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Gabrielle marche vers le centre de la pièce, sentant les regards lubriques des guerriers la déshabiller, un frisson lui parcours l'échine. Elle s'arrête, les mains jointes dans le dos. Sa curiosité étant plus grande que sa peur, elle lève les yeux, parcourt les visages aux sourires sadiques dont certains sont balafrés, preuve de leur bravoure au combat ou de leur goût pour les prostituées très convoitées. Son regard remonte toute la table, quand ses yeux se posent sur une magnifique brune assise à la place d'honneur, son cœur manque un battement, son souffle se coupe, elle n'entend plus rien ni ne peut voir autre chose que cette sublime créature vêtue d'une robe bleue et argent qui moule à la perfection son corps athlétique. Son esprit est incapable de réfléchir, tout semble terne, seule cette femme paraît vivante. Le temps passe au ralenti. Lentement, Gabrielle voit les cheveux de jais s'envoler pour laisser apparaître des traits réguliers et fins, alors que des yeux d'un bleu incroyablement clair, se dirigent vers elle.
Lorsque Xena entend une voix grave et injurieuse à l'encontre du barde, elle daigne enfin le regarder. Au moment où le regard d'acier croise les yeux couleur émeraude, tout disparaît. La seul chose que Cette vision lui procure une sensation étrange, une impression de feu qui remonte du plus profond de ses entrailles, qui éclaire et réchauffe les ténèbres, envahissant son âme, son cœur. Son être tout entier semble exploser sous la puissance de cette chaleur qui irradie de la femme, l'empêchant de respirer ou de penser. Des rires gutturaux la sorte de sa contemplation.
_Silence ! Hurle-t-elle, tentant de reprendre le fil de ses pensées, en quittant la jeune fille des yeux.
La rupture du contact visuel ressemble à une déchirure dans la poitrine de la barde, alors qu'elle commençait à se noyer dans la mer de ces yeux qui sont redevenus glaciaux et haineux. Le cri qui suivit la sortit de sa transe. Elle baisse à nouveau la tête, tandis que s'installe un silence lourd et pesant. Les jambes de la blonde cessent de trembler, son cœur reprend un rythme normal, elle commence son histoire, essayant tant bien que mal d'effacer ce visage aux yeux bleus de son esprit.
_C'est l'histoire d'une femme rongée par une haine profonde et destructrice, qui la pousse à commettre d'horribles crimes et la mène lentement à sa perte.
Tout en racontant son histoire, elle lutte contre son désir intense de plonger à nouveau son regard sur le visage rigide, lisse, et froid mais d'une beauté incomparable. Pour Xena, la voix de la barde est une douce mélodie. Son esprit ne peut rien entendre d'autre. Chaque mot prononcé par cette femme est comme une musique douce, apaisante et ensorcelante, qui lui procure un bien-être et un calme qu'elle n'a plus connu depuis que le chaos a remplacé l'enfance. Toute l'assemblée est suspendue aux lèvres de la conteuse qui, jusqu'à présent, n'avait jamais eut autant à se concentrer pour conter une histoire. Est-ce son auditoire, l'idée qu'elle rendra certainement l'âme ce soir ou le visage de cette femme gravé dans son esprit qui la perturbe à ce point ?
_Cette jeune fille qui l'a aidé à se libérer de sa haine, et réussit à faire fondre la prison de glace dans laquelle le cœur de cette guerrière était enfermé a comblé le vide dans son propre cœur en y laissant entrer l'amour, en même temps qu'elle lui apprenait le sens de ce mot.
Gabrielle retient son souffle, persuadée de sentir la lame froide de l'épée de
_Comment t'appelles-tu ? Demande la guerrière d'un ton neutre, portant lentement son verre à sa bouche. _Gabrielle majesté. Répond la barde dont le timbre sensuel de la voix de la brune a fait frissonner. _Tu peux disposer. _Bien majesté.
Gabrielle se dirige vers la porte, relâchant l'air trop longtemps retenu par la peur, heureuse que tout soit terminé et triste pour une raison inconnue.
