|
Mercredi 13 août
Les cloches de l'église viennent de sonner 7 heures du soir. Cela fait trois jours que je n'ai pas de nouvelles de Lexie. Avec le recul, je me rends bien compte que ma réaction était stupide, mais personne n'a jamais dit que la jalousie faisait faire des choses intelligentes. Ce qui me tue, c'est que je ne sais pas pourquoi j'ai réagi comme ça, enfin si je sais, mais… D'habitude, je sais maîtriser mes émotions. Ce que je ne m'explique pas, ce sont mes gestes et ce baiser ; mais j'étais pas dingue de lui rouler un patin comme ça, sans aucune autre forme de tendresse ou de romantisme ou… D'amour ? C'est elle qui provoque ça. J'ai l'impression qu'en sa présence, tout est plus exacerbé, amplifié, galvanisé, surmultiplié, plus "violent"…
Un pas en avant trois en arrières.
Je vais aller au pub pour me changer les idées et sortir de mes livres. Et puis de toute façon, je dois envoyer un mail à la fac pour leur donner ma réponse. Je vais aller noyer ma colère contre moi-même dans… Quoi ? Un verre de lait ? Non, une bonne bière bien fraîche.
Alors que je suis devant l'ordinateur, en train de surfer sur divers sites, le volume des conversations dans mon dos monte de plus en plus. D'un seul coup, je vois tous les hommes sortir. Je m'approche du comptoir et de Margarett.
Moi : Qu'est-qu'ils leur arrivent ? Margarett : Le fils des Bradford a disparu. Moi : Depuis quand ? M : Il n'est pas revenu de sa promenade vers le lac. Moi : Ils sont tous partis à sa recherche. M : Oui. Moi : Ils ne vont pas s'en prendre à… M : Pour ça, il faudrait qu'ils la trouvent déjà. Moi : Je peux faire quelque chose ? M : Tu sais parfaitement quoi faire.
Je lui souris et je sors prenant la direction du lac. J'appréhende de ne pas trouver sa maison, car il ne pleut pas et qu'elle n'est pas avec moi. Mais comme elle l'a dit, les choses ont changé, car je la vois au bout de son chemin de terre protégé par les arbres. La porte s'ouvre toute seule. J'entre, j'appelle, je vais dans la chambre. Personne. Je décide de l'attendre un moment. Je suis assise à la table en train de feuilleter le livre posé sur celle-ci, quand j'entends dans mon dos.
"Que me vaut ta visite ?"
Je lui fais face.
Moi : Je suis venue te dire que le fils Bradford a disparu. Et que tous les hommes du village le cherchent. Elle : C'était donc ça. "Ils" ont essayé de me dire quelque chose mais c'était incompréhensible et décousu. Moi : Qui ça "Ils". Elle : Léa. Moi : Je sais, tu ne peux pas me le dire. Que vas-tu faire ?
"Léa que fais-tu là ?"
Je me retourne d'un bloc pour m'apercevoir que je suis dans la clairière, la maison de Lexie n'est plus là. C'est quoi ce bordel-là. Je suis face au groupe de recherche du village.
Moi : Heu… Ben… Je cherche Coilín. Habitant du village : Rentre chez ton Grand-Père. Les bois ne sont pas sûrs pour une fille. Moi : Je vais y penser. Bonne chance.
Ils continuent leur chemin et comme par magie la maison réapparaît autour de moi.
Moi : Tu m'expliques là ? Elle : Je t'explique quoi ? Moi : Ta maison, pourquoi toi et elle avez disparu et pas moi. Elle : C'est son mode de protection. Elle disparaît quand des gens malintentionnés s'en approchent. Moi : Pourquoi tu as disparu toi aussi ? Elle : Parce que c'est logique. Moi : Si c'est logique, pourquoi moi j'ai pas disparu ? Elle : Parce que tu ne fais pas partie de la maison. Moi : Parce que je fais pas partie de la maison ? Et si ça c'était produit la nuit quand j'ai dormi dans ton lit, je me serais retrouvée allongée sur la mousse ? Elle : Non, car tu portais mes vêtements, la maison t'a assimilée à moi. Moi : Cool. Vraiment super. Ton monde est dingue. Elle : Je sais. Moi : Tu vas faire quoi ? Elle : Partir à sa recherche. Je crois savoir où il est. Moi : Je peux venir avec toi ? Elle : Non, tu restes là ou tu retournes chez ton Grand-Père. Moi : Pourquoi ? Elle : C'est trop dangereux. Moi : Pour moi oui, mais pas pour toi, c'est ça ? Elle : C'est ça.
J'allais protester encore, mais elle ne m'en laisse pas le temps. Elle a attrapé son sac qu'elle passe autour de son cou et son épaule et sort. Si elle croit que je vais faire ce qu'elle a dit, elle se met le doigt dans l'œil et jusqu'au coude.
Je la suis discrètement, on traverse une rivière, une forêt, une partie des tourbières. Et je dois l'avouer, je suis morte de trouille. Alors qu'elle a déjà traversé la clairière et que je n'en suis qu'au milieu, j'entends un grognement dans mon dos. Je me retourne et reste pétrifiée. Face à moi les buissons bougent. Quelque chose va sortir. Une main se plaque sur ma bouche ce qui étouffe mon cri.
