|
Le matin est venu apportant la mauvaise nouvelle, son corps froid, ses lèvres glacées. Est-ce ça qui m'a réveillé, le froid ? Le soleil n'est pas là, de la fenêtre la forêt semble fanée. Scotty pleure toutes les larmes de son corps, Chloé est éteinte et je me sens vide. J'ai essayé de la secouer, de la réanimer, chose inutile mais je me sentais tellement inutile. Tu as sauvé Grand Père et moi j'ai été incapable de te sauver. Je voulais connaître ton monde. Je n'avais pas compris que tu voulais me protéger de ça. Tu ne me montrais que les choses belles et sympathiques. Tu disais que c'était dangereux, je ne voulais pas te croire. Et si ça se trouve c'est moi qui t'ai tuée. Je n'ai pas écouté ce que tu m'as dit. Je ne suis pas sortie comme tu me l'avais demandé. Et c'est de ma faute si le monstre t'a eu. Je ne savais pas. Pardonne-moi Lexie. Je tiens toujours sa main je ne peux me résoudre à la lâcher, à l'abandonner. Du lac me vienne des sons. Je sors. Le ciel est plombé, noir d'une tempête proche. Ce sont des sanglots que j'entends. Une famille de petits êtres se tiennent les mains. La plus petite sert contre elle une poupée qui éponge ses larmes. De l'eau monte des plaintes du grave à l'aigue. De partout les exclamations de désespoirs me proviennent. C'est comme si la terre elle-même se déchirait. Comme si son monde entier pleurait sa protectrice disparue. J'ai l'impression d'entendre des cloches sonner. Pas celle de l'église, d'autres, une autre musique. D'abord faiblement puis de plus en plus fortes, un crescendo, une course folle, un envol. Un envol ! Et puis d'un seul coup, le silence. Plus rien. La terre se tait pour laisser gronder le ciel. La pluie tombe, les éclairs zèbrent le décor gris venant jusqu'à toucher le sol. Le tonnerre gronde, sa colère me rendant sourde l'espace d'un instant. Et sentant comme si l'on m'arrachait le cœur de la poitrine, je cours vers la maison mais il n'y a plus rien. Plus de chemin, plus de maison, juste de la mousse, des feuilles, de la terre, des arbres mais plus de trace de Lexie. Je tombe à genoux, là où aurait dû être sa chambre. Je laisse la pluie me mouiller, détremper ses vêtements que je porte encore, noyer ma peine, ma douleur et mon chagrin. Je voudrais me dissoudre pour faire partie de cette terre qu'elle a protégée. Je n'ai même plus la force de hurler mon dégoût de la vie, je me contente juste de pleurer en répétant inlassablement :
"Non, non, non, non, non…"
"NON". Je me suis réveillée en sursaut. Il fait jour mais pas froid. Le soleil est là. Les branches des arbres bruissent tout doucement. A côté de moi, il n'y a plus personne mis à part Scotty qui dort toujours sous sa petite couverture. Je rêve encore ou bien je suis vraiment réveillée. Je rêve ou pas ? A-t-elle déjà disparue comme dans mon précédent rêve ? Est-elle morte ? Les questions tournent dans ma tête. Je voudrais me lever pour la chercher mais je me sens tellement lasse. C'est comme si je n'avais plus d'énergie. Chloé et Scotty ont l'air amorphe aussi. Je me frotte les yeux. A côté de moi, Scotty s'étire sous sa couverture. En bougeant, il glisse et roule en bas de l'oreiller. Pas préparé à un tel réveil le petit bonhomme se retrouve tout retourné. J'ai presque envie de sourire.
Moi : Bonjour Scotty.
Il essaie de se remettre d'aplomb mais tout entortillé dans sa couverture il a du mal.
Scotty : Bonjour Léa.
Je l'aide un petit peu. Il se met debout et semble s'apercevoir que Lexie n'est pas là.
Scotty : Mais… Mais… Mais… Elle est où ? Moi : Je ne sais pas.
Son visage est tout paniqué.
Scotty : Elle ne peut pas être morte. Ce n'est pas possible. Qui va nous protéger ? Qui veillera sur moi ?
Il pleure maintenant comme dans mon rêve. Et alors que je veux le consoler, je m'aperçois que je pleure aussi. Des larmes coulent sur mes joues. Sans que je puisse les retenir.