Xena regarde cet ange quitter la pièce, son cœur se serre. Pourquoi l'avoir renvoyé alors qu'elle aurait voulu la garder, admirer son visage, son corps sculptural digne d'une déesse, entendre encore sa voix, se perdre dans la douceur qu'elle dégage. Métrios la sort de ses songes.
_Conquérante, Si nous reprenions notre discussion ? _Tu as raison. Répond Xena en reprenant son numéro de charme avec ce porc au regard vicieux.
La soirée se passa comme elle avait commencé : récits sanglants, alcools, avec en plus des danseuses exotiques à demi-nues, paniquées, n'ayant pas d'autre choix que laisser les mains sales et répugnantes faire leurs chemin sur elles. La règle est simple : une fille repousse un homme, elle meurt. Un homme va trop loin avec une fille contre son gré, il meurt. Malgré toutes les horreurs que La fête se termine tôt, à la grande déception des invités enivrés et surchauffés.
_Alors on est d'accord Metrios, tu annonces publiquement demain que tu joins tes troupes aux miennes ? Demande _Oui Conquérante, demain matin. _Bien. Laisse-nous Métrios, je dois parler à mon lieutenant. Dit-elle, lasse de sentir son regard vitreux sur elle. _Je peux aussi rester. Après tout, nous faisons partie de la même force d'attaque maintenant. _Métrios, il faut que je parle à Légendrios de problème courant, tu vas t'ennuyer, alors va plutôt te coucher ou finir la soirée à te saouler avec tes hommes. Ordonne la guerrière d'une voix et d'une attitude sensuelle et lascive. _Très bien Conquérante. A demain. Répond Métrios avec un air déçu. _Dès que tout sera réglé, tu auras une soirée en tête à tête que tu n'es pas prêt d'oublier. Fait-elle, aguicheuse, cachant au mieux son dégoût pour cet homme lorsqu'elle passe un doigt sur sa joue.
L'homme quitte la salle du trône avec un regard brillant et un sourire sadique, persuadé d'avoir gagné contre la Conquérante des Nations.
_Vieux chien ! Siffle Xena sans que la personne concernée puisse l'entendre, avant de retourner sur son trône. Après demain tu seras mort. Ajoute-elle un sourire inhumain aux lèvres, une haine farouche dans les yeux. _Majesté, je... _Légendrios, laisse moi, je ne suis pas d'humeur à discuter. Lui coupe la guerrière.
Le lieutenant se retire. Xena, une fois seule, se dirige vers la fenêtre, buvant son vin, regarde les étoiles briller. _Gabrielle !
Au même moment, dans une petite maison d'Athènes, une jeune fille blonde aux yeux verts s'approche de la fenêtre, regarde le ciel parsemé de scintillements. Les deux femmes, aux deux opposés de la ville, totalement différentes, prononcent les mêmes mots au même instant, comme une prière secrète.
_Je voudrais tant la revoir.
Le lendemain, l'annonce publique fut faite. Le soir même, prétextant un combat sur le point d'être perdu, Xena emmène Métrios, et leurs troupes aux frontières de ses terres, là où a lieu un combat avec un pays voisin qui refuse d'être conquis.
Après une nuit et un jour de marche, accompagné pour
_Tuez les tous ! Hurle Xena, levant son épée au ciel, partant au galop, une haine froide et cruelle dans les yeux, un sourire d'envie meurtrière et carnassier. Tout ce qu'elle veut à ce moment, c'est sentir son épée transpercer les chairs, voir le sang chaud couler à grand flot emportant avec lui la vie d'hommes dont les regards blanchis se vident avec leurs derniers souffles. Les hommes courent, hurlent leurs soifs de sang derrière
Ils n'ont plus qu'une obsession : tuer, peu importe comment, mais tuer. Le sol est rouge, jonché de corps humains décapités, démembrés. Certains en charpie, dont les morceaux de chairs et d'os sont éparpillés à travers tout le champ de bataille. Des amas de viande crue piétinés, dispersés entre les ruines des maisons effondrées détruites par le feu. La Destructrice, qui prend un plaisir immense à sentir la vie quitter ces hommes lorsque son épée entre et tranche sans difficulté leurs corps, ne perd pas de vue son objectif : tuer ce gros porc gras et vicieux de Métrios.
