A l'Ouest de chez moi

Chapitre 7




 

            Je suis assise sur le bord d'une falaise, le vent souffle fort mais je ne le sens pas. En bas les vagues viennent se fracasser contre les rochers. Je n'ai pas peur ce qui est très étonnant vu que j'ai le vertige en temps ordinaire. Des oiseaux passent au dessus de ma tête et j'ai l'impression de pouvoir les toucher juste en tendant le bras. La lune et le soleil sont là, tous les deux dans le ciel en même temps. Je regarde ce spectacle. J'entends des voix, une conversation entre deux personnes mais je ne les vois pas. Je cherche à gauche et à droite. Je ferme les yeux car j'ai croisé les rayons du soleil. Quand je les rouvre, le décor a changé.

            Je suis dans une chambre, couchée dans un lit. Je ne reconnais pas les lieux sur le coup. Les voix se font toujours entendre. J'essaye de comprendre où je suis. Je rêve encore ? Non je fais surface. Je suis chez Lexie, dans son lit (j'en suis sûre, l'oreiller a le parfum de sa peau). Et c'est elle que j'entends parler. Je regarde dans sa direction et je vois de nouveau la Fée Clochette. Je ne bouge pas et j'écoute.

 

Elle : Non, tu te trompes.

FC : Tu n'aurais pas dû.

Elle : Elle était blessée. Je ne pouvais pas la laisser là bas.

FC : Tu aurais dû.

Elle : Je suis là pour protéger.

FC : Notre peuple pas le sien.

Elle : Mais c'est aussi le mien.

FC : Non.

Elle : Je suis humaine.

FC : Tu sais d'où tu viens.

Elle : Non. Ma mère n'est pas la lune et je ne suis pas la fille du soleil. J'ai une mère et un père quelque part.

FC : Si tu as besoin d'y croire.

Elle : Arrête. Je sais que j'ai un passé.

FC : Ah oui ? Où es-tu née ?

Elle : Arrête.

FC : Tu n'aurais pas dû répondre à ses questions.

Elle : Elle était là quand j'ai trouvé Scotty.

FC : Tu aurais dû lui faire boire la tisane d'oubli.

Elle : Elle n'est pas comme eux…

FC : Ca tu n'en sais rien.

Moi : Elle a raison, je ne suis pas comme eux.

 

            Lexie se tourne vers moi. Son regard me transperce. La Fée Clochette s'est cachée derrière le livre mais je vois sa lumière. Je me lève et saute à cloche pied jusqu'au bureau. Lexie s'est levée et me tend la main pour m'aider à rétablir mon équilibre. Sa main est chaude, ce qui provoque un nouveau frisson dans mon corps. Comme si elle l'avait elle-même ressenti, elle me fixe cherchant de nouveau à lire au plus profond de mon âme.

 

Moi - essayant de reprendre mes esprits : Je suis pas comme eux. Je ne te veux aucun mal. Je veux juste savoir qui tu es.

Elle : Tu devrais te recoucher.

Moi : Pas avant que tu ne m'aies présentée ta copine d'insomnie.

 

            Ma main est toujours dans la sienne et j'ai du mal à me concentrer. Elle semble ne pas se rendre compte de son geste.

 

Elle : Chloé sort.

Chloé - toujours derrière le livre : Non.

Elle : S'il te plait. Elle t'a vu deux fois. Sors.

 

            Je vois une fée voleter vers la main droite de Lexie et s'y asseoir. Elle faisait une tête de pas contente. La Fée Clochette en vrai.

 

Elle : Chloé voici Léa. Léa voici Chloé.

 

            Je la regarde et je suis fascinée, comme dans mes contes de petite fille. Elle avait de belles grandes ailes de plusieurs couleurs. Elle avait de grands yeux verts. La bouche un peu boudeuse. Elle me fixait les bras croisés.

 

Moi : Enchantée Chloé.

 

            Elle tourne la tête sur le coté et relève le menton. Lexie la pousse avec son pouce et secoue la tête pour lui faire comprendre quelque chose. Elle lui tire la langue et se remet face à moi.