"Qu'est ce qui vous arrive tous les deux ? Quelqu'un est mort ?"
Cette voix ! C'est la sienne. Je me retourne vers la porte et elle est là, debout dans un t-shirt immaculé blanc, son demi sourire sur les lèvres. Je me lève et vais vers elle. Comme pour me persuader qu'elle est bien là, j'avance ma main jusqu'à la toucher. Mes doigts frôlent son ventre. Sa peau est chaude à travers le tissu et l'air semble vibrer autour d'elle.
Elle : Pourquoi tu me regarde comme ça ? Moi (n'en croyant pas mes oreilles) : Pourquoi je te regarde comme ça ? Tu oses poser la question ? Elle : Ben oui. Tu me regardes comme un fantôme. Moi : Tu le fais exprès ? Elle : Non.
Le pire c'est qu'elle semble sérieuse mais elle est tellement forte pour jouer. Alors je décide d'agir. Elle m'a fait la peur de ma vie et maintenant elle se moque. Elle va voir. Elle a toujours son regard interrogateur sur moi. Je lève ma main et tape en plein sur sa blessure. Je sais ce n'est pas très sympa. Mais elle ne bronche pas et me regarde encore plus étonnée.
Elle : Qu'est ce qui t'arrive ?
Je ne lui réponds pas et attrape son t-shirt et commence à lui enlever.
Elle : Hey ! Ho, ho ! On se calme là.
Elle me repousse et tient mes bras.
Elle : Tu m'explique.
Je lui raconte tout mais plus je parle moins elle à l'air de savoir de quoi je parle.
Moi : Tu ne te souviens de rien ? Vraiment ? Elle : Oui. La dernière chose dont je me souvienne avant mon réveil de ce matin c'est ton arrivée hier. Moi : Et au milieu ? Elle : Rien. Le trou noir. Quand je me suis réveillée à tes côtés avec Scotty sur mon oreiller, je me suis posée des questions. Mais au final je me suis dit que les réponses arriveraient d'elles même. Moi : Mais ta blessure, tu devrais avoir mal normalement.
Et la à ma grande surprise, je la vois ôter son t-shirt.
Elle : J'étais blessée où ?
Je lui indique son épaule gauche. La seule trace que je peux voir c'est une ligne blanche représentant le chemin de l'entaille que la lame à fait dans sa chaire. Je la suis de mon doigt.
Moi : Tu ne sens rien ? Elle : Si mais pas ce à quoi tu penses.
J'allais lui répondre mais une petite voix nous interrompt.
Scotty : T'es vivante ! T'es vivante ! T'es pas morte ? Hein dit t'es pas morte ?
Elle se penche pour ramasser Scotty au sol.
Elle : Non tu vois je vais bien. Scotty : Tu as encore oublié ? Elle : On dirait bien. Moi : Tu oublies souvent ? Elle : Parfois. Mais j'ai un moyen de me rappeler. Viens.
Elle va jusqu'à son bureau. Elle n'a pas renfilé son t-shirt et lorsqu'elle me tourne le dos, je peux à nouveau voir le dessin qui y est représenté. Certaines zones me sont cachées par la brassière qu'elle porte. Elle pose Scotty sur le plateau en bois et se saisit de l'album photo que j'ai ouvert la veille. Elle tourne les pages et s'arrête sur la dernière photographie. Dessus il y a Lexie et moi à l'entrée de la grotte. Je suis plus qu'étonnée. Elle saisit ma main et l'image se met à bouger. Nos personnages à se mouvoir.
Moi : On dirait comme dans Harry Potter. Elle : Tu sais Léa tout n'est pas toujours inventé. Il y a toujours une part de vrai dans les contes et les légendes. Le film du combat se déroule sur le papier. Je vois le moment où le monstre la transperce, c'est juste après ma sortie. Je veux détourner les yeux mais je n'y arrive pas. Je sers plus fort sa main quand elle assomme son adversaire.
Moi : Il n'est pas mort. Elle : Non. Moi : ça veut dire qu'il recommencera. Elle : Pas tout de suite. Moi : Tu devras à nouveau l'affronter. Elle : Pas tout de suite.
Elle me sourit. De ce sourire qui m'agace car il veut dire que rien n'est grave, ni important et que l'on verra plus tard. Sur la page de gauche, une autre photo s'est mise à bouger et ce qu'elle dépeint est très intéressant. Je suis en train de me voir avec Lexie dans un lit… Et je suis loin de dormir.
