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Lundi 10 Juillet Bonjour permettez-moi de me présenter. Je m'appelle Léa Sullivan, j'ai 20 ans et je ne suis pas d'ici. Je viens de l'est, de l'autre coté de cette île. Je viens de finir mon année d'étude et j'ai tellement insisté auprès de mes parents qu'ils ont enfin acceptés, après des années de demandes, de me laisser venir passer les vacances d'été chez mon Grand Père. A chacune de ses visites "à la ville", comme il dit, il me racontait tellement d'histoires formidables sur sa région que je voulais à chaque fois rentrer avec lui. Je n'ai jamais compris pourquoi mes parents n'ont pas voulu que je vienne plus tôt. Je suis arrivée en ces lieux début juillet. Vous devez vous demander pourquoi j'écris ces mots. Je ne suis pas sûre de le savoir moi-même, cela me semble naturel et nécessaire. Mais je ne vous embêterais pas plus avec mes états d'âme (enfin pour le moment) et je vous laisserai au récit de mes aventures… Mardi 11 Juillet Aujourd'hui était différent d'hier et des cinq jours précédents. En quoi aujourd'hui était-il différent me direz-vous ? Le marché était là comme tous les jours, les mêmes habitants, les mêmes visages, la cloche de l'église, toujours en retard comme d'habitude mais ce qui changeait c'était que la bruine, le vent et le brouillard avaient enfin laissé place à un doux et chaud soleil. Bien sur, pour vous, habitants du sud, il aurait été juste tempéré et vous n'auriez pour rien au monde enlevé votre pull mais pour nous habitants du nord, il faisait chaud. L'air s'était asséché, laissant la place aux senteurs propres à ce pays. L'humidité s'était évaporée comme par magie. Et il était bien question de cela aujourd'hui, de magie, car "Elle" était là. Les Anciens du village disaient qu'elle avait été conçue grâce à la lune et mise au monde avec l'aide du soleil. Elle maîtrisait les éléments et à chaque fois qu'elle descendait au village, elle entraînait avec elle le beau temps. Les Moins Anciens la craignaient comme tout ce qu'ils n'arrivaient pas à cerner ou à diriger. Certains se signaient sur son passage, surtout les grenouilles de bénitiers qui usaient les bancs de l'église plus pour s'échanger leurs ragots que pour prier le seigneur. Les Plus Jeunes étaient partagés entre l'envie de s'en faire une amie pour désobéir au Moins Anciens et le fait qu'elle les impressionnait tellement qu'ils n'osaient tenter quoi que ce soit. Aucun d'entre eux ne pouvait se vanter de s'être assez rapproché d'elle pour connaître son nom. Mais une chose était sur, une fois que vous aviez croisé son regard, vous ne pouviez plus l'oublier. Elle avait les yeux d'un bleu indescriptible, aucun nuancier n'aurait pu vous donner la couleur exacte. Et pour accentuer encore ce regard difficile à soutenir au demeurant, il y avait cette lumière. Les Anciens disaient qu'il y avait deux éclats de lune dans ses prunelles. Assise sur le banc devant l'église, je la regarde arriver en haut de la rue. Elle semble avancer en ignorant le monde et les gens qui l'entourent. Elle fait mine de ne pas entendre les chuchotements dans son dos, ni faire attention aux conversations qui cessent quand elle passe. Elle arrive à ma hauteur et je ne peux m'empêcher de la regarder. Elle se tourne vers moi et je croise enfin ses yeux si énigmatiques. Elle ne sourit pas mais rien dans son comportement n'est agressif. Elle me sonde de haut en bas et ce que je vais dire est stupide, mais je vais le dire quand même, j'ai l'impression qu'elle voit à travers mes vêtements et même qu'elle voit à travers moi. Je ne peux retenir un frisson et je vois apparaître une moitié de sourire ironique sur ses lèvres. Elle me tourne le dos et prend la rue à gauche. C'est mon Grand Père qui me sort de mon immobilité en s'assaillant à mes cotés. GP : Pour faire cette tête, tu as dû la croiser ? Moi : Qui ? GP : La fille de la forêt. Moi : C'est son nom ? GP : Non, elle s'appelle Lexie. Moi : Lexie, c'est joli. Qui est-elle ? GP : Personne ne le sait vraiment. Certains disent qu'elle parle aux fées. Moi : Rien que ça ? GP : Que veux-tu, les croyances ne sont pas loin ici. Tu n'es pas à la ville. Moi : Où habite-t-elle ? GP : Dans la forêt, près du lac. Fais attention Léa, elle n'est pas comme toi. Moi : Tu crois en tout ce qu'on dit sur elle, Grand Père ? GP : Je crois qu'elle a quelque chose que nous n'avons pas mais je me garde de vouloir savoir ce que c'est. Vendredi 14 Juillet Deux jours ont passé depuis ma première vraie rencontre avec "Elle". Personne ne prononce son prénom, c'est toujours : "Elle". Si mon Grand Père n'est pas curieux, moi je le suis. C'est pour ça que j'ai décidé de partir en randonnée vers la forêt et le lac. J'ai fait le tour du lac mais n'ai vu aucune maison. J'ai bien regardé, j'ai cherché un chemin mais rien. Je suis rentrée quand la pluie a commencé à tomber. Je demanderais discrètement à Grand père. Dimanche 16 Juillet Je ne suis toujours pas arrivée à apprendre quelque chose de la bouche de Grand Père. Et de personne d'autre dans le