A l'Ouest de chez moi

Chapitre 21




 

Moi : Qui est morte ?

 

            Je redoute la réponse.

 

Scotty : Bainríon.

Moi : Qui ?

Scotty : Bainríon, la Reine. La Reine des fées.

Moi : Que lui est-il arrivé ?

Scotty : Elle a été tuée.

 

            Et il éclate de nouveau en sanglots. Je ne sais pas quoi faire. Je ne connais rien de son monde à ce petit bonhomme. Comment je peux atténuer sa peine ? Il lui a fallu du temps pour qu'il se calme et que ses larmes cessent de couler.

            Je ne suis pas allée à la fac aujourd'hui. J'ai écouté Scotty me parler de la Reine des fées qui réveille les fleurs et la nature le matin et qui lui souhaite une bonne nuit le soir. Il m'a raconté les courses à dos de moutons. Comment Lexie était arrivée dans leur région et l'avait sauvé dès le premier jour des griffes d'un aigle.

Il ne pouvait plus s'arrêter de parler et cela ne me dérangeait pas. Il s'écroula de fatigue et d'émotion au milieu d'une histoire, s'endormant sur mon bureau. La nuit était tombée et l'inquiétude que les récits de Scotty avaient relégué au second plan revint. J'ai couché le petit bonhomme dans son lit

Comme une bouteille à la mer, je lui écrivais une lettre lui demandant de donner de ses nouvelles de rassurer Scotty et moi avec.

 

Je me suis endormie la tête pleine de films que je m'étais imaginé tous plus catastrophiques les uns que les autres. Quand est-ce que le rêve a pris le pas sur mes idées, je ne sais pas mais je me suis retrouvée au milieu des étendues de tourbe Lexie à mes cotés.

 

Moi : Tu es vraiment là ?

 

            Elle a pris ma main.

 

Elle : Il me semble que oui.

Moi : Pourquoi je suis là ?

Elle : Tu n'a pas envie d'y être ?

Moi : Avec toi si mais ce n'est pas réel.

Elle : Qu'est ce qui est réel ? Ton monde ou celui-ci.

Moi : Je ne comprends pas.

Elle : Il n'y a rien à comprendre.

Moi : Au contraire. J'ai l'impression d'être vivante.

Elle : Tu l'es.

Moi : Je veux dire, je sens tout : la caresse du vent sur mon visage, les odeurs de bruyère et de terre mouillée, la chaleur de ta main dans la mienne. Tout n'est pas si clair dans un rêve.

Elle : Es-tu sûre de rêver ?

Moi : Je me suis couchée de l'autre côté. Je ne peux pas être ici. 

Elle : En es-tu bien sûre?

Moi : De quoi ?

Elle : Que tu ne peux pas être ici.

Moi : Heu… Je peux être ici ?

Elle : Qu'as-tu posé sur ton bureau ?

Moi : Une lettre pour toi.

 

            Elle fouille dans sa poche de pantalon et en sort une enveloppe.

 

Elle : Celle la ?

Moi : Oui.

Elle : Alors tu as voyagé avec elle.

Moi : Pardon ?

Elle : Ça arrive parfois.

Moi : Je suis vraiment avec toi ? Chez toi ?

Elle : Oui.

 

            Tout se met à tourner dans ma tête et autour de moi. Je sens deux bras m'entourer. Et un murmure à mon oreille.

 

Elle : Calme toi. Ça va aller. Tu as beaucoup de chance. Ça n'arrive que très rarement qu'un humain puisse voyager comme cela. Tu as du mettre beaucoup de sentiments dans ta lettre.

Moi : Tu ne l'as pas lu ?

Elle : Non, si je la lis tu repars immédiatement.

 

            M'accrochant un peu plus à elle.

 

Moi : Je ne veux pas repartir. Pas tout de suite.

Elle : Tu as tout ton rêve pour rester avec moi.

 

            Les choses arrêtent de tourner comme par magie.

 

Moi : Tout à l'air si calme.

Elle : Rien n'est calme.

Moi : Il n'y a pas un bruit.

Elle : Justement.

Moi : C'est vrai ça. Rien n'est jamais aussi silencieux. On n'entend pas la rivière.

Elle : Car elle a arrêté de couler.

Moi : Pourquoi.

Elle : Bainríon est morte.

Moi : Je sais. Scotty a reçu une lettre.

Elle : Je sais.

Moi : C'est toi ?

Elle : Non.

Moi : Où es-tu en ce moment ? Grand Père te cherche.

Elle : Ailleurs.

Moi : Où ailleurs ?

Elle : Ailleurs…

Moi : Tu ne me le diras pas.

Elle : Ce n'est pas utile.

Moi : Qu'est ce qui se passe ?

Elle : Tu le ressens ?

Moi : Pas directement. J'ai l'impression de le ressentir à travers toi.

Elle : Et que ressens-tu ?

Moi : De la tristesse, beaucoup de tristesse. Quelque chose qui vacille. Et quelque chose de plus noir qui avance.

 

            Je sers sa main plus fort.

 

Moi : J'ai peur Lexie.

 

            Elle me serre dans ses bras.

 

Elle : N'aie pas peur tout ira bien. Tu n'as rien à craindre.

 

            La nuit nous entoure et elle me guide sur l'étroit sentier quand elle se retourne de temps en temps je ne vois que ses yeux, éclat de lune. Sa maison est là, à la même place. On y entre et je l'enlace. J'ai besoin de sa chaleur, de son contact. Je me sens bizarre. Je colle mes lèvres sur les siennes, ma langue cherche la sienne. J'en ai besoin c'est important. C'est comme si j'en avais besoin pour vivre.

 

Elle : Arrête, tu dois contrôler ton esprit.

Moi : Pourquoi ?

Elle : Ici tu es libre. Tu n'as pas de barrière.

Moi : Je ne comprends pas.

Elle : Ici ton esprit ne t'interdit plus rien. C'est pour ça qu'il faut que tu apprennes le contrôle sinon tu vas te consumer.

Moi : Je comprends. C'est pareil pour toi ?

Elle : Oui.

 

            Elle m'attire vers le lit et nous nous y allongeons. Je reste sage.

 

Elle : Léa promets moi de ne jamais enlever le pendentif que je t'ai donné.

Moi : Je te le promets mais pourquoi ?

Elle : Il est le gardien du chemin et il te protègera.

           

            Je me suis endormie lovée dans ses bras… Et me suis réveillée seule dans mon lit de l'autre côté.







Depuis le 11/10/2009