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Jeudi 27 novembre
Est-ce que j'ai rêvé ou est-ce que c'était vrai ? J'ai l'impression de sentir son parfum sur ma peau, le goût de ses lèvres sur les miennes, la chaleur de son corps contre le mien. Est-ce que je vire au dingue ? Peut-être.
Mais alors que je me déshabille pour prendre ma douche je vois cette petite marque à la base de mon cou et les mots me reviennent :
" Pour que tu sois sure de ne pas avoir rêvé… "
Il y avait là, les traces d'un baiser plus appuyé, moins réservé, plus passionné, moins contenu. Alors ce n'était pas un rêve mais c'était quoi ? Au fond à quoi bon donner un nom à tout ça. C'est magique, c'est son monde, c'est Lexie.
Jeudi 3 décembre
Demain c'est mon anniversaire et je n'y avais pas pensé avant que ma mère me le rappelle tout à l'heure. Il faut dire que depuis une semaine, je plane un peu. J'ai revu Lexie une nouvelle fois. Elle a dit que l'on était plus au Nord. Il faisait encore nuit, le sentiment de menace toujours présent et les barrières toujours abolies. Cette fois-ci c'est moi qui ai laissé une marque sur son corps.
Demain je dois aller chez mes parents pour un repas d'anniversaire familial. S'il y a Wallace et qu'il ose poser ses mains sur moi, je lui plante mon coude dans le ventre, cette fois. Je vais me coucher en espérant retrouver Lexie.
Vendredi 4 décembre
Je me suis réveillée de bonne heure. Quelque chose m'a réveillée mais je n'ai pas trouvé quoi. Pas de Lexie cette nuit mais un cauchemar épouvantable à la place. Une vague noire déferlait sur le monde de Lexie et ensuite sur le mien. J'avais l'impression de vivre un remake de " Princesse Mononoke ". Quand j'ai ouvert les yeux la première chose que j'ai vue c'est la lettre sur le bureau. Est-elle pour Scotty ou pour moi ? Je reconnais l'écriture. L'enveloppe est la même que la première.
Lea.
Quand je l'ouvre la feuille à l'intérieur est la même mais le texte principal est écrit d'une manière différente. Dans une écriture très médiévale, la missive dit : Bon anniversaire Lea. Lexie Je ne peux m'empêcher de murmurer :
" Merci Lexie. Merci d'y avoir pensé. " " Mais c'est normal. "
Je sursaute violemment et me retourne d'un bloc. Elle est là devant moi, assise sur le rebord de la fenêtre.
Moi : Tu es là? Tu es vraiment là? Ou bien je suis encore en train de dormir et je rêve. C'est ça, je dois encore rêver.
Elle se lève et s'approche de moi.
Elle : Je ne suis pas un rêve. Nous sommes le matin, tu es bien réveillée et je suis là en chair et en os.
Elle attrape ma main et la pose sur sa poitrine.
Elle : Tu sens battre mon cœur ? Moi : Oui. Elle : Alors c'est que tu ne rêves pas. Quand tu me vois en rêve mon cœur ne bat pas. Moi : Ah oui ? Elle : Oui.
Le silence se fait. Je ne sais pas quoi dire. Nous ne sommes pas dans cette autre réalité pour moi où tout est plus facile. Je n'ose pas la toucher plus mais je ne peux détacher ma main de son corps.
Elle : Tu es bien silencieuse. Moi : Il est tôt et je ne m'attendais pas à te trouver chez moi. Comment es-tu arrivée ici ? Elle : Grâce à ça.
Elle sort de sa poche une pierre translucide attachée à un lacet. Du cœur de la pierre se diffuse une lumière bleue.
