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Je me suis réveillée seule sans Lexie, sans petit mot. Quand je sors de sous la couette j'ai froid. Le sol sous mes pieds nus est froid. La chaleur de la maison a disparu. Je n'ai pas le temps de traîner. Je dois rentrer chez Grand-Père, préparer mes affaires et il sera le temps de partir. C'est le cœur triste que je jette un dernier regard autour de moi. J'essaie de fixer chaque détail dans ma mémoire pour ne rien oublier de cette maison aussi mystérieuse que sa locataire.
Je mets mon dernier sac dans le coffre de ma voiture. Je fais un dernier tour dans la maison de Grand-Père pour être sûre que je n'ai rien oublié. C'est juste un prétexte pour reculer l'échéance. Au fond de moi, j'espère encore qu'elle va venir me dire au revoir. Mais quand je sors, il n'y a que Grand-Père près de ma voiture. Le ciel est gris et il ne va sûrement pas tarder à pleuvoir. Grand-Père me sert dans ses bras.
GP : Prends soin de toi là-bas. Moi : Promis. GP : Et donne de tes nouvelles. Moi : Promis.
J'ai du mal à parler.
GP : Ne t'inquiète pas pour elle. Moi : C'est difficile. GP : Je sais, mais tu dois avancer de ton coté. C'est la règle. Moi : Quelle règle ? GP : La règle des chemins qui se croisent, se séparent et se recroisent plus loin. Moi : Tu veilleras sur elle, Grand-Père ? GP : Promis, mais ça va pas être facile.
Je lui souris et dépose un baiser sur sa joue.
Moi : Merci Grand-Père pour ces vacances. GP : Merci de m'avoir rappelé certaines choses. J'étais en train de les oublier.
Les premières gouttes tombent quand je m'installe derrière le volant. Je fais un détour pour dire au revoir à Margarett. Elle essuie des verres derrière son comptoir.
Margarett : Alors tu nous quittes, ça y est ? Moi : Oui. Il est temps que je rentre chez moi. M : Es-tu sûre que c'est chez toi là-bas ? Moi : Je le saurai en y retournant. M : Bien. Moi : Tu peux me rendre un service ? M : Si je peux oui. Moi : Sers une tournée de lait et de tartines à Lexie de ma part la prochaine fois qu'elle viendra. M : Pas de problème.
Je l'embrasse et quitte le pub.
Sur la route c'est le déluge. Je ne vois presque pas la route, mais j'hésite sur la cause : la pluie qui inonde mon pare-brise ou les larmes qui noient mes yeux ? A cet instant je déteste mes parents, ma vie là-bas, le monde dans lequel on me force à vivre. Je cligne des yeux pour supprimer un premier rideau d'eau et j'augmente la vitesse des essuie-glaces. Et surtout j'écrase la pédale frein. Il y a quelqu'un au milieu de la route. Et ce quelqu'un n'est autre que Lexie. Je la vois par l'intermittence des essuie-glaces. Elle ne bouge pas. Je sors de la voiture et cours vers elle.
Moi : Qu'est-ce que tu fais la ? Elle : Il faut que tu me rendes un service. Moi : Lequel ? Elle : Emmène-le. Moi : Qui ?
La pluie tombe sur nous à grand seau. Je commence à être trempée et elle l'est complètement. L'eau ruisselle sur son visage.
Elle : Lui.
De la poche de la chemise bleu nuit qu'elle porte apparait la tête de Scotty.
Elle : J'ai besoin que tu l'emmènes avec toi. Moi : Pourquoi ? Elle : Pour qu'il soit en sécurité. Moi : Il est en danger ? Elle : S'il te plait, Léa.
Il y a pour la première fois une touche de supplication dans sa voix quand elle prononce mon prénom. Ça a l'air important.
Moi : J'accepte.
Elle me tend la boite à chaussures qu'elle a sous le bras.
Elle : Tient, je t'ai mis toutes ses affaires, sa table, son tabouret, son lit, ses couverts, ses vêtements et tout. Moi : Ok.
Je prends le tout ainsi que Scotty. Je vais mettre tout le monde à l'abri dans la voiture et je reviens face à elle.
Moi : Tu ne peux pas me dire ? Elle : Je suis désolée.
C'est la première fois qu'elle est désolée.
Elle : Je ne pouvais pas te laisser partir comme ça. Ce matin, il y a eu un appel au secours. Quand je suis revenue, tu n'étais plus là. Je… C'est…
Elle semble chercher ses mots. Ça aussi c'est nouveau.
Elle : C'est la première fois que ça m'arrive de… Enfin de… d'être si proche de quelqu'un. Et je…
Elle lève les yeux au ciel comme si ce geste pouvait l'aider.
Elle : Je… Tu dois partir, c'est comme ça. Il ne faut pas être triste. Je…
Je pose ma main sur sa joue et la caresse doucement. Je ne sens plus l'eau couler sur nous.
Elle : J'ai quelque chose pour toi.
Elle fouille dans sa poche et me tend une chaine sur laquelle est accroché un petit médaillon. Je le prends.
Elle : Cela me permettra de toujours te retrouver. Et à toi de toujours trouver ma maison.
Je passe la chaine autour de mon cou.
Moi : Merci.
Et je l'embrasse et ce baiser à un goût différent.
Elle : Il faut que tu partes maintenant. Prends soin de Scotty. Moi : Oui.
Je marche à reculons jusqu'à ma portière, je la quitte des yeux deux secondes pour trouver la poignée quand je la regarde à nouveau, il n'y a plus personne sur la route. Je m'assoie et Scotty me regarde assis sur le grand siège passager.
Moi : On y va petit bonhomme ? Scotty : Ben oui. Elle l'a dit.
Je remets le moteur en route, passe une vitesse et reprends mon chemin. |