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Je suis le stéréotype même de la fille de la ville : j'ai peur au milieu d'une forêt quand il fait trop sombre, je n'ai pas l'endurance nécessaire pour courir dans les collines toute la nuit, j'ai un sens de l'orientation proche de zéro dans cette région alors que dans n'importe quelle ville je sais me repérer très facilement et depuis que j'ai vu ce truc, tous les bruits d'animaux que j'entends me font penser à des monstres horribles. Alors que je débouche sur le lac, un mauvais pressentiment s'empare de moi. Lexie était blessée quand on l'a quittée, elle avait du sang sur ses mains.
"Du sang sur les mains " n'est ce pas ce que disent les gens du village sur son compte.
J'ignore ce qui me pousse à le faire mais je me mets à courir. La lune semble éclairer mon chemin. Les arbres s'ouvrent sur ma gauche alors que j'allais rater le chemin. Etrange ses arbres, il ne me semble pas qu'ils étaient là tout à l'heure. Pourquoi ont-ils bougé à mon arrivée ? La réponse, ne tarde pas à arriver. Lexie est étendue, le dos appuyé contre un rocher, la tête penchée sur le coté, son front reposant contre la pierre. Je me jette à genou près d'elle. Elle saigne au niveau de son épaule droite, son t-shirt bleu est noir de sang. Elle est très pâle, son souffle est très lent presque inexistant. Elle semble lutter pour rester à demi consciente.
Moi : Lexie ! Répond moi s'il te plait.
Elle ouvre difficilement les yeux et encore ouvrir est un bien grand mot.
Elle (faiblement) : Léa ? Qu'est-ce que tu fais là ? Retourne chez ton Grand Père. Moi : C'est ça oui et je te laisse là. Elle : Ca va aller. Moi : Oui c'est sûr. Tu perds ton sang et tu fais concurrence à un fantôme avec ta peau presque transparente. Lexie : … Moi : Dis-moi ce que je dois faire. Lexie : … Moi : Lexie ?!
Je la secoue un peu.
Lexie : La maison…
Elle me dit dans un souffle avant de perdre complètement connaissance. Je passe son bras valide autour de mon cou et mon bras autour de sa taille et je la traîne jusqu'à sa maison. Je traverse la pièce principale et entre dans sa chambre. Je la dépose sur son lit et alors que je me retourne pour aller chercher de quoi la soigner, je vois une boule lumineuse arriver droit sur moi. La boule qui stoppe juste devant moi à hauteur de mon nez n'est autre que Chloé.
Chloé : Qu'est-ce que tu lui as fait ? Moi : Moi rien. Je l'ai trouvé comme ça au bout du chemin. Chloé : Elle est blessée. Il faut la soigner. Moi : C'est bien mon intention.
Chloé virevolte de partout dans la pièce. Elle marmonne bon nombre de phrases et quand elle repasse devant moi j'en saisis une.
Chloé : Si au moins je savais ce qui lui a fait ça. Moi : C'est un monstre d'environ Chloé : Oh non pas ça. C'est lui qui lui a fait cette blessure ? Avec sa main ? Moi : Je suppose, je n'ai pas assisté à tout l'affrontement. Pourquoi est-ce si important ? Chloé : Le poison qui se trouve sur ses ongles est mortel pour les femmes de sa lignée. Moi : Il y a un antidote ? Chloé : Pas vraiment, il y a une potion qui peut aider son corps à lutter. Moi : Où est-elle ?
Chloé ne répond pas et fonce vers l'armoire au fond de la pièce, la même d'où Lexie avait sorti les fioles pour Grand Père. Je m'approche et regarde l'alignement des petites bouteilles contenant des liquides de toutes les couleurs. Je déchiffre les étiquettes certaines semblent très anciennes, écrites à la plume, d'une main très sûre et d'une calligraphie très belle. D'un seul coup je vois Chloé éclater en sanglots.
Moi : Chloé qu'est ce qui se passe ? La potion n'est pas là ? Chloé : Elle avait dit qu'elle écrirait les couleurs sur les étiquettes. Si elle ne le fait pas comment je peux l'aider et comment je peux savoir. Elle le savait qu'il fallait le faire sinon je ne peux pas faire moi. Je ne peux pas deviner… Moi : Hey, Chloé ? Calme-toi. Explique-moi. Pourquoi devait-elle écrire les couleurs ? Les bouteilles sont transparentes. Chloé : Parce que… Parce que…
Elle renifle et me tourne le dos avant de dire.
Chloé : Je confonds les couleurs. Moi : Tu es daltonienne ? Chloé : Non. Je confonds les couleurs c'est tout. Moi : C'est bien ce que je dis tu es dalt…
Elle s'est remise de nouveau à pleurer à chaudes larmes. Je regarde de plus près les fioles et en fait tourner une d'un quart de tour. Je tapote avec mon index sur l'épaule de la petite fée.
Moi : Chloé, regarde, elle l'a fait. Il faut juste un peu tourner les bouteilles.
Elle sèche ses larmes et me regarde peu convaincue avant de s'avancer vers les étagères et de tourner celle posée face à elle. Elle esquisse un sourire et se remet en activité intensive.
Moi : Tu cherches quoi ? Je peux t'aider à chercher. Chloé : La potion est bleue, sur l'étiquette il y a écrit "fleur du ciel nocturne". Mais méfie toi, elle existe en vert, jaune et noir aussi.
