux. Dit-il après un soupir qui en dit long. Puis il reprend le couloir en sens inverse, sous les yeux de la blonde qui pense à ce moment que vivre sans espoir ni désir est pire que la mort.
Les portes s'ouvrent. Elle se tient droite, tout en baissant la tête, inspire profondément et entre dans la pièce où sa mort l'attend peut être.
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