A l'Ouest de chez moi

Chapitre 12




 

Chapitre 12

 

                        Mercredi 6 août

 

            Ce matin au petit déjeuner, Grand-Père m'a fait remarquer que j'avais une tête bizarre mais n'importe qui aurait une tête bizarre s'il avait fait le même rêve que moi. Bien différent de celui de la veille (ça c'est sûr). Tellement "WOW" que je suis incapable d'y penser sans rougir et encore moins capable de le retranscrire sur cette page. C'était… Doux… Tendre… Sensuel… Ca a commencé au creux de mon ventre… Et puis comme une explosion qui irradie dans toutes les fibres de mon corps… Jusqu'à mon âme… La sensation de chaleur…Le sentiment d'une première fois….

Est-ce que ça existe dans la vraie vie tout ça ? Si oui je le veux, je la veux.

Arrête tes fantasmes Léa et va enquêter.

 

Je suis dans le pub de Margarett. Il n'y a personne, je m'installe au comptoir et j'attaque.

Moi : Pourquoi ?

Margarett : Pourquoi quoi ?

Moi : Pourquoi vous ne la détestez pas comme les autres ?

M : Qui ?

Moi : Vous savez très bien de qui je parle.

M : Je sais, mais prononce son prénom.

Moi : Lexie.

M : Que veux-tu savoir ?

Moi : Tout mais pour commencer pourquoi vous l'appréciez ?

M : Parce qu'elle a sauvé ce que j'ai de plus précieux.

Moi : Quoi ?

M : Plutôt qui.

Moi : …?

M : Ma fille.

Moi : Oh. Vous avez une fille ?

M : Oui.

Moi : Où est-elle ? A la ville ?

M : Elle voyage de par le monde. C'est une des raisons d'internet dans ce lieu.

Moi : Je comprends. Elle l'a sauvée de quoi et comment ?

M : Pourquoi veux-tu tout savoir ?

Moi : Parce que je l'ai- je l'apprécie. Et puis je veux comprendre.

M : Ton Grand-Père avait raison.

Moi : A quel sujet ?

M : Tu es… têtue.

Moi : Vous n'avez pas répondu pour votre fille.

M : D'une créature de la forêt qui voulait en faire son dîner annuel. Je sentais que quelque chose n'allait pas, je suis allée demander de l'aide aux villageois pour la chercher dans la forêt. Ils ont tous répondu qu'elle devait être avec un garçon dans les tourbières. Je sentais qu'elle était en danger. C'est ton Grand-Père qui m'a dit d'aller trouver Lexie. Et elle m'a aidée sans poser plus de questions que ça. Elle m'a dit de rentrer chez moi et d'attendre. Au petit matin juste avant que le jour ne se lève, je l'ai vue arriver avec ma fille, un peu choquée mais souriante. Lexie saignait au niveau de son avant-bras et portait des traces de lutte sur le visage.

Moi : Et depuis, vous lui servez des verres de lait et des tartines à chaque fois qu'elle vient.

M : C'est ce qu'elle préfère.

Moi : C'était il y a combien de temps ?

M : 3 ans.

Moi : Elle a cherché à vous faire oublier ?

M : Non, car c'est moi qui suis allée demander son aide.

Moi : Et votre fille ?

M : Elle a oublié.

Moi : Vous connaissez les Cahomnoires ?

M : Oui, et toi aussi.

Moi : Ah bon ?

M : Que crois-tu qu'est Lexie ?

Moi : Une gardienne ?

M : Oui.

 

Sans me demander, Margarett me sert un verre de lait et une assiette de tartines. On discute un moment encore un peu. Je l'aide pour le service de midi plus par jeu que par besoin. J'ai toujours voulu travailler dans un pub. Je ne sais pas pourquoi, l'ambiance, les rires, les gens…

Il est plus de trois heures quand je rentre chez Grand-Père. Il me prévient qu'une lettre est arrivée pour moi. Je l'ouvre et je trouve dedans ce que j'attendais, l'acceptation de mon bail. J'ai mon appartement. Alors que je danse au milieu du salon, Grand-Père me regarde d'un œil mi-amusé, mi-interrogatif.

 

Je passe le reste de l'après-midi à travailler un peu mes cours quand même, si je veux mener à bien mon projet à la rentrée, il va falloir que je cartonne au premier semestre. Il est 23 heures lorsque je vais me coucher.

 

A 2 heures du matin, une main se pose sur ma bouche et me réveille en sursaut. Alors que je cherche à hurler et à me débattre, je vois deux éclats qui me regardent, une lueur apparait, grandit et une voix chuchote.

 

"Chut, n'aie pas peur, c'est moi."

 

Et le visage de Lexie apparait dans la boule de lumière qui brille dans sa main.

 

Moi (pas vraiment remise de ma frayeur) : Qu'est-ce qui se passe ?

Elle : J'ai besoin de ton aide.

Moi : Tu as besoin de moi ?

 

            Maintenant je suis remise, mais surprise.

 

Elle : Oui. Habille-toi et suis-moi.

Moi : On va où ?

Elle : Dans la forêt.

 

            Là, je ne suis pas très rassurée. Je saute dans mon jeans, j'enfile un pull et mes baskets. Elle m'attend déjà dehors. Je me cogne contre la table basse. Je ne vois pas dans le noir, moi.

