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Elle est toujours allongée au sol, elle se passe la main sur le front. Scotty réveillé par le bruit s'est levé et penché sur le bord du bureau, il regarde Lexie, hésitant entre rire de sa situation ou s'inquiéter de son état. Et je suis dans le même cas que lui. J'ai envie de rire, mais sa réaction me laisse perplexe. Je n'ai jamais vu quelqu'un réagir aussi violemment à un pareil réveil.
Moi : Ca va ? Je ne voulais pas te faire peur. Elle : Tu ne m'as pas fait peur. Moi : Tu te réveilles toujours comme ça ?
Elle est maintenant debout et son regard comme son expression ont retrouvé leur froideur habituelle. Elle me tourne le dos et ramasse les livres.
Moi : Lexie, laisse-moi voir ta tête.
Alors qu'elle est de nouveau face à moi, j'approche mes mains de son front, mais elle recule.
Elle : Ne me touche pas.
Elle sort de la pièce. Je regarde Scotty qui regarde le bois du bureau. Vraiment étrange. Je prends le petit bonhomme dans ma main et change de pièce. Le petit déjeuner se fait en silence, comme mon passage dans la salle de bain et le chemin jusqu'à ma voiture. Elle a tenu à m'accompagner par sécurité. Je ne sens plus aucune douleur à ma cheville, mais elle m'a conseillé de garder l'attelle quelques jours. Alors que je veux lui faire la bise pour lui dire au revoir, elle recule encore. Je n'insiste pas. Je monte dans ma voiture et juste avant de reprendre la route, je baisse ma vitre pour lui dire merci, mais elle n'est déjà plus là.
Vendredi 1 Août
J'ai enlevé l'attelle ce matin. Grand-père n'y a vu que du feu. Il n'a rien remarqué pendant ces jours. Tout comme moi, je n'ai pas revu Lexie. Elle n'est pas venue au village, je ne l'ai pas vue autour du lac et vous vous en doutez, je n'ai pas retrouvé le chemin de sa maison à travers la forêt. C'est fou, mais j'ai encore l'impression de sentir la chaleur de sa main sur ma paume, le parfum de sa peau, la douceur de ses lèvres. Mais qu'est-ce qu'elle m'a fait. Je pense à elle tout le temps. Est-elle capable de jeter des sorts ? On dit que le démon se cache souvent sous des airs angéliques, mais plus je me le répète, moins je crois aux dires du village. Je la vois plus en Gandalf qu'en Saroumane. (Excusez, je suis un peu contaminée par le Seigneur des anneaux). Si j'arrive à la côtoyer encore, peut-être que je rencontrerai des Hobbits ou bien des elfes, un nain ? J'ai déjà croisé un petit bonhomme haut comme une pomme et une fée. Les fées peuvent-elles être maléfiques ? Où est la famille de Scotty ? Pourquoi je ne suis pas paniquée devant tout ça ? Pourquoi ça me semble normal ? J'en ai mare de me poser des questions sans arrêt. Je vais finir avec un mal de tête terrible ou alors complètement dingue. J'ai eu certaines réponses à certaines de mes questions, mais c'était un peu vague. Et puis c'est quoi cette histoire de père et de mère et Chloé semblait sûre que Lexie ne saurait pas lui répondre quand elle lui a demandé où elle était née. Je me couche en essayant de ne pas penser ni à Elle, ni à son monde.
Samedi 2 août
Il pleut depuis ce matin et Grand-père a l'air fatigué. J'ai l'impression qu'il veut me dire quelque chose, mais il ne semble pas trouver les mots. Je tourne en rond. Ce soir, il y a la fête au pub du village. J'irai pour me changer les idées.
Je suis au pub depuis deux heures maintenant, j'ai demandé à Grand-père s'il voulait venir, mais il a dit que non. Il avait le teint pâle et semblait avoir du mal à se déplacer. Je m'inquiète et je m'ennuie, j'espère secrètement qu'Elle va venir. A-t-elle entendu mes pensées ? Car c'est elle qui vient de pousser la porte. La musique s'est arrêtée, les conversations se sont tues. Tous la regardent. Elle s'approche du comptoir et commande un verre. Margarett, la patronne, lui ramène une pinte pleine de lait (du lait ?!?) et se tourne vers la salle.
Margarett : Alors on fait la fête ici ou pas ? On n'est pas à l'église. Allez musique.
La musique repart de plus belle. Lexie la remercie d'un signe de tête. Elle reste assise au bar et ne vient pas me retrouver. Je suis partagée entre deux sentiments : la colère qui gronde en moi car elle m'ignore et la tendresse qu'elle me fait ressentir pour elle alors qu'elle se trouve seule au bar avec cet air de grande solitude devant son verre de lait. Et le comportement de la patronne est bizarre aussi, elle a l'air de ne pas la détester comme tout ceux qui ne sont pas des Anciens. Je regarde son pouce tracer des cercles sur la paroi pleine de condensation de son verre. Son pied sur le barreau du tabouret bat la mesure. Elle a l'air dans la musique. A ma grande surprise, Margarett dépose devant elle une assiette dans laquelle il y a plusieurs tartines. Ce qui renforce encore mes interrogations. Lexie lui répond par un petit sourire et je suis jalouse. (Je sais, ça devient une habitude). Une heure s'est écoulée. Elle mange ses tartines, finit sa pinte et prend le chemin de la sortie. Je la suis. Elle fait quelques pas dehors, puis s'arrête. Elle sait que je suis derrière elle.
Moi : Lexie ? Elle : Comment va ta cheville ? Moi : Bien merci. Je n'ai plus mal. Mais j'aimerais… Elle : Retourne à l'intérieur, retourne profiter de la musique et des rires. Moi : Arrête de me mettre hors de ta vie. Elle : Tu dois rester hors de ma vie pour le bien de tout le monde.