village. J'ai même demandé au facteur mais il m'a répondu qu'elle n'avait jamais de courrier. Le temps est redevenu tout gris. J'ai même fait des recherches sur Internet. Et oui Internet, ce n'est pas parce que ça ressemble à un trou perdu qu'il faut croire que la technologie n'est pas arrivée jusqu'ici. Le satellite c'est magique. Bon, revenons à mes recherches. Vous vous en doutez, elles ont été infructueuses. Tapez "Lexie" dans n'importe quel moteur de recherche et vous trouvez un tas de dérivés plutôt ouverts aux plus de 18 ans. Lundi 17 Juillet Je suis retournée autour du lac et je l'ai vu. Pas sa maison mais "Elle". Elle était debout sur un rocher et regardait au loin. Moi : Bonjour. Elle me fit face. Elle avait ôté ses lunettes de soleil pour mieux me détailler et comme la première fois, je ressentis la même chose. Moi - un peu mal à l'aise : Je m'appelle Léa. Elle ne répondit pas, remit ses lunettes et se contenta de sauter de son rocher. Je n'aurais jamais osé faire un saut pareil et pourtant j'ai la réputation d'être casse cou. Elle s'approcha de moi toujours sans rien dire. Ses verres me renvoyaient ma propre image ce qui aidait grandement pour me permettre de la détailler. Elle était grande, enfin je la trouvais grande. Il faut dire que tout ce qui me dépasse me semble grand. Les cheveux mi longs couleur miel foncé venaient frôler ses épaules. Elle portait un jeans noir et un t-shirt blanc. Elle n'avait pas l'air d'avoir froid. Moi : Je suis en vacances chez mon Grand père. Il s'appelle - Elle : Je sais qui est ton Grand Père. Sa voix. Moi : Ah oui ? Elle : Oui. Que cherches-tu ? Moi : Rien de spécial, je me balade. Plutôt sauter dans le lac que lui avouer que je la cherche, elle et sa maison. Elle : Tu devrais rentrer, il va pleuvoir d'ici une heure. Tu as juste le temps d'arriver. Je la fixais. Sa voix. Je n'avais jamais entendu cette…cette… c'est quoi le mot… Heu. Mélodie oui c'est ça, sa voix était une mélodie aux accents inconnus. Elle : Tu m'as entendu ? Moi - sortant de ma torpeur : Oui, une heure avant la pluie. Elle : C'est ça. Rentre chez toi, maintenant ou bien tu finiras trempée. Elle ne bougea pas, m'obligeant par ce geste à prendre le chemin du retour. J'eus juste le temps de franchir la porte de la maison que la pluie se mit à tomber à grosses gouttes. Je regardais ma montre, une heure pile depuis ma deuxième rencontre avec "Elle". Jeudi 20 Juillet Il a plu tout le temps pendant 2 jours avec juste quelques pauses pour permettre de mettre le nez dehors, mais pas assez longues pour repartir en recherche. Ils ont annoncé une journée sans pluie demain. Allongée dans mon lit, n'arrivant pas à dormir, je décide de repartir autour du lac dès demain matin. Non mais j'allais bien finir par la trouver cette baraque. Foi de Sullivan. Vendredi 21 Juillet J'ai du attendre la fin du repas avec Grand Père et je suis partie avec dans mon sac à dos : une carte, une boussole, mon goûter et de l'eau. J'ai crapahuté pendant des heures, analysé tous les sentiers qui quittaient le tour du lac, j'ai regardé partout à en avoir mal aux yeux. Je venais de prendre la décision de rentrer , lasse de ne rien trouver, quand le ciel s'assombrit encore plus et que des trombes d'eau vinrent s'abattre sur le sol. Dans mon paquetage d'exploration, j'avais oublié l'essentiel : une protection contre la pluie. Je fus vite mouillée jusqu'aux os et il ne fallut pas attendre bien plus longtemps pour que je sois gelée jusqu'à la moelle. Tout était devenu si sombre que je ne voyais presque plus à 3 mètres devant moi. La pluie, le froid et l'obscurité nouvelle vinrent rapidement à bout de mon calme et de mon self contrôle. J'allais devenir hystérique quand je vis une lueur à travers les arbres. A l'aveuglette, sans lâcher "mon étoile du berger" j'avançais. Et qu'elle ne fut pas ma surprise en atterrissant dans une clairière devant une maison tout en bois et en pierre. Je m'approchais de la fenêtre d'où s'échappait la lumière. Assise à une table devant un livre, "Elle" se tenait là. En avançant vers la maison, j'avais ressenti une étrange sensation de chaleur, comme quoi le subconscient est très fort. Une lumière et vous avez déjà l'impression de vous réchauffer. Mais quand j'ai posé la main sur le mur pour mieux regarder à l'intérieur, la pierre était chaude sous mes doigts et là, mon subconscient n'y était pour rien. Elle écrivait mais pas avec un stylo, avec une plume et un antique encrier. Elle semblait parler à quelqu'un mais je ne voyais personne dans la pièce. En reportant mon regard sur elle, je la vis relever la tête et fixer quelque chose devant elle. Je suivis la direction de son regard. Sur la table, posée sur une boite en bois, ce que j'avais pris pour une lumière, une bougie ou un truc du genre bougeait. Je retins de justesse un cri de surprise en reconnaissant la Fée Clochette. Je me suis fortement frotté les yeux et j'ai à nouveau observé. Le froid devait me jouer des tours. Ce n'était pas possible. Alors que je restais incrédule devant ma vision, je me suis mis à éternuer… |