Elle : Quand la lumière à l'intérieur s'éteindra, je repartirai. Moi : Et elle doit rester combien de temps allumée ? Elle : Ce n'est pas un billet de train. Il n'y a ni jour ni heure. Mais je ne vais pas disparaître tout de suite. Moi : Tu es arrivée sur mon appui de fenêtre ? Elle : Non, je suis arrivée dans la forêt un peu plus au nord ouest. Tu sais nous autres les " Êtres magiques " avons une relation très particulière avec la forêt.
Elle a dit ça avec un ton ironique.
Moi : Mais comment tu es venue jusque là? Elle : J'ai marché, ce n'est pas très long comme chemin. Moi : Non, je veux dire comment m'as-tu trouvée ? Tu ne connaissais pas mon adresse. Elle : J'ai suivi la trace. Moi : La trace ? Quelle trace ?
Elle approche sa main de mon cou et saisit entre ses doigts le pendentif qu'elle m'a donné avant mon départ.
Elle : J'ai suivi la trace. Moi : Et comment es-tu entrée ? Elle : Par la porte. Moi : Mais je l'ai fermée hier soir en allant me coucher. J'en suis sûre. Elle : Et elle est toujours fermée. Moi : Mais comment. Elle : Tu penses trop comme quelqu'un de la ville. Moi : C'est pas vrai !
Elle a juste soulevé un sourcil moqueur face à ma réaction.
Moi : Dis-moi comment. Elle : J'ai demandé tout simplement. Moi (n'y comprenant rien) : A qui ? Elle : A la porte. Moi : A la porte ? Et elle t'a laissé entrer ? Elle : La preuve que oui.
Comme si elle avait pitié de mon air perdu elle précise.
Elle : Elle m'a laissé la traverser. Je te montrerai un jour si tu es sage.
Elle me montrera ça c'est une bonne nouvelle.
Moi : Tu es là depuis combien de temps ? Elle : Avant le lever du jour. Moi : Pourquoi tu ne m'as pas réveillée plus tôt si ton temps ici est compté ? Elle : Parce que tu dormais. Moi : Tu parles, je faisais un cauchemar. Tu aurais pu me réveiller. Elle : Non, les cauchemars aussi sont importants. Il faut aller au bout. Moi : Pourquoi ? Elle : Je t'expliquerai- Moi : Plus tard j'ai compris.
Nous sommes toutes les deux debout au milieu de ma chambre se faisant face. Ma main repose toujours sur le haut de sa poitrine, son cœur bat lentement, presque trop lentement. La dizaine de centimètres qu'elle a de plus que moi me force à lever un peu la tête pour croiser son regard. Il est 'normal'. Il est bleu. Simplement bleu. Si je la rencontrais aujourd'hui, rien dans son attitude ne me ferait penser qu'elle n'est pas vraiment comme nous. A la seule différence que nous sommes en hiver, que dehors il fait froid et humide et qu'elle ne porte pas de blouson. Sous mes doigts à travers le tissu de sa chemise, je sens la chaleur de sa peau.
Elle ne dit rien mais il est vrai que les silences ne l'ont jamais gênée. Par contre moi c'est autre chose. Je ne supporte pas.
Moi : C'est Scotty qui va être content de te voir. Elle : Il ne me verra pas. Moi : Pourquoi ? Ne me dis pas que je suis la seule à te voir ? Elle : Tout le monde peut me voir sauf Scotty. De toutes les manières, il va dormir jusqu'à ce que je reparte. Moi : Pourquoi ? Elle : Parce que c'est la règle. Moi : Quelle règle ? Elle : Léa. Moi : Je sais. Mais ça faisait longtemps que l'on n'avait pas joué à ce jeu. Elle : Un jeu ? Léa ! Vous les áitreabhach vous êtes parfois…
Elle n'a pas besoin de finir sa phrase pour que je comprenne son sentiment malgré ce nouveau mot que je ne connais pas. Elle a cette expression qui veut dire : 'vous ne savez pas être sérieux quand il le faut et vous l'êtes quand il ne faut pas.'
Moi : C'est quoi áitreabhach ?
