A l'Ouest de chez moi

Chapitre 25




 

Dimanche 6 décembre

 

C'est la sonnerie de mon portable qui m'a réveillée ce matin. A moitié endormie, je n'ai pas regardé qui c'était. J'aurais dû…

Mais revenons un peu en arrière…

 

Elle était là pour toute la nuit. Et quelle nuit… On dit que dans l'amour, il y a de la magie au sens figuré, avec Lexie j'ai vraiment eu l'impression qu'il y en avait au sens propre du terme. Je ne vais pas dire que j'ai une grande expérience en matière de sexe, mais je ne suis pas non plus la dernière perdrix de l'année. Cette nuit là était douce, tendre, intense… Et différente.

Nous étions là toutes les deux, allongées sur mon canapé, protégées par la lune, à moitié nues, moi sur elle. Je sentais ses mains courir sur mon dos, ses lèvres à un souffle des miennes, ses yeux… Ses yeux, aucun éclat de lune, mais quelque chose d'autre. Toujours ce bleu intense avec quelque chose de nouveau. Il n'y avait plus la lune dans ses yeux, il y avait le soleil. Le contour de ses iris était orange foncé. Sa peau était chaude voir même brulante. Sa respiration était plus forte plus rapide que d'habitude. A l'endroit où ses mains passaient, je sentais une douce brûlure. Je ne pouvais retenir le frisson qui remontait le long de ma colonne vertébrale. Elle me serra un peu plus contre elle et je vins poser mes lèvres dans son cou.

Le reste est plus intime et je suis encore trop pudique pour l'écrire ici. Et rien que d'y repenser, j'en rougis.

Après cette nuit de câlins pas vraiment sages, le petit matin nous a trouvées enlacées sur le canapé bien au chaud sous la couette que j'utilise habituellement quand je regarde la télé. Le soleil était encore bas sur la ville, loin d'avoir dépassé les toits, la lune toujours là, pas très pressée de partir, comme si elle nous laissait encore un peu de temps. Une douce caresse me réveille.

 

Moi : Bonjour toi.

Elle : Bonjour. Bien dormi ?

Moi : Oui très bien. Je sais que je n'ai pas dormi longtemps, mais j'ai l'impression d'avoir fait une nuit complète.

Elle : Ça arrive parfois.

Moi : Le jour est là, c'est dangereux pour toi si je reste comme ça ?

Elle : Non, pas pour le moment. Quand le soleil passera par ton velux, il faudra faire attention.

Moi : Ok. Ça veut dire que je peux encore t'embrasser ?

Elle : Oui.

 

            Nous n'avons pas eu besoin de faire attention au soleil, car elle est partie avant. La pierre translucide s'est mise à briller et un halo mêlé de bleu et de vert s'est formé autour  de Lexie.

 

Elle : Il est temps que je rentre. Je te revois bientôt.

Moi : Quand ?

Elle : Bientôt…

 

            Elle s'est dissoute dans la lumière laissant une chaleur nouvelle dans mon appartement. Scotty s'est réveillé à ce moment-là.

 

            Mais revenons-en à mon téléphone portable. J'aurais dû regarder, car c'est ma mère qui est entrain de me dire clairement ce qu'elle pense de mon comportement de ces deux dernier jours. Il est vrai que j'ai prévenu au dernier moment que je ne viendrais pas manger pour mon anniversaire et que j'ai laissé mon portable éteint toute la journée d'hier. Mais tout cela ne mérite pas un réveil pareil.

 

Ma mère : Tu te rends compte, tout le monde était là et toi non.

Moi : C'était vos amis qui étaient là, pas les miens donc je n'ai manqué à personne.

Ma mère : Comment peux-tu dire ça. C'était de l'impolitesse. Où étais-tu ?

Moi : Une amie étrangère m'a fait la surprise de venir pour mon anniversaire.

 

            Ce qui n'est qu'un demi-mensonge en y regardant bien.

 

Ma mère : Sans s'annoncer avant ?

Moi : Non.

Ma mère : Quelle éducation… De toutes les manières, nous te verrons ce soir.

Moi : Ce soir ?

Ma mère : Bien sûr. Tu n'as pas oublié, Wallace vient dîner avec ses parents.

 

            Je me retiens de lui dire ce que je pense, mais ça donnerait à peu près ça :

" Quoi, tu veux que je mange à coté de ce crétin arrogant alors que j'ai passé une nuit géniale avec Lexie. Dans tes rêves oui ! "

 Mais ça se transforme par un :

 

Moi : Oui, je serais là.

Ma mère : Bien. Et ne soit pas en retard.

 

            Elle a raccroché et je me suis remise sous la couette.

 

 

                        Jeudi 10 décembre

 

Le repas de dimanche a été un cauchemar et j'ai la preuve que ce cher Wallace n'a pas d'abdominaux. Vu comme il s'est plié en deux après que je lui ai planté mon coude dans le ventre et la grimace qu'il faisait, je peux affirmer qu'il n'y a aucune tablette de chocolat de ce coté-là, même pas l'ombre d'un carré. 

Petite précision, je ne l'ai pas frappé par plaisir. Remettons les choses dans leur contexte. Ma mère nous avait imposé une promenade dans le parc et monsieur se croit autorisé à passer son bras autour de ma taille. Non mais ! La suite est écrite juste au-dessus.