La fumée acre qui se dégage de ce qui fut une ville, l'empêche de voir sa victime. Tandis qu'elle cherche du regard celui qui lui donne envie de vomir par sa seule vue, elle voit alors un ennemi, l'épée levée, prêt à la planter dans le dos de son lieutenant.
_Légendrios ! Hurle Xena.
Ce dernier se retourne, évite le coup qui lui aurait été fatal, pendant que Xena arrive au galop, attrape le lâche par les pieds grâce à son fouet et le traîne derrière son cheval, dans une boue épaisse composée d'eau et de sang. Il crie quand son corps heurte des pierres ou des cadavres dépecés, jusqu'à ce que son crâne explose en heurtant des débris en feu.
Soudain la brune voit Métrios. Elle s'arrête, lance son chakram et tue trois guerriers avant de décapiter le roi de Sparte qui s' effondre lentement, puis rattrape son arme regardant le liquide rouge sortir de ce qui fut son cou accompagné de lambeaux de chair. Son rire cruel résonne tandis que le massacre continu. La victoire a été trop facile pense
_Légendrios, dis aux troupes de se reposer, demain ils repartent au combat. Je veux le pays entier sous ma domination dans deux jours. _Bien majesté.
Le lendemain matin, la guerrière inspecte son armée, satisfaite qu'il n'y ait pas eu plus de perte. A ses yeux, cela signifie qu'ils sont bien entraînés.
_Bien, votre chef est mort. C'est regrettable mais dorénavant, vous portez mes couleurs. Dit-elle aux troupes de Métrios.
Un jeune soldat trop impétueux sort des rangs :
_Tout le monde sait que vous vous fichez qu'il soit mort. Je refuse de travailler pour vous en sachant que...
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que Xena, une lueur étrange dans le regard, prend une dague à la ceinture d'un de ses officiers et lui lance en plein cœur, sans que personne n'ai le temps de comprendre ce qui ce passe.
_Quelqu'un d'autre a quelque chose à me dire ? Fit Xena, arborant un regard plus dur que d'habitude.
Les guerriers savent qu'ils devront se battre jour et nuit s'ils veulent espérer soumettre le pays dans les temps. Mais la peur inculquée par la guerrière est pire que la mort, la fatigue ou la souffrance. Ils se taisent sous l'expression de domination, ravie mais sans joie de cette femme démoniaque.
Tandis qu'ils repartent au combat, Xena, Légendrios et deux gardes rentrent à Athènes. _Majesté, puis-je me permettre de vous poser une question ? Demande le lieutenant avec la peur de mourir dans un instant. _Oui. Répond la Conquérante sans daigner lui porter plus d'attention. _Pourquoi vous m'avez sauvé ? _Je ne t'ai pas sauvé, je t'ai prévenu pour la simple et bonne raison que tu es le seul qui m'arrive à la cheville. Par conséquent, les entraînements sans toi seraient d'un ennui mortel.
Ailleurs, une jeune blonde et une vieille femme œuvre dans une immense bibliothèque. Quand des cris au dehors se font entendre, elles se dirigent vers la fenêtre.
_Le monstre a eu sa dose de sang, alors il rentre. Dit Hélène le visage encore plus ridé par la colère et le dégoût. _Tu te trompes Hélène, je suis sûr qu'il y a un cœur derrière ce mur de froideur et de haine. Il suffit de réussir à détruire cette carapace pour le trouver. Répond la jeune femme un sourire aux lèvres qui s'agrandit lorsque les battements de son cœur s'emballent alors qu'apparaît, à sa vue, la femme qui hante ses jours et ses nuits depuis qu'elle a posé ses yeux sur elle.
Son regard s'illumine d'une façon qu'Hélène n'avait jamais vue.
_Tu plaisantes ! C'est une chienne, un démon qui vit pour le sang, et... Elle ne finit pas sa phrase en voyant que Gabrielle ne l'écoute plus, surtout en comprenant qui provoque cette lumière sur son visage.
