A l'Ouest de chez moi

Chapitre 24




 

PB 1 : Qu'est-ce tu fais là ?

Elle : Je suis en voyage.

PB 1 : Tu prends des vacances en ce moment ? Mais t'es pas dingue ?

Elle : Je ne suis pas en vacances.

PB 2 : C'est vrai, il a raison, tu devrais être là-bas.

Elle : Mais je vais y retourner.

PB 1 : C'est de l'abandon de poste ça, je vais en référer au…

Elle : Céasta.

 

            Sa voix a claqué dans le silence de la forêt. J'ai comme l'impression que le vent s'est arrêté l'espace d'un instant. Le petit Bonhomme s'est arrêté aussi. Après un moment, l'autre le pousse du coude.

 

PB 2 : T'as entendu, elle connait ton nom.

Elle : Et je connais le tien aussi, alors ne fait pas le malin. Vous apprendrez tous les deux que chaque chose se fait en son temps et que chaque acte a un but.

PB 1 : Pardon.

PB 2 : Pardon.

Elle : Rentrez chez vous et rendez-vous utile dans votre village plutôt que de courir la forêt pour faire des bêtises. Vous n'êtes plus des enfants.

 

            C'est la tête basse et le pas trainant qu'ils ont disparu. Elle me refait face.

 

Elle : Ce n'est pas normal.

Moi : Quoi ?

Elle : Que tu puisses les voir.

 

            Je ne trouve rien à redire à cela.

 

Moi : Explique-moi.

Elle : Quoi ?

Moi : Ce qui se passe chez toi, de l'autre coté.

Elle : Tu l'as senti, une menace approche.

Moi : Qui a tué la reine des fées ?

Elle : Je l'ignore encore, mais celui qui a fait ça est maléfique.

Moi : Pourquoi tu as des doutes ?

Elle : Tu m'intrigues, Léa. Je sais qui tu es, mais ce que tu vois et ce que tu ressens ne va pas avec ce que tu es.

Moi : Et je suis quoi ?

Elle : Une cailín ó an baile mór.

Moi : Une fille de la ville.

 

            J'attrape sa main qui est posée sur son genou. Je sens quelque chose sur nos paumes jointes. J'écarte la mienne. Les crépitements sont à nouveau là. Je regarde ce phénomène. 

 

Moi : Ça ne te fait pas mal au moins ?

Elle : Non et à toi ?

Moi : Oh que non.

 

            Entre nos mains les crépitements sont devenus une boule orange, qui grandit, qui grandit.  Autour de nous des fleurs se mettent à pousser, de toutes les couleurs, de toutes les formes.

            Lexie referme sa main, la boule lumineuse s'éteint et le parterre de fleurs disparaît.

 

Elle : Vraiment pas normal. Il faut rentrer.

Moi : Pourquoi ?

 

Pour répondre à ma question, il y a le tonnerre et les premières gouttes. Nous courrons à travers les rues jusqu'à mon appartement. Quand nous passons la porte, nous sommes trempées de la tête aux pieds. J'ôte mon pull et la regarde. Elle reste là au milieu de la pièce.

 

Moi : Enlève tes vêtements ou tu vas prendre froid.

 

            Scène déjà vécue, mais à l'inverse. Elle enlève sa chemise et me tourne le dos pour la poser sur le dossier d'une chaise. Le dessin dans son dos est toujours là, il m'intrigue toujours autant. Je m'approche et je pose mes mains sur sa peau pour regarder de plus près.

 

Moi : Qu'est-ce que ça représente ?

Elle : Un cycle, une histoire, une légende, je ne sais pas trop.

Moi : Tu ne sais pas ce que tu as dans le dos ?

Elle : Si je le sais. Même si c'est dans mon dos, je le vois parfaitement.

Moi : Mais celui qui te l'a fait ne t'a pas expliqué ce que ça voulait dire tout ça ?

Elle : Léa, je suis née avec. Ce n'est pas un tatouage. Les éléments bougent sur ma peau, je les sens. La lune se rapproche du soleil.

Moi : Comment est-ce possible ?

 

Je n'attends pas de réponse à ma question. J'ignore si elle le sait et même si c'était le cas, je suis à peu près sûre qu'elle ne me le dira pas. Je passe mes doigts sur la représentation du soleil, puis sur celle de la lune. Il y a un dolmen plus bas, au creux de ses reins un symbole que je ne connais pas et tout ça est en couleur. Sa peau est chaude et je m'aperçois qu'une ligne de lumière suit les mouvements de mon index. Elle se retourne pour me faire face.

 

Moi : Tu as senti quelque chose ?

 

Elle ne dit rien, elle plonge sont regard dans le mien. Je pose ma main à plat juste au-dessus de sa poitrine. La ligne se transforme en tache et entoure toute ma main. Je sens les battements de son cœur s'accélérer. Sa respiration aussi. Elle semble essayer de se concentrer, de résister. Quelque chose remonte le long de mon bras. Pas quelque chose de physique, quelque chose de différent comme un courant énergétique, une essence, un fluide. Il se repend en moi et c'est bon. Je ferme les yeux et me concentre uniquement sur ce que je ressens.

