A l'Ouest de chez moi

Chapitre 5




 

 

            A sa place maintenant il y a un grand trou rectangulaire de 3 mètres sur 2. Je ne sais pas qui l'a creusé mais il était bien caché. J'entends un magnifique : "Saperlipopette". Je retiens un éclat de rire, m'avance un peu plus et me penche un peu en avant pour la voir étendue un peu plus de 2 mètres 50 plus bas. Elle se met sur le dos et son regard croise le mien.

 

Moi : Ca va, rien de cassé ?

Elle : T'es contente, tu m'as déconcentrée.

 

            Je la vis se relever, épousseter son pantalon et regarder le haut du trou. Elle prend son élan et saute, essayant d'atteindre la surface. Mais il a bien plu cette nuit et sa main glisse au moment où elle essaye de s'accrocher. Elle retombe une deuxième fois.

 

Elle : Et merde !

Moi : Je préférais saperlipopette.

 

            Elle me regarde de nouveau et son regard se fait plus perçant. Je ne peux m'empêcher de reculer.

            Elle essaya plusieurs fois de sortir par ses propres moyens mais au bout d'une vingtaine de tentatives infructueuses toutes conclues par une nouvelle chute, elle changea de stratégie.

 

Elle : Ok tu veux bien m'aider à sortir.

Moi : Pas de problème.

 

            Je commence à me mettre en place pour lui tendre ma main quand une idée diabolique fait son chemin dans mon cerveau. Je m'assois tranquillement au bord du trou en prenant garde qu'elle ne puisse pas m'attraper et lui lance.

 

Moi : Tu sais quoi, vu que tu es coincée dans ce trou, tu vas prendre le temps de répondre à certaines questions.

Elle : Quoi ? Tu n'oserais pas ?

Moi : Oh que si. Quel est ton nom ?

Elle : Rêve.

Moi : Tu ne veux pas répondre ? Quel âge as-tu ?

 

            Elle va s'asseoir de l'autre coté contre la paroi. Assise en tailleur, la tête posée légèrement en arrière, elle regarde le ciel.

 

Moi : Très bien alors reste dans ton trou. J'ai dit à mon Grand Père que je passais l'après-midi et la soirée en ville donc, j'ai tout mon temps.

 

            J'ouvre mon sac à dos et attrape mon livre. Je commence à lire, en attendant qu'elle craque.

            Le temps passe, les heures défilent et elle n'a toujours ni bougé, ni prononcé un mot. Pour ma part, j'ai presque fini mon pavé. C'est pas possible d'être aussi patiente ou têtue peut-être bien. Le soleil commence à décliner et je commence à frissonner. La nuit ne va pas tarder à tomber. Elle ne va qu'en même pas passer la nuit dans ce trou tout ça pour ne pas répondre à une question et si elle pense que je vais craquer, elle se met le doigt dans l'œil. Je referme mon bouquin et déplie mes jambes. Je suis sur le point de me lever quand j'entends :

 

Elle : 21.

Moi : Pardon ?

Elle : J'ai 21 ans.

Moi : Bien.

 

            Après m'être levée, je me penche et je croise à nouveau son regard.

 

Moi : Tu viens d'où ?

Elle : Du Nord.

Moi : Où au Nord ?

Elle : Au Nord.

Moi : Où es-tu née ?

Elle : Entre l'Est et le Nord.

Moi : Tu ne peux pas être plus précise ?

Elle : Non.

Moi : Quand es-tu née ?

Elle : Le 21 décembre.

Moi : C'est…

Elle : Yule, le Solstice d'hiver.

Moi : A quelle heure ?

Elle : Léa.

Moi : Réponds.

Elle : A 6h50.

Moi : Exactement quand…

Elle : Oui.

Moi : Qu'est-ce que tu es ?

Elle : Une femme.

Moi : Ca je sais, mais je t'ai vu parler avec la Fée Clochette et puis le petit Scotty. Qui es-tu ?

Elle : C'est compliqué à expliquer.

Moi : Essayes.

Elle : Aide-moi à sortir d'abord.

Moi : Non réponds d'abord.

 

            Elle me lance ce regard qui malgré le fait qu'elle soit loin de moi et que je sois hors de sa portée, me donne envie de reculer. Dans le noir qui commence à engloutir son trou, je ne vois plus que ses yeux. Vous avez vu "Les Chroniques de Riddick" ? Pareil.

 

Moi : Alors.

Elle : Je suis là pour les protéger.

Moi : Comment ?

Elle : Léa.

Moi : Allez.

Elle : Tu en sais déjà beaucoup trop.

Moi : Une dernière chose.

Elle : Oui.

Moi : Je veux bien t'aider mais je ne te vois plus.

Elle : T'inquiètes pas pour ça. Donne-moi ta main.

 

            Pas très sûre de sa solution, je me mets en place et tends ma main. Si je ne la vois pas comment elle, pourra-t-elle voir ma main ? Ou alors, elle a vraiment le pouvoir de voir dans la nuit. Alors que j'en suis là, à mes analyses, je sens sa main attraper la mienne et avant que je ne puisse pousser un cri de surprise, elle est debout à mes cotés.

 

Moi : Mais… Mais… Comment tu …?

Elle : Merci.

 

            Et elle repart en direction du lac.

 

Moi : Hey, attends.

 

            Elle ne se retourne pas. Il fait presque complètement noir et je ne vois pas où je mets les pieds. Et ce qui devait arriver arriva. Je tombe et la douleur dans ma cheville me fait pousser un cri plaintif. Je maudis intérieurement tous les saints de la terre quand je sens deux mains se poser sur ma jambe.

 

Elle : Ca va ?

Moi : Ca fait mal.

Elle : Laisse-moi voir.

Moi : Voir quoi ? Il fait nuit.

Elle : Tu peux marcher ?

Moi - un peu énervée : Je sais pas.

 

            Elle m'aide à me relever et j'essaye d'avancer mais ma cheville se dérobe et j'aurai une nouvelle fois fini le nez dans l'herbe si elle ne m'avait retenue.

 

Moi : On dirait bien que non. Qu'est-ce qu'on fait ?

Elle : Laisse-toi faire.

Moi : Hein ?

 

            Je sens son bras s'enrouler autour du bas de mon dos et sa main se poser sur le coté de mon ventre. Son autre bras passe sous mes genoux et je me retrouve soulevée du sol.

 

Elle : Passe tes bras autour de mon cou. Je te ramène à la maison.

 

            Je fais ce qu'elle me dit et je suis dans ses bras. Alors qu'elle commence à avancer, j'entends son souffle saccadé. Comment peut-elle me porter ? Ce n'est pas que je sois un hippopotame mais bon, mon mètre soixante et mes quarante-huit kilos ne sont pas facile à transporter, surtout de la manière dont elle me porte. Je sens sa cage thoracique bouger contre mon flan. Je sens la chaleur de son corps à travers mes vêtements, ce qui me réchauffe. Et toujours cette lumière dans son regard.

            Elle a fait le tour du lac et j'aperçois les lumières de sa maison. Comme la première fois, la forêt semble s'ouvrir devant elle pour laisser place au chemin.

 

Moi : Il faudra que tu m'expliques ça.

Elle : Ouais un jour peut-être.

 

            Elle pousse la porte et entre. Elle me pose, assise sur la table en bois.

 

Elle : Reste là, je reviens.

 

            Et elle disparaît derrière une porte.

 







Depuis le 29/09/2008