Amour et haine

Chapitre 8




 

_Une semaine que vous cherchez, et vous n'avez rien trouvé ! Ni traces de pas, ni sang, ni Xena ! Fulmine César dans la salle du trône, qui fut celle de la Destructrice des Nations, faisant les cents pas devant son général.

_Nous cherchons, nous avons envoyé la moitié des troupes, à sa recherche, nous finirons bien par la retrouver.

_Je ne veux pas de supposition, mais des faits ! Et qu'a donné l'interrogatoire de son lieutenant ?

_Il ne sait rien, il ne connaît aucun endroit où elle aurait pu se cacher.

_Bien sur, elle ne fait confiance à personne, surtout pas à ceux qui sont proche d'elle à cause du risque de se faire trahir. Fouillez les villages voisins, ce dont je suis sûr c'est qu'elle a besoin de soins.

_Bien César.

 

L'officier ambitieux quitte la pièce, bien déterminé à trouver la guerrière, espérant monter en grade en remplissant cette mission.

 

Depuis que le romain était au pouvoir, Hélène était venue voir son amie tout les jours en sortant de la bibliothèque, n'apportant aucune nouvelle, ni sur César, qui n'a pas encore quitté son palais, ni sur Xena. Elle n'était pas non plus rassurée, sa jeune compagne semblant avoir une peur constante, ses pensées tournées vers autre chose ou quelqu'un d'autre.

Depuis que Xena a été détrônée, Gabrielle veille et soigne la brune, vivant à chaque instant avec la peur que son cœur s'arrête et l'espoir que sa fièvre disparaisse, et enfin revoir le bleu de ces yeux.

 

Ce matin alors que la blonde s'éveille, endolorie sur le fauteuil qui lui serre de lit, elle lève les yeux sur la forme allongée qui semble plus calme. La conteuse se lève après avoir repoussé sa couverture, s'approche du lit, pose une main sur le front de la femme endormie puis, du bout des doigts, caresse le contour du visage, s'arrête sur la joue, afin de profiter encore un peu de la douceur de cette peau qui était, d'habitude si hâlée.

 

Le soulagement s'empare d'elle tandis qu'une joie vive réchauffe son cœur, elle réalise que son vœu s'est exaucé, la fièvre qui brûlait son corps a disparu.

Alors qu'un sourire orne ses lèvres, elle admire ces traits ciselés, si paisible.

Le bruit léger et profond de la respiration lente de la femme, l'apaise, la crainte qui voilait son cœur s'envole, comme une douce brise d'été qui emporte les dernières cendres d'un incendie, laissant apparaître la beauté qui se cache en dessous.

Son âme est soudainement libérée d'un poids trop lourd, pour un être aussi pur.

 

Habitée par un nouvel élan, un mélange de joie et de satisfaction, comme une nouvelle énergie, Gabrielle a passé sa journée à vaquer à des occupations diverses jusqu'à ce qu'Hélène vienne lui rendre sa visite quotidienne, heureuse de voir son amie sourire mais intriguée de ce changement d'humeur brutale.

Cette dernière repartie avec les derniers rayons de soleil, la blonde rallume le feu dans la cheminée avant d'aller s'asseoir au chevet de la guerrière.

 

Alors qu'elle est perdue dans ses pensées, fixant un point au loin, deux mots sortent la conteuse de sa rêverie. Gabrielle regarde la femme aux cheveux de jais, ses battements cardiaques s'accélèrent, une chaleur soudaine dévore ses entrailles lorsque ses yeux verts croisent deux éclats bleus si limpide, l'incarnation d'un désir secret, qui à eux seuls représentent un rêve de bonheur éternel, si proche et pourtant si inaccessible.

 

Quand Xena ouvre les yeux, la première chose qu'elle voit est ce visage angélique qui est ancré en elle. Il lui faut quelques secondes pour réaliser que ce n'est pas un songe.

Ces deux émeraudes scintillantes, ce sourire étincelant, qui lui procure une sensation de douceur et de bien-être, comme une promesse de paradis terrestre, sont là.

Sans s'en rendre compte, sa bouche libère sa pensée.

 

_Mon ange.

 

Gabrielle ne peut quitter ces orbes cobalts remplis de douceur paisible, qui semblent l'envelopper comme une soie douce et protectrice, comme si plus rien d'autre ne pouvait la toucher.

Un gémissement de douleur la sort de sa contemplation.

 

_Ne bougez pas. Il faut vous reposer. Dit la blonde en posant une main tremblante sur le bras droit de la brune.

 

En sentant son bras, sa jambe et sa hanche recevoir des décharges de douleur, tous ses muscles rongés de courbatures, Xena décrète que sa salvatrice a raison. Puis acceptant de se laisser aller dans ce confort, ce bien-être où le temps semble couler sans rien altérer, la guerrière demande à la barde de lui conter les événements survenus lors de son inconscience, afin de savoir à quoi s'en tenir, mais aussi pour entendre sa douce voix.

Bizarrement, apprendre que César lui a pris son trône, ne lui cause pas de crise de rage, seulement de la colère et du dépit.

Mettant ceci sur le compte de sa faiblesse et sa fatigue, ou la voix apaisante de la conteuse, une question traverse son esprit.

 

_Gabrielle pourquoi m'as-tu sauvée ?

_Mon côté bon samaritain sans doute. Il se fait tard, vous devriez-vous reposer majesté. Répond la blonde, absolument pas convaincue de sa réponse, mais comment expliquer qu'un sentiment qu'elle ne comprend pas l'a poussé à le faire.

 

Alors qu'elle se dirige vers la porte qui mène à l'autre pièce, une voix faible et douce l'arrête.

 

_Tu peux me tutoyer, s'il te plaît, et appelle moi Xena. Je ne suis plus la souveraine des terres connues.

_Bien. Fut la seule réponse que la barde put donner, estomaquée d'avoir entendu la Destructrice des Nations lui dire 's'il te plaît' et envahie par un plaisir immense d'avoir reçu le privilège de la tutoyer.

 

Cette nuit-là, la blonde ne trouve pas le sommeil, surexcitée se retenant de sauter et crier sa joie en pensant à la requête de la brune, surtout à cause du bonheur qui l'irradie, comme une lumière éblouissante de savoir la guerrière hors de danger.

 

Le lendemain, lorsque la nuit tombe, la Conquérante s'éveille après un sommeil réparateur et voit son ange protecteur, assis sur un fauteuil qui l'observe, puis lui sourit.

Xena sent la chaleur étourdissante envahir son être à cette vue.

 

_Bonjour. Comment te sens-tu ?

_Mieux. As-tu des nouvelles de ce qui se passe en ville ? Demande la brune, désirant trouver un sujet de conversation avant qu'elle ne perde ses capacités de réflexion.

_Mon amie Hélène m'a appris que les hommes qui étaient partis à ta recherche, rentrent à Athènes. César va être furieux qu'ils reviennent bredouilles.

 

Xena ne peut rien répondre, elle se sent fondre devant son air enfantin. Son petit nez retroussé en même temps qu'elle sourit, la fait craquer.

 

Gabrielle est incapable de penser, son cœur explose, lorsqu'elle voit se dessiner un sourire sur les traits d'ordinaire si stoïque.

 

_Tu as faim ? Demande la conteuse dans le seul but de rompre l'envoûtement de cette vision.

_Très faim. Répond la guerrière charmée.







Depuis le 14/02/2010