Moi : Dis Lexie, ton livre ne montre que ce qui s'est déjà passé ou bien il montre aussi se qu'il va se passer ? Elle : Que ce qui s'est déjà produit. Pourquoi ?
Je lui indique la photo en question en lui disant.
Moi : ça s'est passé quand ça ? Je ne m'en souviens pas.
Et pour la première fois, je vois Lexie rougir. Je vous l'accorde c'est très léger mais elle rougit quand même. Elle lâche ma main et l'image se met en pause. Alors c'est ça, je peux voir bouger les images si je la touche en même temps que je regarde. Je saisis à nouveau sa main et le film reprend. Vu ce qui défile c'est moi qui vais rougir. Mais bizarrement j'ai l'impression de ressentir ce qui se passe. Je sens les émotions mais au moment où je sens vraiment ses mains me caresser Lexie ferme le livre et s'écarte de trois pas.
Moi : Tu m'expliques ? Elle : Non. Moi : Ah non, je ne suis pas d'accord. J'ai cru que tu allais mourir cette nuit. J'ai fait un cauchemar où tu étais morte et puis au matin, je te retrouve fraîche comme un gardon. Et en plus je nous vois dans un album photo magique en train de faire l'amour. Alors explique-moi. Si ton bouquin ne montre que le passé, dis moi quand ça, ça c'est passé. Elle (tout bas) : Dans mon rêve. Moi : Quoi ?
J'ai bien compris ce qu'elle a dit mais l'étonnement a été le plus fort.
Elle : Dans mon rêve. J'ai rêvé de toi et de cette scène et elle est apparue le lendemain sur cette page. Je ne sais pas pourquoi et je ne veux pas savoir. Moi : Pourquoi ? Elle : Léa… Moi : Je sais. Pourquoi ? Elle : Parce que c'est trop compliqué. Moi : C'est simple pourtant. Au contraire.
Je m'approche d'elle, elle recule. Elle prend son regard d'éclat de lune.
Moi : Très simple.
Je m'avance encore. Elle butte contre son bureau. Elle ne peut plus reculer. J'avance encore et pose mes mains sur ses hanches.
Moi : C'est aussi facile que de changer ton regard. Elle : Tu es une fille. Moi : Toi aussi. Elle : Justement.
Je suis à quelques centimètres de ses lèvres.
Moi : Justement.
La distance n'existe plus. Ses lèvres sont chaudes et ont le goût du sirop d'érable. Elle pose ses mains… sur la table comme pour si accrocher. Elle a l'air d'analyser ce que je lui fais. Elle est passive et " subit " jusqu'au moment où elle répond. Je pousse un peu plus loin. Mes mains sont remontées sur sa nuque. Ma langue touche la sienne. Je me plaque un peu plus contre elle. Je sens ses mains sur mon bassin. Elle détache ses lèvres des miennes et me repousse. Elle baisse la tête.
Moi : ça te dégoûte ? Elle : Non. Moi : Je te dégoûte ? Elle : Non, bien sûr que non. Moi : Alors pourquoi tu me repousses ? Je ne te plais pas ? Elle : Non ce n'est pas ça, pas ça du tout. Bien au contraire. Mais tu vois, il y a derrière moi un petit bonhomme très sensible.
C'est alors que je me souviens de la présence de Scotty.
Elle : Je suis sûre sans le regarder qu'à cet instant il est tout rouge et qu'il tripote nerveusement les boutons de son gilet.
Scotty : Ce n'est pas très gentil de te moquer de moi Lexie.
Elle se retourne et prend le leprechaun sur sa main.
Elle : Désolée Tom Pouce mais avoue que tu étais tout rouge. Scotty : Oui mais c'est de ta faute aussi. Elle : Je n'en doute pas. Tu veux que je te ramène chez toi ? Scotty : Léa peut venir avec nous ? Elle : Demande le lui. En attendant, je vais chercher les provisions pour tes copains.
C'est à ce moment que je croise son regard. Dans ses yeux plus d'éclat de lune mais pas non plus le bleu traditionnel. Il y a comme une flamme. Je l'arrête en posant ma main sur son bras.
Moi : Lexie ? Tu vas bien ? Elle : Oui. Pourquoi ? Moi : Je ne sais pas c'est comme si…
Je ne suis pas arrivée au bout de ma phrase, le sol s'est mis à trembler. |