Xena chevauche en direction du palais, sachant que les habitants de cette ville simulent le plaisir de la revoir. Brusquement, poussée par une force inconnue, elle lève les yeux vers le premier étage de la bibliothèque. Son regard froid et vide s'adoucit lorsqu'il croise deux orbes d'un vert magnifique, éclatants de douceur et de tendresse. Son cœur bat si fort qu'elle à l'impression de ne plus pouvoir respirer. Le même sentiment de chaleur l'envahit. Poussée par sa peur de perdre le contrôle d'elle-même, elle se force à retourner son attention sur la route.
_Légendrios, ce soir je fête ma victoire, je veux la jeune blonde. Ordonne la guerrière, confuse. Surtout étonnée de l'envie qu'elle a de la voir, l'entendre, éprouver à nouveau ce calme que sa voix lui procure et d'admirer cette déesse dont elle sent le regard la brûler à cet instant même. _Bien majesté. Dit le lieutenant avant de se diriger vers l'endroit où se trouve la barde.
Après que
_Gabrielle ! Dit une voix féminine qui vient d'entrer dans la pièce. _Oui ? Répond la conteuse que l'appel vient de sortir de ses rêves avec un sursaut. _La Conquérante désir tes services ce soir. A ces mots, le masque de tristesse vole en éclats, remplacé par un sourire radieux et un visage illuminé. _D'accord. _Tu devrais aller te préparer si tu ne veux pas être en retard. Lui conseille Hélène qui n'a pas manqué le changement d'expression de sa cadette. _Tu as raison.
Seule réponse qu'elle eut avant que la blonde parte, accompagnée de la domestique qui est venue la prévenir, animée d'une nouvelle énergie, comme revigorée.
_Si tu as raison mon enfant, que cette femme a un cœur, tu es certainement la seule qui puisse le trouver, même si vous l'ignorez toute les deux, du moins pour l'instant Gabrielle. Pense la femme âgée en regardant partir la jeune fille d'un pas léger.
Gabrielle arrive au palais et comme la première fois, le soldat handicapé l'accueil et la guide, avant de lui prendre son manteau qu'elle récupérera en partant. Elle entre la tête baissée, mais avec une joie certaine.
Xena, assise sur son trône, écoute distraitement la conversation proposée par son voisin de table. Soudain, plus aucun son ne lui parvient lorsque la jeune femme blonde entre, s'approche lentement, vêtue de la même robe que la soirée précédente. Quand elle s'arrête, le silence s'impose de lui-même. La guerrière sent son être se réchauffer, devenir vivant au rythme des paroles de la barde. Le froid qui l'habite, soudainement, est remplacé par une chaleur irradiante. Cette fascination pour cette femme fraîche, douce, lumineuse comme un matin de printemps, lui donne une sensation étrange qui serre son cœur battant déjà trop vite. Ce sentiment inconnu en engendre un autre, la peur. La peur de ne pas comprendre ce qui lui arrive, de perdre le contrôle de ses émotions.
''Qu'est-ce que tu m'as fait Gabrielle ? Es-tu un ange venu me punir de mes crimes ? Ou m'as-tu simplement ensorcelée ?"Pense la guerrière pendant qu'un autre feu, qu'elle connaît trop bien l'envahit attisé par l'effroi de ce que cette fille provoque en elle, et la peur de ce bien-être qu'elle n'a jamais connu jusque là. Deux feux intenses la dévorent, remontent dans ses veines, le bien et le mal, la haine qu'elle connaît et celui dont elle ignore le nom, l'amour.
_Tais toi ! Crie Xena, alors que son verre ce fracasse à l'autre bout de la pièce.
L'ordre emplit de rage et le bruit de l'objet qui se casse, que personne n'a vu partir tant tout est allé vite, eurent pour effet de surprendre l'assemblée, toutes les respirations se sont arrêtées dans un même élan.
