A l'Ouest de chez moi

Chapitre 2




  En relevant la tête, la première chose que je vis, ce fut son regard pénétrant, la réplique de la Fée Clochette avait disparu. Elle se leva et disparut de mon champ de vision pour réapparaître non loin de moi, dehors sous la pluie.
Alors que la pluie continuait de pénétrer mes vêtements et ma peau, elle semblait ne pas se mouiller. Comme si les gouttes d'eau l'évitaient. Elle me fixait et j'étais incapable de dire un mot et encore moins de soutenir son regard. Dans cette atmosphère sombre, l'éclat de ses yeux était encore plus impressionnant.
Mais chose bizarre, je n'avais pas peur. Il y avait toujours ce sentiment qu'elle provoquait en moi à chaque fois qu'elle me scannait, comme elle le faisait encore maintenant. J'essayais de trouver quelque chose à dire quand :

Elle : Viens.

Je n'ai pas cherché à discuter et je l'ai suivie dans sa maison. Il y faisait chaud, mais je ne voyais ni de cheminée, ni de poêle. Elle a disparu derrière une porte et est revenue quelques minutes plus tard avec une serviette de bain.

Elle : Tiens, sèche-toi.

J'ai attrapé la serviette et j'ai commencé à me sécher les cheveux.

Elle - en m'indiquant une porte : Va dans la salle de bain, j'ai posé des affaires sèches sur le tabouret. Change-toi ou bien tu vas tomber malade.

Je suis allée dans la salle de bain et j'ai enfilé le t-shirt, le pantalon et le pull bien chaud. Quand je suis ressortie, elle était toujours assise au bout de la table. Elle m'a tendu un téléphone.

Elle : Appelle ton grand-père pour lui dire où tu es et que tu partiras dans une heure à la fin de la pluie. Je te raccompagnerai.

J'obéis une nouvelle fois sans rien dire.

Mon grand-père était inquiet de ne pas me voir rentrer et les conditions climatiques n'arrangeaient rien. Quand je lui ai dit où je me trouvais, il a été surpris et m'a répété de faire attention. Je ne comprenais pas pourquoi il avait si peur d'Elle. Il proposa de venir me chercher, mais je refusais.
J'ai raccroché le téléphone et lui ai rendu.

Moi : Merci.
Elle : De rien. Tu veux boire quelque chose de chaud ?
Moi : C'est pas de refus.
Elle : Chocolat ?
Moi : Oui, merci.

Elle se leva et alla vers le fond de la pièce, elle ouvrit un placard en sortit une grande tasse. Elle prit un paquet de cacao sur l'étagère voisine. Elle décrocha une casserole du mur et mis à chauffer le lait qu'elle avait récupéré dans le frigo. Elle ne dit rien pendant toute la préparation. Elle en était à verser le mélange fumant dans la tasse quand j'osais enfin prendre la parole.

Moi : Alors comme ça tu parles aux fées ?

Il n'y eut aucun changement dans son comportement, elle n'eut aucun mouvement de surprise, ni de prise en faute.

Elle : Tu écoutes trop les histoires du village.
Moi : Et la Fée Clochette assise sur cette boîte en bois là sur la table, tu ne lui parlais pas peut-être.
Elle : Tu as rêvé.
Moi : Je suis sur que non.
Elle - en me tendant ma tasse : Et moi, je suis sûre que oui. Bois pendant que c'est chaud.

Ses yeux étaient encore plus lumineux et c'était frustrant de ne pouvoir soutenir son regard. D'habitud, c'était ma force, ne jamais baisser les yeux, toujours gagner ce genre de duel, mais avec elle c'était impossible.

Moi : Comment t'appelles-tu?
Elle : Tu le sais, ton grand-père te l'a dit.
Moi : Comment le sais-tu ?
Elle : Je le sais.
Moi : Et c'est pas tout à fait vrai. Je connais ton prénom, pas ton nom.
Elle : Tu connais l'essentiel.
Moi : Lexie, c'est jolie.

Elle se leva.

Elle : Viens, la pluie a cessé de tomber.

Je la suivis en jetant tout de même un dernier regard circulaire à la pièce. Je n'avais pas rêvé, bon sang.
Dehors, il faisait nuit. Je ne voyais rien, mais elle n'avait pas l'air d'être gênée.

Moi : Tu vois dans le noir ?
Elle : Tu poses toujours des questions aussi stupides ou j'ai le droit à un traitement de faveur ?
Moi : Heu…
Elle : Avance, le chemin est dégagé.

Je marchais derrière elle et dans ses pas je l'espérais. Quand nous sommes arrivées sur les bords du lac, j'ai essayé de repérer le chemin, mais même la moitié de lune qui nous éclairait ne suffit pas à ce que je vois quelque chose. Elle était toujours en t-shirt alors que moi, je frissonnais dans son pull.
Alors que je cherchais un sujet de discussion, je vis apparaître les lumières du village. Elle me raccompagna jusqu'à l'approche des premières maisons.

Elle : Je te laisse là. Tu sauras rentrer maintenant.
Moi : Merci pour les vêtements, le chocolat et de m'avoir raccompagnée, Lexie.
Elle : Evite de prononcer mon prénom dans le village les gens n'aiment pas ça et il serait dommage que tu en subisses les conséquences.
Moi : Pourquoi ? Et quelles conséquences ?
Elle : Tu poses beaucoup trop de questions, Léa Sullivan.
Moi : Comment connais-tu mon nom ?
Elle - en repartant : Je sais beaucoup de choses, on ne te l'a pas dit. Bonne nuit Léa.