"Chut, ne dis plus rien et ne bouge pas."
C'est elle. Elle me tient serrée contre elle. Mon dos plaqué contre sa poitrine. Je sens son souffle à mon oreille. Des buissons sortent un autre groupe de recherche. Ils marchent tout droit, droit sur nous. Je veux bouger, mais elle m'en empêche. Ils vont nous marcher dessus ce n'est pas possible, mais ils ne nous voient pas ou quoi, leur lampe éclaire exactement où l'on est. Et là, je ne comprends pas vraiment tout, comme si on était des fantômes, ils nous traversent. C'est une sensation très bizarre. Je sers plus fort la main de Lexie que j'ai saisie par réflexe. Quand les hommes s'éloignent et rentrent à nouveau dans la forêt, elle me lâche.
Moi : Mais… Mais… Mais qu'est ce qui s'est passé là. Pourquoi ils ne nous ont pas vues ? Pourquoi ils nous ont traversées ? Elle : Parce que l'on est devenue invisible. Moi : Invisible ? Mais comment ? Elle : Tu recommences à poser trop de questions. Et je t'avais dit de rester à la maison ou de rentrer chez toi. Moi : Et tu espérais que j'allais t'écouter ? Elle : Non, c'est pour ça que je te surveille depuis tout à l'heure. Moi : Tu savais que je te suivais ? Elle : Tu n'es pas très discrète. Moi : On fait quoi maintenant ? Elle : Je suppose que je dois t'emmener avec moi, mais tu dois me promettre de faire ce que je te dis. Moi : Promis.
Nous marchons encore un moment, puis elle s'arrête à l'entrée d'une grotte.
Elle : Tu sais te battre ? Moi : J'ai quelques notions d'auto-défense. Elle : Super. Bon écoute, ce que tu vas voir là-dedans ne ressemble à rien de ce que tu connais. Ce qui vit là-dedans n'a rien de gentil. Alors tu ne prends pas de risques. Si Coilín est là, comme je le suppose, je vais faire diversion et toi tu récupères le gamin et tu sors. C'est bien compris, tu ne fais rien d'autre. Moi : Oui.
Tout se passe très vite, au fond de la grotte, il y a un monstre vraiment impressionnant, Coilín est assis dans un coin terrorisé, il a les pieds et les poings attachés. Lexie fait ce qu'elle a dit en lui jetant une pierre en pleine tête. Alors qu'il grogne de mécontentement, Elle me fait signe de récupérer le gamin. Grâce au couteau qu'elle m'a donné, je coupe les cordes et entraîne Coilín vers la sortie, mais alors que l'on est presque hors de danger, je me retourne et vois le monstre entrain d'étrangler Lexie. Je ramasse une pierre et à mon tour lui lance dessus. Je vise moins bien, mais cela a l'avantage de le faire lâcher prise. Mais maintenant, c'est vers nous qu'il se dirige. Coilín se cache derrière moi. Je commence à reculer. Alors qu'il tend son bras pour m'attraper, Lexie lui saute sur le dos.
Elle : Sors d'ici. Emmène-le. Allez.
Cette fois je l'écoute et traînant Coilín, je cours vers notre survie. Je ne suis qu'à moitié étonnée de trouver Grand-Père à la sortie.
Moi : Grand-Père, que fais-tu là ? Comment as-tu su ? Elle est dedans, il y a un monstre. Il va la tuer. Il faut… GP : Que tu te calmes et que tu lui fasses confiance. Elle ne t'a pas attendue pour mener ce genre de combat. Moi : Mais… GP : Arrête avec tes mais et tes questions.
Je me tais et j'attends en croisant les doigts. Le temps me semble long. Je suis glacée de l'intérieur. L'inquiétude me noue le ventre. Coilín tremble comme une feuille dans mes bras. Le choc sûrement. Je suis à deux doigts de craquer et de retourner dans cette grotte pour la chercher ou au pire pour récupérer son cadavre pour ne pas que cette immonde chose ne la dévore.
GP : Arrête de t'inquiéter, la voilà.
Elle arrive en titubant. Grand-Père va à sa rencontre.
GP : Ca va aller ? Elle : Oui. Merci d'être venu. GP : J'ai beaucoup aimé ton messager. Elle : Vous devez ramener Coilín chez lui.
Elle fouille dans son sac et en sort une fiole.
Elle : Faites-lui boire ça et racontez-lui une histoire, qu'il s'est égaré en poursuivant un mouton ou quelque chose du genre. GP : Pas de problème. Tu vas réussir à rentrer ? Elle : Ne vous inquiétez pas pour moi. Moi : Lexie. Je vais te raccompagner. Elle : Non, va avec ton Grand-Père. GP : Viens Léa, on perd du temps.
Je suis Grand-Père, me retourne une dernière fois avant qu'elle ne disparaisse au détour du chemin. Nous avons ramené Coilín chez lui. Grand-Père lui a fait boire la fiole et lui a raconté une histoire. Alors que j'allais prendre le chemin de la maison, Grand-Père m'arrête.
GP : Va chez elle, elle a besoin de toi. Moi : Comment le sais-tu ? GP : Arrête de poser des questions et file.
Je l'embrasse sur la joue et je reprends le chemin du lac. |