Bolide de guerre

Chapitre 1




  Le lendemain, quand j'ouvris les yeux, j'étais totalement désorientée. Pendant que je fixais le plafond en me demandant où j'étais, tout me revint à la mémoire et je me retournai pour contempler ma superbe et divine amie. Elle n'était pas là. J'étais seule dans la grande chambre et mon cœur sombra comme une enclume dans un puits sans fond. M'avait-elle abandonnée pendant que j'errais dans le monde des rêves ? En parlant de rêve, celui que j'avais fait la concernait, et je pouvais encore ressentir les assauts de ses baisers torrides qui avaient allumé un feu ardent qui me consumait encore en cet instant. Maintenant que j'avais vu son visage et touché sa peau dans l'intimité onirique de mes songes, j'expérimentais la pire des déceptions en réalisant que tout cela n'était qu'une fantaisie, un songe creux.

Je grimaçai en soupirant lourdement et rejetai les couvertures pour balancer mes pieds hors du lit. Mes yeux ensommeillés firent rapidement le tour de la pièce. Je ne vis rien. Son sac, ses vêtements et ses effets personnels n'étaient plus là. Certaine qu'elle m'avait laissée en plan derrière pour filer en douce, je lâchai quelques jurons à voix haute avant d'enfiler mes vêtements à la hâte. Je sentis une colère désespérée monter en moi. Une colère qui était surtout dirigée contre moi. J'aurais dû savoir qu'elle allait me faire faux bond. Ma colère se retourna ensuite contre elle. Pourquoi m'avait-elle fait ça ? Hier encore, elle avait semblé abdiquer à mon désir de la suivre. Ça n'allait pas se passer comme ça. J'allais la suivre quoi qu'il en soit. Je descendis donc l'escalier à toute vitesse et faillis entrer en collision avec Sirène qui portait une carafe de café vide.

M'excusant à demi, je remontai aussitôt dans la chambre récupérer mon sac que j'avais oublié, en jurant entre mes dents, j'étais si distraite parfois. Quand je descendis l'escalier pour la deuxième fois, en soufflant comme un phoque, j'allai directement vers Sirène qui était toujours plantée là à me regarder, interdite. La prenant rapidement entre mes bras je lui servis une petite accolade et lui fis la bise. "Merci pour tout." M'empressai-je de lui dire en la relâchant. Me précipitant vers la porte je l'ouvris à la volée en saluant une femme qui était attablée au fond de la pièce.

Une fois sur la vieille rame de métro déglinguée qui servait de route, je stoppai net, pétrifiée. La femme que j'avais saluée en sortant ressemblait étrangement à celle qui avait fait chavirer mon cœur. En fait, c'était-elle.

Très embarrassée, je fis demi-tour et poussai de nouveau la porte de l'auberge. Sirène était encore à l'endroit où je l'avais laissée et fixait la porte d'un air hagard. Zina, quant à elle, regardait également la porte, son morceau de pain toujours à la main et les yeux grands ouverts, figée dans un mouvement qu'elle n'avait pu se résoudre à terminer. Je réalisai que je devais avoir l'air complètement givrée. Qu'elle sotte je faisais ! Rouge des pieds à la tête, j'allai tranquillement m'asseoir devant elle en lui souriant un peu gênée.

"Heu... J'avais besoin de prendre l'air." Mentis-je. C'était vraiment une piètre excuse. Du coin de l'œil, je vis Sirène hausser les épaules et retourner à sa cuisine. Jetant un petit regard à ma compagne, je la vis sourire en coin. Bien sûr elle avait compris ce qui s'était passé et cela semblait maintenant follement l'amuser. Elle mordit dans sa tranche de pain et poussa un panier recouvert et de la gelée devant moi.

"Bien dormi ?" Me demanda-t-elle avec toujours cette même lueur amusée au fond des yeux. Je me contentai d'hocher la tête pendant que mon rêve me revenait avec force et détail. Je dus rougir un peu plus que je ne l'étais déjà, et son sourire s'épanouit en même temps. "Tu parles dans ton sommeil." Me lança-t-elle alors. Oh ! Misère ! Qu'avait-elle entendu ? Je n'osai pas lui demander, car j'en avais une bonne idée étant donné le sourire pernicieux qu'elle m'offrait à cet instant. Me contentant de prendre une tranche de pain, il me fut impossible de la regarder droit dans les yeux de peur, de trahir mon malaise. "Je crois que tu t'es habillée un peu vite." Me lança-t-elle alors en faisant un petit geste vague vers ma chemise. En effet, celle-ci était boutonnée tout de travers et je souris honteuse avant de corriger le tout. Quand je levai les yeux sur elle, elle me fixa toujours en souriant. Me raclant la gorge, je lui offris un petit sourire timide.

"Tu es bien matinale." Dis-je pour changer de sujet.

"Toujours, je ne suis pas une lève-tard." Je pris note de ce fait, moi qui étais la pire des marmottes.

Sirène revint sur l'entrefaite avec du fromage et un autre pot de café. Elle m'en servit une tasse avant de s'asseoir avec nous. Elle regarda Zina un instant et j'assistai, bien malgré moi, à cet échange silencieux. Puis toutes deux se mirent à me fixer d'un drôle d'air comme si elles complotaient contre moi. Je décidai de plonger mon nez dans ma tasse de café histoire de ne pas piquer un fard une fois de plus.

"Alors Zina, où comptes-tu aller ?" Demanda alors Sirène, ce qui me soulagea grandement et m'évita de poser cette même question qui me brûlait les lèvres.

"Retourner à Illusia, j'ai des choses à récupérer, après 'nous' verrons." Elle fixa ses magnifiques yeux bleus sur moi.

NOUS ! Elle avait bien dit NOUS ! Mes yeux durent s'illuminer de fierté pendant qu'elle me regardait, car elle me lança un petit sourire entendu. Ce NOUS me remplit d'une joie démesurée. Notre premier NOUS, j'étais au paroxysme du bonheur. Sirène se tourna également vers moi et me sourit légèrement. Le reste du petit-déjeuner se déroula tranquillement pendant que nous parlions de la pluie et du beau temps. Puis vint le moment de dire adieu.

Les yeux pleins de larmes, Sirène serra Zina contre elle de toutes ses forces en lui recommandant d'être prudente et de revenir le plus souvent possible. Je versai quelques larmes quand elle me prit à mon tour dans ses bras pour me dire au revoir. "Prends bien soin d'elle. Et surtout tiens-lui tête, Zina est une personne vraiment bornée quand elle s'y met." Me lança-t-elle en s'essuyant les yeux. J'hochai la tête incapable de prononcer une seule parole. Je détestais les adieux.

Nous nous dirigeâmes vers Mid-Utopia, puis vers les docks. Une fois là-bas, elle trouva un navire en partance pour Illusia et paya notre traversée, ce qui lui coûta un max. Je lui rendis ma part, puisqu'il n'était pas question qu'elle paie pour moi. Il me fallut, cependant, presque me battre avec elle pour qu'elle accepte finalement à contre cœur.

Je n'avais jamais mis les pieds sur un bateau de ma vie et compris très vite que je n'avais pas le pied marin. Tout au long du voyage, je rendis, et le petit déjeuner, et mon orgueil par-dessus le bastingage. Zina se moqua un peu de moi avant de me prendre en pitié et de me donner un truc tout à fait génial pour apaiser mes nausées. Une fois en vue d'Illusia, j'avais toujours ce petit teint verdâtre, mais quand nous touchâmes enfin terre, mes maux de cœur cessèrent aussitôt et je me sentis vraiment mieux.