A l'Ouest de chez moi

Chapitre 23




 

Cela fait maintenant 5 heures que nous nous promenons à travers la ville. Nous avons mangé dans ma cantine habituelle. A ceux qui venaient nous saluer, Lexie s'est présentée comme une cousine en visite. Depuis qu'elle est arrivée, elle est distante. J'ai essayé de l'embrasser deux fois, elle s'est détournée. J'ai essayé de lui prendre la main quand on se baladait dans le parc, elle me l'a retirée et s'est écartée. Est-ce que les événements de chez elle l'inquiète à ce point ? Elle ne parle presque pas. Elle répond juste à mes questions quand elle ne la concerne pas directement.

            Je sors de mes pensées quand on arrive dans mon lieu préféré.

 

Moi : Nous voilà arrivées -

Elle : Au-dessus de la porte des trépassés.

Moi : Heu oui.

 

            Elle regarde au loin comme si elle voyait plus loin que les collines qui entourent la ville.

 

Moi : Comment tu le sais ? C'est la quatrième fois que tu sites le nom du lieu ou du bâtiment où nous sommes. Tu as appris par cœur le guide touristique ? 

Elle : Non, je n'ai rien lu.

Moi : Alors, tu es déjà venue ?

Elle : Non ! Enfin je ne crois pas.

Moi : Comment ça tu ne crois pas ?

Elle : C'est juste une sensation. Une impression de déjà vu.

Moi : Comment ça ?

Elle : Je ne peux pas t'expliquer.

 

            J'avance un peu plus vite. J'ai envie de bouder. Je n'aime pas son comportement.

 

Moi - pour moi : Et encore un truc de plus dont tu ne peux pas me parler.

 

            Je sens sa main sur mon bras, elle m'arrête et me retourne face à elle.

 

Elle : Je ne peux pas parce que j'en suis incapable. Je ne comprends pas.

 

            Je plonge mon regard dans le sien pour la première fois depuis que l'on a quitté mon appartement, elle me regarde en face et si elle l'avait fait plus tôt, j'aurai vu ça plus tôt.

            Ses yeux brillent et des gouttes de sueur perlent sur son front. J'approche ma main de celui-ci. Il est chaud. Trop chaud. Il doit faire moins de 6° aujourd'hui dehors, ce n'est pas normal.

 

Moi : Tu vas bien ?

Elle : Je ne sais pas.

Moi : Tu veux que l'on rentre à l'appartement ?

Elle : Non…

Moi : Mais tu n'as pas l'air d'aller bien.

Elle - regardant autour d'elle comme si elle était perdue : On peut aller dans la forêt ?

Moi : Oui  si tu veux. Viens.

 

            Je prends sa main dans la mienne, elle est glacée. Elle me suit sans rien dire.

 

            Il nous a fallu 10 minutes pour atteindre la forêt. Nous venons de dépasser les premiers arbres quand je sens une chaleur dans ma paume. Je me retourne, le regard de Lexie est presque normal. Sa main est chaude à nouveau.

 

Moi : Tu ne peux pas rester longtemps loin de la forêt ?

Elle : Non ce n'est pas ça.

Moi : Qu'est-ce qui se passe ?

Elle : Je ne sais pas.

 

            Nous nous sommes assises sur deux souches d'arbres. Le silence nous entoure. Juste le léger vent dans les branches. Elles s'est mise en tailleur, ses yeux sont fermés, elle semble essayer de percevoir quelque chose. C'est étrange, mais j'ai eu l'impression de sentir la forêt frémir quand elle a rouvert les yeux.

 

Moi : Ça va mieux ?

Elle : Oui c'est bon.

Moi : Lexie, j'ai besoin de te poser une question et j'ai besoin d'une réponse.

Elle : Bien. Je t'écoute.

Moi : Quand je dors et que je te rejoins. C'est réel tout ce que je vis avec toi ou bien ça n'existe que dans mon imagination ? Il y avait la marque à mon réveil, mais est-ce qu'elle existait vraiment ou bien me suis-je convaincue qu'elle était là ?

