|
Cela faisait déjà trois lunes que Gabrielle avait été jetée du palais. Depuis ce jour, elle ne souriait plus et courait à la fenêtre de sa salle de travail dès que des cris se faisaient entendre dehors, une lueur d'espoir transperçant son masque de tristesse durant ce laps de temps avant de disparaître. N'en pouvant plus de voir sa fille adoptive ainsi, Hélène tenta, encore une fois, de savoir ce qui lui arrive.
_Gabrielle, dis-moi ce qui t'arrive, ça me fait mal de te voir si taciturne. _C'est juste... ma famille me manque. _Pourquoi tu ne demandes pas quelques jours pour aller les voir...
Soudain la vieille femme, incrédule à la réponse de la blonde, est interrompue par une voix féminine et pleine de joie.
_Vous savez la dernière ? César a été arrêté ! L'armée de la Conquérante le ramène pour le faire crucifier sur la grande place. _Tu es sûr ? Demande Hélène, irritée d'avoir été coupée dans sa discussion. _Oui ! Tout le monde ne parle que de ça. Dès que l'on saura quand l'exécution aura lieu, je demande ma journée pour y aller. _Tu n'as pas encore vue assez de mort ? Franchement, pour ma part, j'en ai vue assez pour les quelques années qu'il reste à mes vieux os. Répondit sur le ton de la plaisanterie Hélène. _Voyons, tu vas tous nous enterrer. Dit Gabrielle avec un sourire sans joie. _Mais en fait, je veux y aller pour deux raisons. Premièrement, ce n'est pas n'importe qui, c'est Jules César, deuxièmement, la chienne qui nous gouverne sera forcement présente et j'aimerais bien la voir. Pas que ça me rende heureuse, mais depuis trois mois qu'elle n'est pas sortie de son palais, je me demande si elle n'est pas malade, et sa peau hâlée a dû pâlir. Enfin, faut pas trop rêver, les charognes ont la peau dure.
Gabrielle lève la tête à ses mots. Son cœur fait un bond. La frayeur puis l'espoir passe sur son visage. Dans l'esprit d'Hélène, tout s'éclaire. La soirée au palais que sa jeune amie a refusé de lui raconter, le fait qu'elle n'ait pas été demandée depuis ce jour, la tristesse qu'elle arbore. "Ce n'est pas ta famille qui te manque, mais la Conquérante." Pense la vieille femme, plus déterminée que jamais à découvrir ce qui s'est passé ce soir là au château.
_Tu as raison Philimène, ce n'est pas n'importe qui. Je pense aussi que je vais y aller, tu voudrais bien m'accompagner Gabrielle ? _Si tu veux. Tu sais bien que je ne peux rien te refuser Hélène.
Il est vrai que la jeune conteuse ne peut rien refuser à cette femme qui l'a pris sous son aile dès son arrivée. Mais sa tristesse se brise, poussée par l'espoir ne serait-ce que d'apercevoir
Le soir même, César, la tête haute et le sourire arrogant, fut amené dans les geôles du palais sous les regards curieux des athéniens pour y être enfermé dans une cellule sombre, froide et puante.
La Conquérante vint le voir, quittant la salle du trône pour la première fois depuis qu'elle avait renvoyé la jeune barde. Lorsque les pas de la guerrière ne résonnent plus, il lève la tête, son regard hautain croise les yeux bleus haineux.
_Xena, je suis ravi de te revoir. Dit l'ex empereur en lui offrant son plus beau sourire. _Ce plaisir n'est pas partagé. _Allons Xena, avoue que je t'ai fait courir et que tu y as pris du plaisir. Et me voir ici à ta merci en est la sublimation. _Le plus grand plaisir que j'aurais, c'est demain quand tu seras attaché sur une croix. _Non, ça n'arrivera pas. _Ah non ? Et pourquoi ? _Ce n'est pas ma destinée. _On verra demain si tu es toujours aussi arrogant et sûr de toi avec des clous aux extrémités de ton corps.
Sur ces mots, la Conquérante prend la direction de la sortie, la vue de cet homme ne faisant qu'ajouter à la haine qui la ronge, depuis qu'elle a été incapable de tuer la jeune conteuse. L'odeur putride de cet endroit, le rire moqueur du romain, font bouillir son sang, alors que la guerrière sent une nouvelle crise de colère monter, un soldat a le malheur de ne pas s'écarter suffisamment vite de son chemin, son épaule entre en contact avec celle de sa souveraine. Sans qu'il ait le temps de réaliser ce qui lui arrive, le malheureux est à genoux, les bras tenus en arrière, seul un bruit sec d'os qui se cassent résonne, suivit des hurlements de douleur rauque du soldat qui tombe au sol. La souffrance, subite et brutale de ses deux membres, remontent jusqu'à sa nuque sous le rictus sinistre de
_J'ai horreur que l'on me touche. Dit la grande brune en partant.
Trois mois que le sourire angélique et ses démons se battent la possession de son esprit, provoquant un feu dévastateur, une rage qui lui dévore les entrailles libérée mais jamais assouvie. Le chaos la domine, des cris d'horreur dans un monde dévasté, comme des griffes qui lacèrent son âme dans les ténèbres où règnent le froid, la nuit, le sang. Une seule apparition lumineuse vit au milieu des bêtes noires et difformes qui rampent. Une beauté aveuglante, un halo de douceur qui éclaire ce monde austère et violent, des mèches blondes autour de deux opales couleurs émeraude, comme un espoir, le seul chemin vers la sortie de ce cauchemar. Arrivée à la salle du trône, Xena s'approche de la fenêtre. Après s'être servi un verre de vin, elle regarde le ciel s'assombrir. Le soleil couchant à l'horizon diffuse ses derniers rayons de lumière. Légendrios arrive. Il s'arrête à l'entrée de la grande pièce et voit ses épaules s'affaisser alors qu'elle parle seule.
_Gabrielle, tu es un couché de soleil en moi.
A ces mots lourds de sens, le lieutenant se sent soudain mélancolique. Ce n'est plus Heureux d'être à présent certain que Xena a un cœur, en même temps triste, lui qui a toujours combattu à ses côtés, de ne pas pouvoir l'aider pour celui-là. Parfaitement conscient qu'elle seule, peut changer les choses. Faire de cette jeune fille, son soleil levant.
"Je ne peux pas l'aider mais je peux la forcer à la voir. Si demain la jeune conteuse ne vient pas à l'exécution, j'irais la chercher par la peau des fesses." Pense le gradé en repartant.
|