Et sur ce dernier argument, elle disparaît dans la nuit. Une rafale de vent froid me fait frissonner. Je retourne dans le pub.
La fête a duré jusqu'à tard dans la nuit. Quand la patronne a sonné la cloche de fermeture, tout le monde a pris le chemin de sa maison. Pour certains, la route a dû être deux fois plus longue tellement ils zigzaguaient. Pour ma part, je suis un peu saoule, juste un peu. Je suis dans la case euphorique. Je fredonne un des rythmes entendus plus tôt en esquissant quelques pas de danse sur le trottoir. Quand j'arrive chez Grand-père, les lumières du salon sont allumées ce qui m'étonne. Je rentre et à peine la porte refermée, je vois Grand-père écroulé au sol entre le canapé et la table basse. Je suis d'un coup dessoulée. Je m'approche de lui.
Moi : Grand-père ? Grand-père, ça va ?
Je l'aide à se retourner sur le dos. Il est conscient, mais il semble avoir du mal à parler ou à respirer. Son teint est grisâtre.
Moi : Qu'est-ce qui se passe ? Où as-tu mal ? GP : Va chercher le Docteur. Moi : Le Doc est plein comme un théâtre. Il est tombé de sa chaise au pub. Les autres l'ont amené au lit. Je vais prévenir les secours. GP : Non. Moi : Grand-père, tu peux pas rester comme ça. GP : Va la chercher. Moi : Qui ? GP : Elle. Lexie.
Si j'en avais eu le temps, j'aurais ouvert de grands yeux étonnés, mais le temps, j'en ai pas. Je ressors et pars en courant en direction du lac. La pluie s'est remise à tomber abondamment. Je suis trempée en moins de deux minutes. Pourquoi veut-il Lexie ? C'est la question que je me pose en arrivant sur le chemin du lac. Alors que je continue de courir, ma lampe torche à la main, j'invoque tous les dieux de la création que je connais pour qu'ils m'aident à trouver sa maison. Et comme par miracle, je vois les lumières de sa demeure apparaître au détour du virage. Je n'y comprends plus rien. Faut-il que je sois trempée jusqu'aux os pour qu'elle se montre. J'ai l'impression que la porte s'ouvre toute seule à mon arrivée. C'est peut-être mieux ainsi, car il n'y a pas de poignée. Je n'avais pas fait attention à ça les autres fois. Je suis dans la grande pièce qui est tout éclairée, mais elle n'est pas là. Je pousse la porte de ce qui semble faire office de chambre et de bureau. La lumière paraît venir du sol. Elle est la couchée sur la couette, toute habillée. Elle semble avoir le sommeil agité. Je m'approche, mais une boule jaune à hauteur de mon nez m'arrête.
Chloé : Qu'est-ce que tu fais là ? Moi : J'ai besoin de Lexie. Chloé : Laisse-la tranquille. Moi : Je peux pas. Chloé : Pourquoi ? Moi : Je sais pas. Je peux pas c'est tout. Laisse-moi passer maintenant s'il te plait.
Alors que j'affronte
Scotty - tout endormit : C'est déjà le matin ? Qu'est-ce qui se passe ? Moi : Rien, rendors-toi Scotty. Scotty : Léa ? Moi : Oui. Scotty : Tu es venue pour que Lexie arrête de faire des cauchemars ? Moi : Je vais essayer.
Je profite de la diversion de Scotty pour contourner Chloé. Je m'approche doucement du lit. Sa tête roule de droite à gauche et ses poings se serrent et se desserrent. Je m'assois au bord et pose ma main sur sa joue. Elle arrête de bouger.
Moi : Lexie ?
Elle bouge légèrement la tête.
Moi : Lexie, réveille-toi s'il te plait. J'ai besoin de toi.
Ses yeux s'ouvrent. Elle me regarde comme ce matin. Et comme ce matin, elle sursaute et, en se redressant, elle recule vers l'autre coté du lit.
Moi : Calme-toi. Elle : Qu'est-ce que tu fais là ? Moi : J'ai besoin de toi ou plutôt mon Grand-père a besoin de toi. Elle : Pourquoi ? Moi : Il ne se sent pas bien. Je l'ai laissé couché au sol dans le salon. Il ne va pas bien et le Doc est hors course. Il m'a demandé de venir te chercher. S'il te plait.
Je vois dans son regard qu'une lutte intérieure fait rage. Je la comprends. Pourquoi aiderait-elle des gens qui la méprisent ? Je la vois se lever, se diriger vers le fond de la pièce, ouvrir une petite armoire et sortir plusieurs fioles qu'elle glisse dans un sac à dos. Elle se tourne vers Scotty qui regarde la scène, assis dans son lit.
Elle : Rendors-toi, je reviens tout à l'heure. Scotty - en baillant : Tu peux ramener de la brioche ? Elle : J'essayerai…
Elle me fait à nouveau face.
Elle : Allons-y. Il ne faut plus perdre de temps.
Je passe devant et me retrouve à nouveau dehors sous la pluie. On court sur le chemin à présent détrempé. Alors que je vais tourner à droite, elle attrape ma main et me tire vers la gauche.
Elle : Suis-moi, on ira plus vite par là.
Je ne dis rien et la suis. On débouche juste derrière la maison de Grand-père. On la contourne et j'entre en courant sans penser à m'essuyer les pieds. Lexie se penche tout de suite sur Grand-père.
Elle : Léa, aide-moi. On va le porter sur le canapé.
Je prends les pieds et elle les épaules et nous le déposons sur le canapé. Elle s'agenouille et pose ses doigts sur sa carotide.
Elle : Monsieur Sullivan ?
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