Elle : Ça fait plusieurs questions, mais je peux te répondre. Tout est réel. Sauf que ton être ne le ressent pas comme à l'accoutumée, car ton corps est encore dans ton lit bien au chaud sous la couette alors que ton esprit, ton essence,  ton enveloppe corporelle et ta conscience sont avec moi.

Moi : Je pourrais mourir dans ton monde ?

Elle : Oui et c'est pour ça que je te renvoie chez toi avant le lever du jour.

Moi : C'est toi qui me renvoie ?

Elle : Oui. Car j'ignore pourquoi tu as le droit de voyager par les chemins, par contre tu n'es ni habituée, ni entrainée pour supporter ça trop longtemps. Si tu restais trop longtemps avec moi dans cet état de séparation, ton corps se mourrait d'épuisement.

Moi : Oh ! Je ne pensais pas que c'était aussi dangereux.

Elle : Ça ne l'est pas tant que quelqu'un garde la tête froide.

Moi : Qu'est-ce qui se passe chez toi ? Je sens…

Elle : Quelque chose de plus noir qui se rapproche ?

Moi - tremblant : Toujours mais je le sens plus près comme si des fois il était juste derrière moi.

Elle : Je comprends et je m'en excuse.

Moi : Pourquoi ?

Elle : Tu ne devrais pas le ressentir, même pas t'en rendre compte. Normalement les humains ne peuvent pas en être conscients.

Moi : Conscient de quoi ?

Elle : De ce danger. C'est une menace qui touche d'abord le monde féérique et ensuite le votre par ricochet.

Moi : Alors comment ça ce fait ?

 

            Elle frôle ma main et des crépitements se font entendre, des flammèches passent de sa peau à la mienne. Ça ne fait pas mal. C'est doux et une sensation de chaleur remonte le long de mon bras.

 

Elle : De la même manière que cela est possible.

Moi : Tu ne le fait pas exprès ?

Elle : Non. Cela arrive quand je te touche ici dans cette ville. Je l'ai remarqué ce matin.

Moi : En parlant de ce matin, pourquoi tu refuses de m'embrasser ?

Elle : Car j'ignore ce que cela va donner.

Moi : Et que veux-tu que ça donne ?

Elle : Plein de chose que je ne pourrais peut-être pas contrôler.

Moi : …

Elle : J'ai lu de nouveaux livres, dans l'un d'eux, il est question de deux légendes.

Moi : Quelles légendes ?

Elle : La première dit que les caomhnóir, les gens comme moi, ne peuvent pas vivre en ville et si elles le font, tous leurs actes ont des répercussions.

Moi : Et la deuxième ?

Elle : Que la caomhnóir née au solstice d'hiver pendant l'éclipse devra se méfier du pouvoir de son cœur dans l'autre monde.

Moi : L'autre monde, c'est la ville ?

Elle : Oui.

Moi : Tu es née le jour de l'éclipse ?

Elle : Oui.

Moi : Alors tu as peur des réactions de ton cœur ?

Elle : J'ai peur de te blesser ou de te faire du mal ou de te faire souffrir sans le vouloir.

 

            J'allais répondre quand deux voix me sont parvenues.

 

" Mais si je te dit que c'est elle. "

" Mais non c'est pas possible. Pourquoi elle serait là ? "

" Je sais pas. Mais c'est elle. "

" Tu dis n'importe quoi. "

" On va être fixés. Il suffit que l'on se mette devant elle et si elle nous voit c'est elle, si elle nous voit pas, ce n'est pas elle. "

 

            Deux petits êtres pas bien épais, habillés de fourrure apparurent au milieu de nos deux souches.

 

" Tadam. "

 

Moi : Mais qui êtes-vous ?

Petit Bonhomme 1 : Hein ? Tu nous vois ? C'est toi Lexie du coup ?

Elle : Non c'est moi.

Petit Bonhomme 2 : Vous nous voyez toutes les deux ?

Elle : Tu les vois aussi, Léa ?

Moi : Ben oui.

PB 1 : C'est une gardienne elle aussi ?

Elle : Normalement non, mais là je commence à avoir des doutes.

 

            Des doutes, elle a des doutes ? Des doutes sur quoi ?







Depuis le 08/11/2009