Elle pose son index sur le haut de mon sternum.
Elle : C'est toi. Une personne de la ville. Et plus particulièrement une personne de la ville qui croit que tout ce que l'on raconte dans les campagnes n'est que légendes, contes, rêves ou encore hallucinations de soirées trop arrosées. Moi : Je ne suis pas comme ça. Je suis de la ville mais je crois aux histoires de la campagne. Et je… Et puis, tu…
Plus je cherche à me justifier et plus je m'embrouille et quand je relève les yeux sur elle, je comprends qu'elle le fait exprès et qu'en plus ça l'amuse. De ma main toujours sur elle, je la pousse, elle recule légèrement. J'utilise mes deux mains pour pousser plus fort. Elle recule mais j'ai le sentiment qu'elle se laisse faire. Arrivées près de mon lit, alors que j'essaie de la faire basculer, dans un geste rapide, elle inverse nos positions et c'est moi qui me retrouve allongée sur le matelas sous elle. Alors que je suis sur le point de l'embrasser, elle s'écarte de moi et s'allonge à mes cotés.
Elle : Tu a prévu de faire quelque chose pour le jour de ton anniversaire ? Moi - frustrée : Je devais aller manger chez mes parents à midi.
Elle s'appuie sur son coude.
Elle : Devais ? Moi : Oui. Devais car maintenant que tu es là je ne vais pas y aller. Elle : Tu devrais. Ne les contrarie pas pour moi. Moi : Au contraire. Tu es ma bonne excuse. Elle : Ton père ne m'aime pas. Moi : Je sais mais je ne vois pas pourquoi. Elle : Parce qu'il aimait ma mère. Moi : Ah oui ?
Le rêve était peut être vrai alors, sur le ponton.
Elle : Oui. Tout comme ton Grand Père n'aimait pas ma mère parce qu'il aimait ma Grand-mère. Moi : C'est tellement stupide tout ça. Elle : C'est logique. Moi : En quoi est-ce logique de haïr ? Elle : Commençons par ton Grand Père, il a aimé ma Grand Mère mais ils se sont séparés, elle a disparu un temps et quand elle est réapparue, elle n'était pas seule. Ma mère représentait aux yeux de ton Grand Père le fait qu'un homme autre que lui ait touché la femme qu'il aimait. Et étant incapable de haïr celle qui le faisait souffrir il a reporté ce sentiment sur la preuve physique de cette trahison à ses yeux. Et c'est pareil pour ton père.
Je me positionne comme elle.
Moi : Tu sais que tu n'as jamais autant parlé ? Elle : Léa. Moi : Mais ton raisonnement se tient. Ce qui veut dire que si je continue dans ton sens, vu que Grand Père t'aime bien alors mon père aimera ta fille et moi je la détesterai. Elle : Je ne pense pas. Moi : Pourquoi ? Elle : Les choses ont l'air différentes. Moi : Grand Père a dit la même chose. Elle : Ah oui ? Moi : C'est quand il a dit que dans ta famille il n'y avait que des filles et dans la nôtre que des garçons. Je lui ai fait remarquer que je n'étais pas un garçon. Elle : C'est ça tu aurais dû être un garçon mais une chose a été modifiée et avant que tu demandes quoi, je peux te répondre que je ne sais pas ce que c'est. Moi : Tu sais depuis combien de temps ça dure tout ça ? Elle : Non.
Elle se relève et me tend la main. Je la saisis et elle me tire pour me mettre debout. Avec l'élan, j'atterris dans ses bras. Je sens son souffle sur mon front. Se serait-il accéléré ? Je veux l'embrasser mais elle détourne la tête et me lâche.
Elle : Habille toi. On sort. Moi : On va où ? Elle : Tu vas me montrer ta ville.
J'aurais préféré rester avec elle, seule dans mon appartement mais si elle veut sortir alors allons y. A moi de lui montrer mon monde.
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