A l'Ouest de chez moi

Chapitre 39




  Samedi 19 mars / Dé sathairn 19 Márta

Je suis donc à nouveau à la ville. Bruce, un de mes amis de fac, fête son anniversaire. Je lui avais promis avant mon départ d'être là. La fête de la Saint Patrick déborde sur le week-end ici. Je n'ai pas prévenu mes parents que je revenais. Je n'ai pas envie de les voir.

            Vendredi, il m'a été difficile de quitter le village et Lexie. Depuis la nuit de la levée du bouclier, j'ai un mauvais pressentiment. Lexie m'a presque convaincu que je n'avais pas à m'inquiéter. J'ai eu presque l'impression qu'elle me mentait.

 

            Bruce a réservé la salle du fond d'un pub. Ma pinte n'est jamais vide et l'ensemble de mes amis sont presque déjà saoul. Je me sens décalée dans cette atmosphère. Trop de murs pas assez d'espace. La soirée se continue dans une boite de nuit. Ici aussi quelque chose ne va pas. Trop de bruit et pas assez de musique. Pas de mélodie, juste un rythme.

Je ne me sens pas bien. Surement le mélange de la bière et de ce Boum-Boum qui tape trop fort dans ma cage thoracique. Il est quelque chose comme quatre heures du matin. Je salue mes amis et sort. La nuit est encore fraiche et le contact du froid sur mon visage me remet les idées en place. Les nausées qui étaient apparues dans la boîte disparaissent. Je marche dans les rues de la vielle ville. Je me rends compte que je fais des détours. Pourquoi ?

 

Aucune idée.

 

J'ai finalement rejoint mon appartement. Mes vêtements de la soirée reposent en tas sur le parquet. Je me suis glissée sous ma couette nue. Pourquoi nue ?

 

Je ne sais pas.

 

Ou si peut être car il n'y a qu'avec Lexie que j'aime dormir nue. Est-ce un moyen de me rapprocher d'elle ? A la pensée de Lexie mon ventre se contracte. J'ai un mauvais pressentiment.

 

Je me suis endormie rapidement. Tout du moins, je n'ai pas de souvenir d'avoir tourné dans mon lit. Et très rapidement, je me suis retrouvée de l'autre coté. Je n'étais pas aux cotés de Lexie. J'étais assise sur un dolmen. En dessous de moi, la lande et ses tourbières. Tout paraissait si calme. Trop calme.

Il y eut le cri d'un oiseau, puis une bourrasque de vent et comme si tous étaient apparus par magie deux armées face à face.

A ma gauche Lexie et " son " peuple.

A ma droite, un homme grand tenant à la main un bâton noir. Il a de longs cheveux corbeau qui lui cachent une partie du visage. Il porte un pantalon pourpre, une chemise blanche et une cape noire à l'extérieur, pourpre à l'intérieur. Derrière lui tous les représentants des monstres qui peuplent nos cauchemars d'enfants. Dans un rayon de trente centimètres autour de lui, la végétation est morte. Il me fait peur.

Le ciel est coupé en deux. Au dessus de Lexie il est bleu. Bleu mer du sud. Au dessus de l'homme, il est noir comme au plus sombre de la tempête.

Je me rends compte que Lexie porte à son avant bras le bouclier translucide. Il a été réassemblé. Chaque membre de son armée est entouré d'une douce lumière.

Je veux parler mais aucun son ne sort de ma bouche. Je me retrouve à nouveau spectatrice de cette guerre.

Je la vois sortir des rangs et s'avancer face à l'homme. Celui-ci en fait de même. Ils sont tous les deux à dix mètres l'un de l'autre.

 

Lexie : Tu montres enfin ton visage.

L'homme : Tu te décides enfin à te battre.

Lexie : J'y suis forcée quand le Magicien des Ténèbres vient sur nos terres.

MdT : Tu connais donc mon nom. Tu dois savoir qui je suis aussi.

Lexie : Je connais tes pouvoirs et tes manières de faire. Mais je ne t'abandonnerai pas mon monde sans combattre.

