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Je parcourais une bonne distance sans la croiser. Plus je cheminais, plus j'avais la ferme conviction qu'il lui était arrivé quelque chose. Quand le soleil toucha les montagnes à l'horizon, j'arrivais en vue d'un petit village en construction. Heureuse d'avoir trouvé un endroit où je pourrais passer la nuit, je descendis la colline. Peut-être était-elle là bas ? Quand j'arrivais au village, je vis qu'il y avait eu du grabuge, et mes pires soupçons se confirmèrent. Un villageois fort sympathique me dit qu'une grande femme montée sur un grand destrier blond était venue à leur rescousse et avait été blessée ce faisant. Sûrement remarqua t-il la vague de panique qui m'avait gagnée à cette mention puisqu'il s'empressa de me dire qu'elle vivait et m'indiqua où elle se trouvait en ce moment. Fort soulagée, je me dirigeais vers la petite maisonnette en bois. Quand la jeune femme vint m'ouvrir, je plissais les yeux. J'avais devant moi quelqu'un qui me ressemblait comme une jumelle. C'était assez particulier. Bref elle me conduisit vers Zina qui était alitée dans le grand lit d'une petite chambre. Quand elle m'aperçut, je la vis exhaler de soulagement. Je restais un moment plantée sur le seuil de la porte à la regarder, heureuse qu'elle soit encore en vie. Elle avait dit vrai, partout où elle irait, il y aurait des problèmes. Surtout qu'elle semblait ignorer la peur et défier la mort. Je ressentais un mélange de franc soulagement, de tristesse, et de fierté. Je lui en voulais aussi un peu d'avoir risquer sa vie, mais je savais qu'au fond c'était ce que j'aurais moi-même fait. Mais tout de même l'idée de la perdre m'était insupportable. Je m'approchais donc du grand lit et me retins de lui sauter au cou. Après tout, elle était blessée. Elle me raconta son histoire et je lui montrais mes nouvelles bottes de marches. Elle sembla très satisfaite. Je lui racontais ensuite ma soirée d'hier en n'omettant rien. Je fis même beaucoup d'effort pour décrire la jeune femme avec qui j'avais passé la soirée. Bien sûr, je savais très bien que je faisais exprès pour voir sa réaction. Je notais avec plaisir cette lueur contrariée dans ses yeux bleu ciel. Avais-je touché une corde sensible ? Cette interrogation me fit en rajouter. Elle tiqua à plusieurs reprises. Était-ce de la jalousie que je voyais poindre en elle ? Très certainement, et j'avais un peu honte de la torturer comme cela. Mais d'un autre côté, cela me confirmait qu'elle ressentait quelque chose d'un peu plus profond que de l'amitié envers moi. Quand Apy vint dans la chambre pour refaire le pansement de ma grande amie, je m'employais à l'aider du mieux que je le pus. C'est alors que je remarquais cette lueur dans les yeux de la belle. Bien prit qui croyait prendre puisque Zina lui faisait un peu les yeux doux ! C'était sans contre dit, mon tour d'éprouver un sentiment de mécontentement. Surtout que cette fille me ressemblait comme une goutte d'eau ! Avaient-elles partagé quelque chose ? J'avais cette drôle d'impression. Je me gardais bien de dire quoi que ce soit cependant. Je savais que ces petits regards câlins n'étaient pas fortuits. Zina se vengeait-elle ? Oh ! Par le grand Zeus ! J'avais trouvé chaussure à mon pied ! En effet, et par deux fois ! J'avais de nouvelles bottes et une amie qui me bottait les fesses avec ! Je pris mentalement note de ne pas jouer trop souvent à ce petit jeu avec elle. Apy nous dit qu'elle n'avait pas de lit pour moi, et Zina insista pour que je dorme avec elle. En mon for intérieur je tirais la langue à notre hôtesse. C'était moi qui dormirais avec elle ! C'était enfantin je sais, mais j'étais tout de même heureuse de cette issue. Bien sûr pour faire bonne figure, je voulus résister un peu, car au fond je ne savais pas si c'était une bonne idée de dormir avec elle, puisqu'elle était blessée. Mais ma 'Princesse Guerrière' employa un ton ferme pour couper court à tout projet d'entêtement. Je ne pouvais qu'obtempérer, vu le ton coupant et sans équivoque qu'elle avait employé. Je compris que quand elle employait ce ton bas et menaçant, il ne fallait surtout pas discuter si on voulait survivre. La contrarier était dangereux, et je ne doutais pas un instant que ce que j'avais entendu sur son tempérament intempestif et son mauvais caractère était fondé. Il ne faisait pas bon discuter avec elle quand elle était comme ça, et j'en pris bonne note. Car après tout, elle ne s'était certainement pas acquis cette réputation d'être un terrifiant et redoutable Seigneur de Guerre en badinant. Même si j'avais son amitié et peut-être plus, ce n'était pas une raison pour lui donner envie de me balancer par-dessus bord. Je pouvais sentir ce feu qui couvait en son sein et brûlait en elle comme les forges de l'enfer. Quand je la regardais suffisamment longtemps dans les yeux, je pouvais presque voir son âme noire. Je ne savais pas si elle allait persister à rester dans le chemin qu'elle avait décidé d'emprunter, mais j'allais tout faire pour l'y aider. Parfois, elle m'effrayait, et je pouvais facilement imaginer ce qu'elle avait pu engendrer durant ces années passées à guerroyer. Elle devait être un leader sans merci, imprévisible, et terriblement impartiale qui mettait fin aux jours de ceux qui se dressaient sur son chemin, et cela sans même cligner des yeux. Elle devait les écraser comme des petits insectes sous sa botte. Mais j'étais loin de m'imaginer que ce que je voyais en ces occasions n'était qu'une infime partie de l'iceberg, j'allais découvrir avec le temps que j'étais encore bien loin de la vérité, mais ça c'est une autre histoire. Je grimpais donc dans le lit en prenant mille et une précautions. Me blottissant un peu contre elle, je m'endormis presque aussitôt. Après tout j'avais marché presque tout l'après-midi, et je m'étais levée très tôt ce matin. Je sombrais donc dans de doux rêves peuplés de lutins et de fées aux ailes translucides. |