 

 Dehors, il fait nuit noire, pas de lune et je n'aime pas ça. Lexie court devant.

 

Moi (essoufflée) : Lexie, attends, je ne vois pas vraiment où je mets les pieds et tu vas trop vite.

 

            Elle se retourne et une nouvelle boule de lumière blanche apparait et se dirige vers moi. Elle s'arrête et semble attendre.

 

Elle : Avance, elle précèdera tes pas.

 

            Et elle repart en courant. J'hésite, puis la suis et ça marche, la lueur éclaire mon chemin. On s'enfonce dans une partie de la forêt que je ne connais pas. J'ai la désagréable impression qu'on nous observe. Elle s'arrête d'un coup et je suis à la limite de lui rentrer dedans. Je regarde par-dessus son épaule et dans une trouée dans la forêt, il y a un petit feu de bois autour duquel sont regroupés… Quoi au juste ? Des gnomes ? Elle s'approche, ils ont l'air terrorisés.

 

Elle : Ne vous inquiétez pas, elle est là pour nous aider.

Un des petits êtres : Tu es sûre ? Elle ne va pas parler.

Elle : Elle est sûre. Fais-moi confiance.

UdPE : On te fait tous confiance.

Moi : Bonsoir.

 

Un tout petit, sûrement un enfant, se cache derrière l'ample jupe de sa mère.

 

Moi : N'ayez crainte, je ne dirai rien sur vous.

 

Lexie est en train de préparer quelque chose.

 

Moi : Lexie ? Qu'est-ce que je dois faire ?

Elle : Ils sont en danger s'il reste ici, on n'a pas beaucoup de temps pour les mettre à l'abri. Ils vont monter dans ses boites en bois et on va les transporter.

Moi : Ils sont combien ?

Elle : Beaucoup.

 

Elle siffle 3 fois et plein de petits êtres sortent de partout et montent dans les caisses.

 

Elle : Léa, on ne doit pas traîner. C'est pour ça que je suis venue te chercher, car je n'avais pas le temps de faire 2 voyages.

Moi : Pas de problème, je te suis.

 

Je ramasse une des caisses alors qu'elle en accroche une dans son dos grâce à des sangles et prend l'autre dans ses bras. Tous les habitants de mon paquet me regardent comme si j'étais une extraterrestre. Ils doivent penser, en fait, la même chose que moi, mais eux ils ont déjà vu une humaine vu qu'ils connaissent Lexie. Mais Lexie est peut-être pas humaine après tout et. Arrêteeeeeeeeeeees. Lexie est humaine comme toi enfin presque comme toi. On traverse une rivière, escalade une colline, redescend de l'autre côté, traverse une forêt et enfin dans une clairière, elle s'arrête. J'en peux plus. Elle pose son chargement. Les petits êtres sortent et comme s'ils avaient l'habitude, ils vont directement vers certains arbres et bosquets.

 

Elle : C'est bon, ils sont en sécurité, on peut rentrer.

 

Rentrer, faut encore marcher ?  Je commence presque à regretter mon lit.

 

Elle : Léa.

 

            Rien que de l'entendre prononcer mon prénom me redonne des forces.

 

Moi : Oui ?

Elle : Tu ne dois parler de ça à personne. Ni du lieu, ni des personnes.

Moi : Lexie, je ne sais même pas où on est, si tu me laisses là, je suis incapable de rentrer au village. Et puis, je ne sais pas qui ils sont.

 

            La petite lueur flotte entre nous deux et est-ce un sourire sur ses lèvres ? Oui, on dirait bien.

 

Elle : On rentre ? Le jour ne va pas tarder à se lever.

Moi : Je te suis. Et on peut aller moins vite, s'il te plait ?

Elle : Tu manques d'exercices "cailín ó an baile mór"

Moi : Qu'est-ce que ça veut dire ?

Elle : "Fille de la ville".

 

            Le silence retombe entre nous, mais il n'a rien de pesant, je marche à ses côtés tranquillement. J'aperçois les lueurs de sa maison.

 

Moi : Tu n'éteins jamais quand tu sors.

Elle : Eteindre quoi ?

Moi : La lumière.

Elle : Pour cela, il faudrait un interrupteur.

 

            Elle pousse la porte et me fait signe d'entrer.

 

Elle : Prends une chaise. Tu veux un chocolat chaud ?

Moi : Si tu ne l'arrose pas de ta potion d'oubli, je veux bien. Et puis après, il faudra que je rentre, Grand-Père risque de s'inquiéter.

Elle : Ton Grand-Père sait où tu es, aucun soucis.

Moi : Comment ?

Elle : Il a été prévenu.

Moi : Comment ?

Elle : Tu ne peux pas tout savoir, Léa.

 

            Je m'approche d'elle dans son dos pendant qu'elle prépare notre breuvage.

 

Elle : Tu peux-

 

            Elle a dit ça en se retournant, je ne m'y attendais pas si bien qu'on se rentre dedans et… Ai-je rêvé ? Est-ce arrivé ? Nos lèvres se sont-elles vraiment touchées ?

 

Elle : -rester dormir ici si tu veux.

 

            Elle me regarde de son regard normal, sans bouger.

 







Depuis le 24/05/2009