MdT : Tu me fais rire. Quand t'es-tu battu pour la dernière fois. Tu n'as même sans doute jamais tué. Tu n'es qu'un bébé. Tu as quoi 20 ans ? J'en ai 422. 400 ans d'expérience en plus.

Lexie : Si je suis un bébé, tu n'es qu'un vieillard à mon échelle.

MdT : C'est vrai, tu n'es qu'une humaine. Protégée par un pauvre bouclier.

 

            Le magicien balaye l'air de sa main droite et le bouclier de Lexie explose. Une poussière de glace flotte dans l'air avant de s'éparpiller sur le sol.

            D'ici je peux ressentir le frisson de peur qui a parcouru toute l'armée des gentils. Ils n'ont plu leur halo de lumière. La seule qui soit restée stoïque c'est Lexie. Elle n'a même pas bougé sous l'attaque.

 

MdT : Qu'est ce que tu espérais ? Que la magie de la Reine des Glaces serait plus forte que la mienne. Si tu penses cela, il va être encore plus facile de te vaincre toi et ton petit peuple.

Lexie : Ce n'est pas La Reine mais la Princesse des Glaces.

MdT : La description que l'on m'a faite de toi est très vraie. Tu n'es pas comme les autres. Je dirais même que j'aime presque ton côté frondeur. Et, que dire de ta capacité à déjouer mes attaques. Tu as presque débusqué tous mes espions et tous mes assassins.

 

            En écoutant le Magicien des Ténèbres parler, je découvrais les activités de Lexie pendant ses absences. A cet instant, une question me vint, frappante et très, très dérangeante : Est-ce que c'était un rêve ?

            Tout ce que j'ai sous les yeux est horriblement réaliste. Très loin de mes précédents rêves qui n'était que des représentations. Et si la guerre était vraiment en train de se dérouler ?

            J'essaie de me réveiller mais à chaque fois que je pense y parvenir quelque chose me ramène sur les lieux. J'ai très peur car si c'est la réalité sous mes yeux Lexie est en très mauvaise posture.

 

MdT : Dommage que tu n'aies pas prévu l'assassinat de  ta reine des Fées et le massacre du village des Lutins.

Lexie : Elle s'appelait Bainríon et tu n'emporteras pas sa vie avec toi. Quant aux Lutins, ceux que tes sbires ont ratés sont là pour l'honorer.

MdT : J'aime quand cette flamme s'allume dans tes yeux.

Lexie : Si c'est ta manière de draguer, elle est nulle. Et tu n'as aucune chance.

MdT : Te plier à ma volonté sera un jeu intéressant surtout si je peux le faire sous le regard de ta petite amie.

 

            Et là il se tourne vers moi et je sens son regard. Lexie aussi a tourné la tête dans ma direction. Elle n'est pas surprise. Elle me sourit. Dans ma tête sa voix.

 

" Ne restes pas la. Réveilles-toi. Retournes de l'autre coté. Mets tes jolis yeux à l'abri. "

 

            Mets tes jolis yeux à l'abri… Qu'est ce qu'elle veut dire. Que ça va être sanglant ? Je ne l'abandonnerai pas, pas maintenant que je sais que la réalité se joue. Si elle doit mourir, elle ne sera pas seule jusqu'au dernier instant.

 

MdT : Très étrange cette relation entre une Cahomnoire et une cailín ó an baile mór.

Lexie : Evite d'utiliser les mots d'un langage qui n'est pas le tien.

MdT : Je connais bon nombre de langages, fillette.

Lexie : Tu ne connais pas le plus important.

MdT : Qui est ?

Lexie : Tu devras trouver la réponse tout seul.

MdT : Tu joues à la maligne mais je vais massacrer ta petite armée.

Lexie : Je sais. C'est pour ça que le combat ne va avoir lieu qu'entre toi et moi.

 

            Je ne sais pas qui est le plus surpris : le Magicien des Ténèbres ou moi. Lexie veut se battre en duel face à lui.