Et elle disparut dans la nuit. Pendant les cinq minutes que durait ma marche pour arriver chez grand-père, je ne pus m'empêcher de penser à autre chose qu'à elle, qu'à ce que j'avais vu et à la manière dont elle prononçait mon prénom…

Samedi 22 juillet

Quand j'ai ouvert les yeux, la lumière rentrait à flot dans le salon où je dormais. Grand-père était assis à la table dans la petite cuisine.

Moi : Bonjour.
GP : Bonjour, bien dormi ?
Moi : Je sais pas trop.
GP : Tu devrais faire attention.
Moi : A quoi ?
GP : Tu parles en dormant.
Moi : Oh ! Et j'ai dit quoi ?
GP : Tu parlais d'Elle.
Moi - rougissant sûrement : Oh.

Il n'en dit pas plus, mais je devinais qu'il n'en pensait pas moins. Il trouva à m'occuper toute la journée pour m'éviter de retourner près du lac.

Dimanche 23 Juillet

Grand-père m'a emmenée "à la ville" la plus proche pour soit-disant assister au festival culturelle et folklorique. Tu parles. Il ne veut pas que je la revoie, oui. Mais pourquoi ?
Nous étions attablés dans un pub quand je ne sais pas pourquoi je me mis à interroger grand-père.

Moi : Pourquoi vous la craignez ?
GP : Qui ?
Moi : Tu sais très bien de qui je veux parler : Lexie.
GP : Je ne la crains pas.
Moi : Alors pourquoi ?
GP : Parce qu'elle pourrait te blesser.
Moi : Me blesser ? Comment ?
GP : Elle n'est pas comme toi.
Moi : Et alors.
GP : J'aimerais que tu ne cherches pas à la revoir.
Moi : Pourquoi ?
GP : Parce que les seules choses que l'on sait d'elle ne sont pas pour une jolie fille de la ville comme toi.
Moi : Je suis plus une enfant grand-père.
GP : Face à elle, tu l'es.
Moi : Je ne comprends pas.
GP : Il n'y a rien à comprendre. Et arrête de parler d'elle, s'il te plait. Et profite du spectacle.

Grand-père ne dit rien de plus et à chaque fois que je voulais aborder à nouveau le sujet, il m'arrêtait tout de suite.
Ce soir, je suis allée me coucher frustrée et un peu en colère.

Lundi 24 Juillet

Je suis, comme qui dirait, tombée du lit aujourd'hui. Je sais que j'ai rêvé cette nuit, mais impossible de me rappeler de quoi. Et c'était comme ça depuis mon arrivée ici.
Le jour commençait à peine à se lever, grand-père dormait toujours, c'était le moment. Je me suis habillée rapidement et en silence j'ai quitté la maison en laissant tout de même un mot sur la table de la cuisine.
Je pris directement la direction du lac. J'avais mis dans mon sac à dos les vêtements qu'elle m'avait prêtés avant-hier. Bonne excuse pour aller la trouver que de vouloir lui rendre ses affaires. Bien que j'aurais beaucoup aimé les garder. Je m'étais sentie très à l'aise dans son pantalon et son pull. Et autant l'avouer tout de suite, son t-shirt ne faisait pas partie du paquetage, je le portais sur ma peau en ce moment.

Le soleil passe au-dessus des collines et éclaire un bout du lac. Alors que j'arrive à hauteur de ce que je crois être le chemin de sa maison, j'entends du bruit du coté du lac. Je me retourne et wow, le spectacle est wow.
Elle est là dans cette partie nimbée des rayons du soleil, elle sort de l'eau. Je suis déjà impressionnée qu'elle ose se tremper, car la température du lac est loin d'atteindre les 12°C. Le haut de son corps est maintenant émergé, elle continue d'avancer vers le rivage et, oh surprise, elle est entièrement nue. Alors qu'elle attrape son pantalon, j'aperçois le tatouage dans son dos. Ce n'est pas un vulgaire petit symbole que l'on voit la plupart du temps en ville, mais presque toute une fresque. Je distingue une sorte de pierre, un truc qui pourrait être le soleil et un autre la lune et elle enfile son t-shirt et je ne peux voir le reste.
Je vous entends déjà dire que la bien séance aurait voulu que je me retourne pour ne pas la regarder comme cela. Mais que celui ou celle qui n'a jamais joué les voyeurs me jette la première pierre.
Elle est entrain de remettre ses chaussures et moi je suis toujours là sur le chemin à la regarder. Elle remonte le talus et arrive à quelques mètres de moi.

Elle : Que fais-tu par ici cette fois-ci ?

Sait-elle que je l'ai observée ou pas. Si elle l'a vu, elle n'en laisse rien paraître.

Moi : Je suis venue te ramener les vêtements que tu m'as prêtés.
Elle : Bien. Donne-les moi.
Moi : Heu… Tu ne m'invites pas à prendre le petit déj ?
Elle : En quel honneur ?
Moi : Pour discuter.
Elle : De quoi ?
Moi : De plein de choses.
Elle : Rends-moi mes vêtement et-

Elle s'était arrêtée net et fixait à présent quelque chose sur sa gauche.

Moi : Et… ?
Elle : Chut !

Je la regarde, puis essaye de suivre son regard, mais je ne vois rien.

Elle : Reste là.

Et elle part en courant.






Depuis le 23/06/2008