 

Chloé : De même Léa.

Elle : C'est mieux.

Chloé : Mais si tu t'avises de vouloir lui faire du mal je te retrouverais et je te-mmmmhhhmmmm

 

            Lexie vient de poser son doigt sur la bouche de la fée ce qui rend la fin de son avertissement incompréhensible.

 

Elle : Chloé.

 

            Chloé repousse le doigt qui lui coupait la parole.

 

Chloé : Il ne faudra pas venir te plaindre quand tout ira mal et que tu auras des problèmes.

Elle : Merci Chloé pour ton soutien.

 

            Chloé va se placer sur une pile de livre sur le bureau et nous tourne le dos pour bien nous faire comprendre qu'elle boude. Lexie, en me soutenant, me pousse gentiment mais fermement vers le lit. Je ne peux pas lutter. Je me rallonge et avant qu'elle ne me tourne à nouveau le dos, je retiens sa main.

 

Moi : Attends. S'il te plait.

Elle : Quoi ?

Moi : Je veux être ton amie.

Elle : Tu demandes trop Léa.

 

            Je baisse la tête. Je n'arrive pas à la suivre. Elle est prévenante avec moi, me soigne, m'aide mais quand je rentre sur un terrain qui implique son relationnel, elle se referme.

 

Elle : Ne fais pas cette tête là. Je t'avais prévenue.

 

            Je relève les yeux et essaye de soutenir son regard.

 

Moi : Je préfère quand tu as ton autre regard et j'aime sentir ta main dans la mienne.

 

            Elle secoue la tête. Puis comme si ce que je venais de dire faisait son chemin dans son cerveau, elle regarde nos mains liées et comme si elle se rendait compte de ce contact elle retire sa main comme si elle s'était brûlée.

 

Moi - un peu blessée : Pourquoi ?

Elle : Léa.

Moi : Parle-moi.

Elle : Léa.

Moi : Allez, dis moi qui tu es.

Elle : Arrête. Laisse-moi tranquille. Dors. Ferme les yeux.

 

            Je reste interdite. J'ai l'impression de lui avoir fait mal. Comme si je l'avais frappée. Pendant trente secondes, je l'ai trouvé fragile. Elle est retournée s'asseoir à son bureau, son livre ouvert. Elle ne me regarde plus. Moi je la regarde et je cherche à comprendre.

 

                        Lundi 28 Juillet

           

            Je ne me rappelle pas m'être endormie, je me souviens d'avoir fermé les yeux à un moment car ils commençaient à piquer à force de la fixer et puis plus rien. Mais maintenant ils sont de nouveau ouverts et le spectacle qui s'offre à moi est attendrissant. Lexie est endormie les pieds sur son bureau, les jambes semi fléchies, la tête en arrière sur le dossier de sa chaise, les bras croisés, le visage détendu, elle semble tellement jeune comme ça. Je me saoule de cette image où elle semble accessible, où elle me donne l'impression que nous ne sommes pas si différente l'une de l'autre (sauf que moi je suis incapable de dormir comme ça sur une chaise).

            Je me lève et sans faire de bruit je pose mes deux pieds au sol. Ma cheville ne me fait pas mal. Je marche jusqu'à elle. Je remarque le rythme de sa respiration très lente, très très lente. Je ne peux m'empêcher de poser ma main sur sa joue. Elle sourit et ce sourire me va droit au cœur. Je laisse mon pouce glisser sur ses lèvres. Elles sont douces. Je détache mon regard de sa bouche et remonte juste au moment où elle ouvre les yeux. Ils sont bleus simplement bleus pas d'éclat de lune. Elle me découvre et pendant un laps de temps, elle ne bouge pas. Puis elle sursaute, bouge un peu trop rapidement et tombe de sa chaise entraînant avec elle deux ou trois bouquins.

 

Elle : Mais… Que…

 

            Allongée face contre le sol, elle se retourne et je peux voir une jolie bosse commencer à se former sur son front.

 







Depuis le 02/12/2008