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Nous parcourûmes environ trois kilomètres, je savais ou nous allions passer la nuit, car j'avais déjà plusieurs fois bivouaqué à cet endroit, et je savais que c'était tout à fait charmant. Allais-je briser cette promesse débile que je m'étais faite ? En y repensant, je me trouvais tout à fait ridicule d'avoir pensé pouvoir tenir celle-ci ad vitam eternam… Si je m'y tenais j'allais passer à côté de la meilleure chose qui me soit arrivée de toute ma vie, c'est à dire, Larielle. De plus, je savais très clairement les sentiments qu'elle nourrissait à mon égard, il ne fallait pas être devin pour voir qu'elle me vouait un culte sans borne et qu'elle était follement amoureuse de moi. Pourquoi résister plus longtemps à ses avances puisque je ressentais pour elle la même chose et davantage ! Nous conduisant à travers bois, alors que le disque d'or rouge du soleil s'enfonçait derrière l'horizon je me posais cette question. Refuserais-tu un bouquet parce que tu cherchais une simple fleur Zina ? Il était évident que non, me dis-je en posant pied à terre. Pendant que je préparais le feu de camp je la regardais débattre avec sa conscience. Elle se demandait si elle devait disposer deux couches plutôt qu'une. Je poussais un soupir soulagé quand je la vis opter pour une seule. Bien sûr elle ne manqua pas mon regard entendu que je lui lançais une fois qu'elle se fut exécuté Des pensées fiévreuses m'enflammèrent derechef et je compris qu'un bain d'eau froide en règle était nécessaire pour m'empêcher de lui sauter dessus comme une bête en rut. Surtout qu'elle était sur le point de se déshabiller pour sans doute piquer une tête dans le lac. Oh! Par Hadès ! Si je restais ici, je perdrais toute contenance et tout contrôle. Je me voyais déjà la jeter sur le lit et la prendre là tout de suite ! Je lui dis alors que j'allais chasser notre souper, ce qui était à moitié vrai et filais comme une ombre parmi les ombres. Je savais que quelques mètres plus loin, une imposante chute d'eau rugissait avec une puissance primitive tout à fait analogue à ce que je ressentais en ce moment. J'avais la tête lourde ; mes pensées étaient les ombres fugitives du délire. Des souvenirs qui s'accrochaient à mon histoire. Une telle femme, me dis-je, est un rare trésor. À chacun de mes pas aériens, je sentais le passé reculer, s'éloigner de plus en plus, tomber de mon corps comme un linceul mangé aux vers. Des mots se formaient dans mon esprit, écrits en lettre de feu : je suis la Destructrice des Nations, je suis Zina la Conquérante… je suis Amoureuse. J'avais l'impression d'avoir vécu jusqu'ici dans un profond sommeil et d'être maintenant sur le point de m'éveiller. Mon cœur battait dans ma poitrine et mon sang tambourinait à mes oreilles. Cette nuit j'allais la faire mienne. J'atteignis la grosse chute, et me déshabillais avant de plonger mon corps bouillant dans l'eau fraîche. Cela eut l'effet escompté et quand mes sangs se furent suffisamment refroidit en même temps que le feu qui consumait mon esprit, je sortis et me rhabillais. En revenant vers notre campement de fortune, j'attrapais un lièvre qui passait par-là. Quand je revins enfin près d'elle, elle brillait comme un soleil qui a rendez-vous avec la lune. La voir ainsi vêtue, ralluma un grand brasier dans tout mon corps. Oh ! Par le Trident de Poséidon ! J'allais mettre le feu à toute la forêt et à Illusia au complet si je continuais à la regarder. Elle était occupée à écrire sur du papyrus. Je m'employais alors à faire le souper, de temps à autres je lui jetais de furtifs coups d'œils ce qui était presque du masochisme, puisqu'elle était couchée à plat ventre et que mes yeux n'avaient de cesse de se poser sur son magnifique postérieur rond et ferme. Je réussis tout de même à me réfréner. Quand mon lièvre se retrouva sur les braises, et que la fumée ondula comme un serpent aérien pour venir me mordre le nez, je la rejoins. À la lueur du feu, ses traits délicats étaient encore plus adorables et mon cœur se gonfla dans ma poitrine. Que pouvait-elle bien écrire ? Je voulus lire par-dessus son épaule, mais elle roula aussitôt son parchemin en me lançant un regard en coin. J'allais devoir attendre qu'elle ait terminé avant de pouvoir lire. Me couchant sur le grabat je m'étendis à ses côtés pour regarder le ciel. Lentement les bruits nocturnes emplirent l'atmosphère. La lune montait avec son cortège d'étoiles et les cieux scintillaient de tant d'étoiles qu'on aurait cru qu'un feu brûlait dans le firmament des Dieux, brillant à travers des myriades de petits trous dans la voûte céleste. Ce soir, j'allais goûter ses nectars. Nous restâmes un moment sans rien dire avant que ma voix ne brise le silence. "Je m'étais fait une promesse que je ne peux plus tenir." Je me retournais vers elle. Je la vis se tourner un peu vers moi et ouvrir la bouche, la curiosité de Larielle était loin d'être satisfaite, mais je n'avais aucunement l'intention de lui avouer tout ce par quoi j'étais passé avec cette damnée promesse. Me penchant sur elle, je la tirais vers moi et l'embrassa sans attendre. C'était comme croquer dans un raisin mûr dont le jus sucré vous éclabousse le palais et je fus transporté aux limites de la folie. Quand nos lèvres se descellèrent, je déposais mes armes à ses pieds et lui jurais mentalement de toujours la protéger et l'aimer. Elle serait ma princesse, ma reine, la lumière dans mes ténèbres. Je lui avouais mon amour, et l'embrassa de nouveau, c'était le point de non-retour. Nous passâmes la nuit ainsi perdue dans l'étreinte l'une de l'autre. Mon bateau avait réussit à accoster à son port finalement, et il coula en même temps que mon cœur. Je l'aimais plus que ma vie. |