Après un inventaire de toutes les fioles, on finit par trouver celle que l'on cherche. Chloé m'explique la marche à suivre pour utiliser au mieux la potion. Je dois entailler sa peau et verser la moitié du contenu directement dans la plaie. J'hésite un instant puis je déchire le t-shirt de Lexie. Sa blessure me donne un haut le cœur. J'attrape le couteau que j'ai pris soin de passer à la flamme. J'hésite un peu plus longtemps avant de faire mordre la lame dans sa peau. Elle ne bouge pas d'un pouce alors que j'entaille sa chair. Je tremble alors que je retire le couteau. Je respire un grand coup avant de vider le liquide. Je sens tout le corps de Lexie réagir comme si il le prenait pour une attaque. Elle a l'air de souffrir. Chloé a pris place sur le montant en bois qui forme la tête de lit. Elle a abandonné son air méprisant qu'elle avait la première fois que je l'ai rencontrée. Nous sommes toutes les deux à attendre. Espérant de toutes nos forces que ça marche et qu'elle soit assez forte. Je ne sais pas quoi faire. Je n'ai jamais été dans cette situation. Veiller quelqu'un. Je ne l'ai jamais vraiment fait. Quand Grand Père a été mal, elle était là avec moi et je n'ai pas eu peur, ensuite j'ai plus surveillé Grand Père pour qu'il se repose que parce qu'il était vraiment malade. Je suis sur le point de poser ma tête dans mes mains quand je m'aperçois qu'elles sont pleines de sang à leur tour. Son sang. Et je ne peux le supporter. Je me lève et vais jusque dans la pièce principale pour me laver les mains et faire disparaître ses traces trop présentes de l'état critique de Lexie. Alors que je reprends la direction de la chambre une voix venue de nulle part se manifeste.
"Léa ! Léa ! Stop arrête toi. Tu vas m'écraser. C'est Scotty. Je suis par terre. Juste devant tes pieds."
Je m'arrête net et regarde au sol. Il est là le petit Leprechaun au costume vert avec aujourd'hui une petite veste de tweed par-dessus. Je me penche et comme j'ai vu Lexie le faire je lui présente ma paume ouverte. Il monte et s'accroche à mon pouce.
Moi : Bonjour Scotty. Scotty : Bonjour Léa. Je suis venue dès que j'ai su mais le chemin était long. Moi : Je comprends. Scotty : Comment elle va ? Moi : Elle se bat. Scotty : Elle est très malade ? Moi : Oui.
Le regard du petit bonhomme se noie de larmes.
Scotty : Elle ne va pas… Elle ne va pas… Elle ne va pas mourir ? Moi : J'espère que non. De tout mon cœur j'espère que non.
Nous sommes à présent trois à veiller sur elle : une fée, un Leprechaun et une humaine. Nous somme trois mais nous sommes seuls. Je voudrais consoler Scotty mais comment console-t-on un petit homme pas plus grand qu'une pomme. Et Chloé ? J'ai lu que les fées étaient dénuées de sentiment mais à la vue de son visage cela semble faux. La seule chose qui réunit nos mondes est en train de peut-être mourir sur ce lit. Je ne peux plus rester assise sur cette chaise à réciter toutes les prières que je connais et celles que j'invente. Je me lève et comme Scotty qui fait les 100 pas sur le lit et Chloé qui fait les 100 coups d'ailes au dessus du lit, moi je fais les 100 pas sur le plancher. J'ai enfilé des vêtements à elle pour parer à l'éventualité que la maison disparaisse sans moi. Sur son bureau, il y a un livre. Sur la couverture est écrit :
"
J'hésite un moment. Je n'ai sûrement pas le droit de le lire mais cette nuit je n'ai pas envie d'être raisonnable. Je l'ouvre et je ne suis pas surprise de ne trouver que des pages blanches. Je le repose et prends celui juste en dessous. Celui-ci ressemble à un album photos mais dedans ce ne sont pas des photos mais des lieux, des gens. Les images semblent peintes directement sur le papier. Est-ce qu'elles ont toutes un rapport avec Lexie. Je referme le livre et le repose sur le bureau. Même ma curiosité légendaire semble en berne. Je retourne vers le lit, il est temps de passer à la troisième étape. Son front est moite et brûlant de fièvre. Je pose ma main sur sa nuque et soulève sa tête pour lui faire boire le reste de la bouteille. Alors que j'éponge son front, je ne peux me retenir de poser mes lèvres sur les siennes. Elles sont brûlantes. Je m'allonge à ses cotés, Chloé s'est endormie sur l'étagère au dessus du lit et Scotty s'est installé sur l'oreiller à sa droite. Blotti sous sa petite couverture lui aussi attend. Il attend un signe de vie de son amie. Je glisse ma main dans la sienne et la serre un peu comme pour lui transmettre la force qui pourrait lui manquer. Pour la première fois de ma vie j'éprouve vraiment de la peur, la peur panique de la perdre. Un jour je comprendrai pourquoi j'ai ce sentiment envers elle. Celui de l'avoir cherchée depuis longtemps, depuis très longtemps. Juste avant de sombrer dans un sommeil provoqué par toutes les émotions de la nuit, un sentiment de déjà vu et de déjà vécu traverse mon esprit. Un autre décor, une autre époque mais nous deux toujours semblables. |