 

Lexie : Je suis née pour protéger ce peuple. Je ne ferai pas verser leur sang.

MdT : Ils le verseront à un moment où à un autre mais si tu préfères mourir la première soit. Qu'il en soit ainsi. Je te laisse le choix des armes.

 

            Je vis Lexie lever son bras gauche au dessus de sa tête et plier son coude. Sa main disparut derrière son dos. Elle la releva presque aussi tôt pour faire sortir une épée du  fourreau accroché dans son dos. Je n'avais vu que le bouclier.

 

Lexie : Faisons la à l'ancienne.

MdT : Retour au temps de la chevalerie. Choix intéressant.

Lexie : Certaines valeurs perdurent.

 

            Je n'ai jamais vu Lexie se battre et encore moins avec ce genre d'arme. Son adversaire fait apparaitre une épée dans sa main. Ils se font face. Lexie tient son épée à deux mains, la garde du coté de sa hanche gauche.

            Je peux voir son regard bleu noyé par la lune. Ses mâchoires sont serrées. Elle porte un jeans noir et une sorte de t-shirt aux manches trois quarts bleu foncé et un gilet de cuir. Elle n'a pas d'armure, pas de cote de maille, pas de plastron, plus de bouclier et encore moins de champs de protection. Elle est la moins équipée pour se battre  comparé à sa propre armée et pourtant c'est elle qui va au combat.

 

            Je crains le premier coup d'épée qui lui arrachera peut être l'arme des mains la laissant à la merci du Magicien des Ténèbres. Je ne supporte pas le deuxième qui entaillera sa peau. Je maudis le troisième qui l'achèvera.

 

            Le premier est assourdissant dans le silence de la tourbe. Lexie n'a pas lâché son épée. Le deuxième fait reculer le Magicien des Ténèbres. Le troisième lui fait mettre un genou à terre.

            Lexie tient sa garde haute. Alors qu'elle abaisse sont épée pour le coup final, un souffle la propulse une dizaine de mètres en arrière. Elle chute lourdement sur le dos. Alors qu'une boule rouge se dirige vers elle, elle lève son épée devant elle. Le métal absorbe l'énergie. Elle se relève.

 

Lexie : Tu n'as rien d'un chevalier. J'étais sûre que tu tricherais. Qu'as-tu fais des valeurs des Anciens ?

MdT : Elles datent d'un autre temps. Les choses ont changé.

Lexie : Tu fais comme ça t'arrange mais les règles n'ont pas changé et les codes non plus.

MdT : Le code n'est qu'un vieux livre.

Lexie : Tu iras dire ça à Eux.

 

            Sur ces mots Lexie plante son épée dans le sol. Un disque rouge en ressort rasant le sol, balayant tout. Tous les membres des armées respectives disparaissent.

 

MdT : Qu'as-tu fais ?

Lexie : Je les ai tous envoyé dans une autre couche.

MdT : Comment est-ce possible ?

Lexie : Une simple lame enduite d'une potion d'une Asarlaí de l'Est.

MdT : Les tiens ne sont plus là non plus.

Lexie : Je ne voulais pas courir le risque que tes petits copains attaquent mon armée pendant que nous nous affrontions. Je ne leur faisais pas confiance. A présent, ils sont simple spectateurs.

MdT : Tu n'as pas peur que mon armée ne fasse qu'une bouchée de la tienne dans l'autre couche ?

Lexie : Tu penses que je suis assez bête pour les avoir envoyés sur la même couche ?

MdT : Tu as oublié un membre de ton équipe.

 

Le Magicien des Ténèbres me montre du doigt.

 

Lexie : Je ne l'ai pas oubliée. Et tu sais comme moi que seules les personnes physiquement présentes peuvent être déplacées dans une autre couche.

MdT : Elle va donc pouvoir assister à ta défaite.

Lexie : Peut être. Et au fait merci de m'avoir fourni l'énergie.

MdT : Tu vas me payer ça.

 

            Lexie a juste le temps de rouler sur le coté pour éviter l'attaque magique.