 

Mais oublions Wallace et ma mère. Cette nuit, j'ai revu Lexie. Je l'ai rejointe dans son monde. Je dois m'habituer à ces voyages, car cette fois-ci, je n'ai pas ressenti les effets habituels. Elle n'a pas eu besoin de me prendre dans ses bras et de me serrer contre elle en attendant que ça passe. Pas que me retrouver contre elle me dérange, mais les sensations que je ressens en arrivant son plutôt désagréables. J'ai envie de vomir, j'ai l'impression que ma cage thoracique est comprimée et je tremble. Cette nuit, rien de tout cela, juste un peu la tête qui tourne. Mais ça ne m'a pas empêché de me blottir dans ses bras.

Je l'ai retrouvée au bout d'une falaise verdoyante. Elle était appuyée contre un rocher et regardait devant elle. En face de l'autre coté du vide, il neigeait.

 

Moi : Comment est-ce possible ?

Elle : La neige ?

Moi : Oui. Il fait beau ici et il neige à quelques mètres.

Elle : Les lutins d'hiver font la fête. Je t'attendais pour y aller.

Moi : On est invité ?

Elle : Oui.

 

            Je la vis se redresser, s'approcher du bord et dire :

 

" Que la neige soit douce et sucrée ! "

 

            Alors là, venant de l'autre coté, un pont de glace se forma et un lutin arriva, de la neige plein sur son chapeau.

 

Lutin : Bonjour Lexie. Nous nous demandions quand tu allais te décider.

Lexie : J'attendais qu'elle arrive.

Lutin : Oh pardon. Bonjour Léa.

Moi : Tu connais mon prénom ?

Lutin : Bien sûr, tout le monde te connait depuis que tu as aidé nos amis de la forêt.

Moi : Oh !

Lutin : Vous êtes prêtes ?

Lexie : Oui.

Moi : Heu oui.

 

            Le lutin nous a tendu deux fioles, une chacune. J'ai regardé Lexie déboucher la sienne et avaler son contenu d'une traite. Lui faisant confiance, j'ai fait de même. C'était sucré et ça ressemblait à de la grenadine. Les fioles vides, nous avons rétréci pour arriver à la même taille que notre interlocuteur. Nous avons ensuite traversé le pont de glace. Je me suis retrouvée les pieds dans la neige. Un autre lutin m'a tendu un chapeau pointu comme les leurs.

 

Lutin : Ici, tout le monde en porte un.

 

J'ai regardé Lexie qui avait déjà le sien sur la tête, il était bleu foncé. Le mien était bleu clair.

 

Moi : Il y a aussi un code couleur ?

Lexie : Non. Il a dû se dire que cette couleur t'irait bien.

Moi : Ah !

 

            Un grand banquet se tient au centre de ce qui semble être leur village. Un peu plus loin, des enfants (lutins) jouent à se lancer des boules de neige ou à faire des bonhommes de neige. Je me rapproche de Lexie.

 

Moi : Tu peux m'en dire plus sur les Lutins d'hiver ?

Lexie : Ils aiment le froid. L'été, ils vivent dans le nord dans les grottes pour être au frais. Quand la saison d'hiver revient, ils la suivent. Et quand ils font cette fête, c'est que demain il neigera partout sur la région.

Moi : Il va neiger chez moi ?

Lexie : Demande-leur. Ils savent exactement où la neige va tomber.

Moi : Et pourquoi je n'ai pas froid ? Alors qu'il neige.

Lexie : Parce que tu as un bonnet.

Moi : J'ai chaud, car je porte un bonnet ?

Lexie : Et parce que tu es un lutin.

Moi : Je suis un lutin !?!

Lexie : Arrête de t'interroger et profite de la fête…

 

            J'ai profité de la fête, de la danse, de la nourriture et des boissons… Et je me suis réveillée dans mon lit avec un mal de tête carabiné. Et complètement nue…

            Je précise, je me suis endormie en pyjama, enfin en nuisette comme d'habitude. J'ai retrouvé Lexie habillée en jeans et pull, comme d'habitude. Mais d'habitude, je me réveille habillée comme j'étais partie alors que là, ce n'est pas le cas.

Qu'est-ce qui s'est passé ?

 

 

                        Lundi 14  décembre

 

            Aujourd'hui, j'ai eu un rendez-vous très important à l'université. Cela concerne mes projets futurs qui dépendent de mes résultats aux examens qui commencent demain. Je n'ai pas le droit à l'erreur si je veux pouvoir aller jusqu'au bout de mon idée un peu dingue, je dois l'avouer.

 

                        Jeudi 17  décembre

 

            Réveil en sursaut. Cauchemar horrible. Mes mains en tremblent encore. Je claque des dents, j'ai froid. J'ai froid à l'intérieur. Mon sang glacé.

            J'ai vu une ombre noire qui planait au-dessus de la tourbe. Comme un prédateur, comme l'aigle de l'Allemagne nazie qui m'a toujours mise mal à l'aise. Tout se fanait quand l'ombre recouvrait le sol. Les oiseaux ne chantaient plus. Les papillons perdaient leurs couleurs. Les feuilles ne bruissaient plus dans le vent léger. L'eau se figeait.

La terre sentait la mort.

Je me trouvais en haut d'une colline et l'ombre s'approchait de moi. Je voulais fuir, mais quelque chose m'en empêchait, comme si je devais rester là pour voir. Sur la colline en face se tenait Lexie. Elle semblait loin et pourtant, je distinguais très bien les traits de son visage. Ils étaient fermés, durs, tendus. Ses yeux étaient bleus foncés, presque noirs.

L'ombre inquiétante se détourna de moi et plongea droit sur Lexie qui ne bougeait pas. Elle disparaissait dans le noir de l'ombre quand je me suis réveillée.

 







Depuis le 08/11/2009