Je ne sais pas combien de temps s'écoule avant que je sente la main de Lexie sur mon poignet. Elle veut me retenir… Pourquoi sert-elle si fort… Elle commence à me faire mal, mais le fluide anile la douleur instantanément… Mais tout de même pourquoi fait-elle ça…

J'ouvre les yeux et ce qui se passe devant moi me glace. Il y a un voile sur les prunelles de Lexie, son front est tout en sueur, son corps tremble je me rends compte à présent, il semble qu'elle cherche de l'air.

Je retire précipitamment ma main. A la place sur sa peau, il y a une brûlure. Elle s'écarte et se retourne, respirant difficilement. Je veux m'approcher pour l'aider, mais elle me fait signe de ne pas bouger. Et comme si la lutte était trop inégale, elle tombe assise sur le plancher et appuie son dos contre le mur. Elle ferme les yeux comme si ce geste pouvait atténuer sa douleur. Je sens qu'elle va perdre conscience. Comment je le sais ? Je ne sais pas, je le ressens.

Je dois faire quelque chose pour l'aider. Vite. Je cours dans la salle de bain chercher plusieurs petites serviettes. Dans la cuisine, j'attrape la bassine et la remplit d'eau froide dans laquelle j'ajoute des glaçons. Je reviens prêt d'elle. Je trempe la première serviette dans l'eau et lui applique sur sa brûlure, elle trésaille, mais ne réagit pas plus. La deuxième, je lui passe autour du cou. Avec la troisième, j'essuie son visage. J'ai les mains gelées, mais elle ne bouge toujours pas.

Pendant une heure, je renouvelle les serviettes d'eau glacées. Je commence à désespérer et franchement à culpabiliser quand les rayons de la lune passent par le velux de mon appartement. Le halo l'entoure et elle ouvre les yeux. Ils sont remplis de cet éclat de lune. La lune l'aurait-elle soignée ? Elle est peut-être vraiment la fille de la lune.

Elle me regarde et je ne sais pas quoi faire.

 

Elle : Ne te sens pas coupable. Ce n'est pas de ta faute.

Moi : Mais si c'est moi qui… Tu me… Et je…

Elle : Chut. Arrête. Ce n'est pas toi. C'est Eux.

Moi : Eux. Les seuls que tu crains.

Elle : En quelque sorte.

Moi : Pourquoi tu dis que c'est Eux ?

Elle : Parce que je le sais. Et parce qu'ils ne voulaient pas que je vienne te voir ici.

Moi : Tu as désobéi ?

Elle : Je n'obéis à personne. Je fais ce que je dois faire.

 

            Elle retire les différentes serviettes. La brûlure a disparu.

 

Moi : Comment est-ce possible ? L'eau froide n'a jamais fait disparaitre une brûlure.

 

            Elle lève ses yeux vers le velux. Vers la lune. Essaie-t-elle de me dire que c'est vraiment la lune qui l'a soignée ? Au fond, ça ne serait pas si étonnant que ça.

            Je n'ose plus la toucher, j'ai trop peur de la blesser. Encore…

            Elle se relève et me tend la main. J'hésite à la prendre. Elle incline la tête sur le coté pour m'encourager à le faire. Je pose doucement ma main dans la sienne. Elle m'attire sur le canapé posé sous le velux. La lune est là, pleine. Elle nous éclaire. Elle m'attire dans ses bras.

 

Elle : On ne craint plus rien, ni toi, ni moi. Elle nous protège, ils ne peuvent rien contre nous.

Moi : Je peux t'embrasser ?

Elle : Oui. Jusqu'à ce qu'elle s'en aille.

Moi : Ok.

 

            Je pose délicatement ma main sur sa joue, la caresse du bout des doigts. Elle a la peau si douce… Je frôle ses lèvres, elles sont chaudes. Je veux plus. J'approfondis le baiser. Je prends possession de sa bouche, me sers un peu plus contre elle, cherche le contact de sa langue. Elle répond. Je sens ses mains passer sous mon t-shirt.

 

Elle : Tu devrais l'enlever, il est trempé.

           

Je m'appuie sur ses épaules et la laisse me le retirer.

 

Elle : Tu devrais aussi enlever ton pantalon, il est dans le même état.

 

            Cette fois je me relève et ôte mon jeans. Quand je me rallonge dans ses bras, je m'aperçois que le sien est sec.

 

Moi : Pourquoi le tiens est sec ? Tu étais autant mouillée que moi en rentrant et en plus, j'ai continué de t'arroser avec l'eau glacée. Comment est-ce possible ?

Elle : Séchage magique…

 

            Je l'embrasse à nouveau pour faire disparaitre ce petit sourire qu'elle a. Je ne suis plus qu'en sous-vêtements. Je tire sur la boucle de sa ceinture pour la détacher, m'attaque au premier bouton, puis au deuxième et les deux derniers suivent dans le mouvement. Je lui retire son jeans et nous sommes à égalité. Je le jette au sol et la pierre qu'elle m'a montrée à son arrivée roule sur le parquet. Elle brille encore.

 

Moi : Tu es encore là pour longtemps ?

Elle : Au moins toute la nuit…







Depuis le 08/11/2009