Gabrielle eut un sursaut lorsqu'elle entendit la voix grave et forte. Ces yeux clairs croisent le regard haineux et carnassier, un bleu glacial où brûle des flammes si terrifiantes que la blonde ne peut que baisser les yeux, tétanisée par cette vision d'horreur. Dans le silence pesant qui s'est installé, seule la voix gutturale de
_Je n'aime pas les histoires d'amour. Dit Xena en se levant, s'approchant lentement de la blonde avec sa démarche de fauve prêt à bondir sur sa proie.
Le silence palpable est juste interrompu par le bruit de l'épée de la Conquérante qui sort de son fourreau. La jeune conteuse sent son cœur prêt à exploser et les battements de l'afflux sanguin dans ses oreilles font que ses jambes tremblantes ne peuvent plus la porter. Elle tombe à genoux alors que Xena pose la lame froide contre sa gorge tendre.
Pourquoi s'est-elle énervée ? Pourquoi décide-t-elle de la tuer ? Pourquoi n'est-ce pas la mort qui la terrifie mais le fait que ce soit elle qui la lui donne ? Comment cette femme qui a rempli son cœur d'un sentiment si pur peut aussi lui prendre son dernier souffle ?
Tout se bouscule dans la tête de la blonde. Une douleur vive et soudaine déchire sa poitrine, une souffrance intérieure qui n'a rien de physique et qui est pourtant bien réelle. Alors que la seule chose que son esprit lui dicte et qu'elle comprenne, c'est de voir une dernière fois cet océan bleu, dans lequel toutes les nuits, elle rêve de se noyer. Poussée par une puissance incontrôlable, elle lève ses yeux remplis de tristesse le long du corps élancé, à la recherche de ce visage aux traits sublimes et réguliers qui la hante avec, pour seul espoir, que ce sera la dernière chose qu'elle verra pour pouvoir emmener ce souvenir pour l'éternité dans la mort.
La haine de Xena pour cette femme qui l'a ensorcelé la dévore. Lorsque les mèches d'or font place à la peau clair d'un visage si doux, son cœur se brise, sa rage disparaît plus vite qu'elle n'est venue, son bras devient trop lourd tandis que son épée se baisse sans qu'elle s'en rende vraiment compte.
Elle ne peut pas la tuer.
Son univers tourne, plus rien ne semble réel sauf ce désir qui monte de poser sa main sur cette joue, pour arrêter la première larme qui brille dans ces magnifiques yeux verts dès qu'elle commencera à couler.
Le temps semble figé, comme si le moindre bruit ou mouvement allait faire éclater la réalité, plongeant tous les éclats du temps dans le néant.
Tous sont incrédules devant la réaction de la Destructrice. Seul Légendrios ose enfin respirer. Il s'approche de la guerrière lentement, lui pose une main sur l'épaule doucement, tous ses muscles tendus, prêt à sentir le froid de l'air entrer dans son corps et le sang chaud en sortir.
Ce geste sort Xena de sa torpeur dans un sursaut. Elle regarde son sauveur, pendant que le temps reprend son cours. Le lieutenant est stupéfait, juste avant que le masque dur et froid reprenne sa place sur le visage de la brune, il a vu de la tristesse et de la peur dans ces yeux d'habitude remplis de ténèbres.
_Va-t-en ! Je ne veux plus jamais te revoir ! Ordonne la guerrière à la blonde en retournant s'asseoir sans grâce, tant ses jambes tremblent.
Gabrielle se lève lentement. Le cœur déchiré, elle se dirige vers la sortie. Xena ne vit ni ne put arrêter la larme solitaire qui fit son chemin, brûlant la peau de ce visage sur lequel le vide vient de s'installer.
_Du vin ! Ordonne la Conquérante sur son trône.
Les discussions reprennent timidement, mais tout est différent. Certains se demandent ce qui c'est passé, d'autres pensent que Il a très bien vu ces deux femmes se perdent dans le regard de l'autre, mues par un désir, une envie de liberté et de bien-être que seul l'amour peut donner. Il observe, du coin de l'œil la guerrière, dont le regard vide cache une douleur profonde et inconnue.
Tard dans la nuit, bien après que la fête se soit achevée, Xena ne trouve pas le sommeil. Seule dans le silence et la pénombre qui règnent dans ses appartements, elle observe le ciel qui lui semble encore plus obscur que d'habitude. Luttant contre le désir de retrouver son ange, de la prendre dans ses bras pour la consoler. Sans comprendre pourquoi, son cœur lui fait mal à chaque battement, le vide en elle semble plus lourd et plus profond encore. Ses yeux azurs qui brillent à la lueur de la lune se ternissent, se remplissant de haine pure alors que les ténèbres et les démons sont libérés du plus profond de son être.
A l'autre bout de la ville, une jeune femme blonde seule dans son lit, ne dort pas non plus. Hantée par le visage d'une beauté exceptionnelle qui est gravé dans son esprit, elle pleure en silence la souffrance qui s'est ancrée en elle lorsque ces quelques mots, d'une force telle qu'ils ont résonné dans sa tête, ont été prononcés. L'épée de la brune plongée dans sa poitrine aurait été moins douloureuse que d'entendre son désir de ne plus jamais la revoir.
Ces deux femmes dont les cœurs battent à l'unisson, l'une froide, dure, remplie de haine, l'autre douce, chaleureuse, sensible, si différentes et pourtant, les mêmes émotions les habitent, le même élan sentimental les poussent l'une vers l'autre inexorablement. Un amour impossible entre une paysanne et une guerrière cruelle qui sont terrifiées par ce sentiment qu'elles ne connaissent pas.
Légendrios non plus ne dort pas, il écoute les éclats de colère de Xena qui résonnent à travers les couloirs sombres et immenses du palais, les hurlements de rage à glacer le sang de la guerrière qui brise tout ce qui se trouve sur son passage. "N'aie pas peur Xena, laisse-la te conquérir, elle t'aidera à te libérer de tes démons." Pense le lieutenant.
Loin des cris de peur et de haine de la Destructrice des Nations, des soldats discutent dans la caserne du château.
_J'en reviens pas que cette chienne ait tué ce type juste parce qu'il a osé ouvrir la bouche. _Tu es jeune et nouveau, tu t'y feras vite petit. Répond un soldat plus âgé en se retournant sur sa paillasse. _Tu sais, à la fin du combat, ce soldat m'a dit qu'il la tuerait dès qu'il le pourrait car il l'a vu tuer le roi de Sparte avec son chakram. C'était horrible. _Ecoute petit, oublies ce qu'il t'a dit? Si elle l'a fait c'est qu'elle avait une raison. Alors maintenant laisse-moi dormir, mes vieux os sont fatigués. _Bien sûr. Je vais faire un tour. Dit le jeune guerrier avec véhémence en se levant.
Une fois dehors, à la fraîcheur de la nuit d'automne, il marche en parlant tout haut.
_De toute façon, les hommes du roi Métrios ne vont pas se laisser faire. _Pourquoi tu dis ça ? Demande une voix derrière le jeune soldat qui se retourne surprit. _Ah ! C'est toi ! Sourit le soldat arrivé depuis peu dans les rangs de la Conquérante, quand il voit le guerrier handicapé qui est à peine plus vieux que lui.
Bien qu'il le trouve gentil, son regard vide semblable à celui d'un mort lui hérisse à chaque fois les poils de la nuque.
_Pourquoi tu dis qu'ils ne vont pas se laisser faire ? Demande le guerrier manchot sans aucune expression. _Bon je te le dit parce que je t'aime bien. Voilà la nuit suivant notre victoire et la mort du roi, j'ai entendu des hommes de Sparte discuter. Ils disaient qu'ils voulaient se rebeller contre la Conquérante. _Mais ils ne peuvent rien, ils ne sont pas assez nombreux. _Ouais, mais l'un d'entre eux a dit que Métrios avait un plan et des alliés pour le faire et que les gradés voulaient le mettre à exécution en mémoire de leur roi. _Il faut prévenir la Conquérante ! _T'as envie de te faire tuer ? Déjà on ne sait pas de quoi il s'agit et de plus, plein comme ils l'étaient, ça ne m'étonnerait pas que se soit des paroles en l'air. |