Belette ou Castor

Chapitre 1 : Benoît




- Allez ! Viens Dominique, je t'assure que tu ne le regretteras pas, c'est super ! Tu peux me croire !
Ce n'était pas la première fois que Mireille insistait de la sorte pour que je l'accompagne, tous les dimanches, chez les scouts. Elle ne manquait ni d'enthousiasme ni d'arguments : longues et fréquentes randonnées en plein air, nombreux camarades plus sympas les uns que les autres, et surtout, une précieuse liberté ! Appréciable en effet, cette opportunité de s'affranchir, fût-ce un jour par semaine de la tutelle parentale. Amies de longue date, nous avions déjà partagé bien des joies ainsi que d'amères déceptions. Nous nous étions tout confié, nos détresses, nos bonheurs, nos espoirs et nos chagrins. Il nous était bien entendu arrivé de nous disputer copieusement, mais, toujours, la réconciliation avait suivi, avec un regain de tendresse souvent proportionnelle à la gravité de la querelle. Des amies donc. Rivales parfois. Une de nos plus graves fâcheries fut liée à notre histoire commune avec Benoît. Nous avions eu la malencontreuse idée de tomber amoureuses en même temps du même garçon. Quelle histoire ! Ce fut la rivalité dans toute l'acceptation du terme : ce serait à qui se maquillerait au mieux, à qui aguicherait d'avantage le jeune adolescent visiblement pris dans un étau et ne sachant trop que faire face aux deux furies déchaînées que nous étions alors. Aurait-il opéré un choix rapide entre nous qu'il y aurait eu moindre mal. Mais c'est tout le contraire qui advint : ce nigaud - je dirais même aujourd'hui, cet empoté - ne parvenait pas à se décider. Il n'hésitait pas à m'adresser les sourires les plus prometteurs pour, à la première occasion, gratifier Mireille des œillades les plus coquines. Ceci dit, je ne devrais pas trop me plaindre, vu que c'est moi qui l'ai emporté. Sans gloire, il faut bien le dire. J'ai, un peu lâchement, je le reconnais volontiers, usé d'un atout dont j'ai pu vérifier depuis à quel point il pouvait m'avantager dans ce genre de situation : j'étais à ce moment déjà gratifiée d'une poitrine plutôt imposante pour mon jeune âge. Adolescente, je ressentis tout d'abord l'émergence de ces encombrantes rotondités comme une véritable tare. Je me sentais difforme, voire monstrueuse. J'avais tout simplement honte de ces gros pare-chocs auxquels je me cognais sans cesse et qui me donnaient des maux de dos avant que je n'aie trouvé la bonne façon de les porter : avec arrogance ! Tant que je cherchais, bien vainement d'ailleurs, à les dissimuler, ils pesaient de tout leur poids et m'entraînaient, me semblait-il, vers l'avant. Puis vint un temps où ma perception changea du tout au tout. Il ne me fallut pas bien longtemps pour m'apercevoir à quel point mes encombrantes rotondités mettaient en émoi les représentants - tous âges et toutes catégories sociales confondues - du sexe opposé. Au début, ces regards, furtifs ou appuyés, honteux ou conquérants, me jetaient dans une confusion voisine de la honte. Je rougissais comme la gamine que j'étais encore et m'empressais de prendre le large ou de créer la souhaitable diversion. Plus tard, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je me pris à observer, voire à analyser l'émoi de ces messieurs, adolescents boutonneux ou vieillards lubriques. Lentement, ma gêne se mua en un sentiment tout différent. Je fus de plus en plus sensible à la dimension admirative que je croyais déchiffrer dans les regards de ces mâles de tous poils. De moins en moins mal à l'aise, je finis par prendre un certain plaisir à me sentir ainsi admirée, convoitée, désirée. Et la suite s'emmancha avec une imparable et prévisible logique : j'en vins à souhaiter, puis à rechercher ces regards que j'évitais auparavant. Mon jeu favori consista vite à provoquer, l'air de rien, en toute innocence, le malheureux sur lequel j'avais jeté mon dévolu. Il me suffisait de bien peu de choses en vérité : accentuer très légèrement la cambrure de mes reins, pivoter mon buste à gauche ou à droite, comme pour ramasser quelque objet. Le plus important était de ne jamais accorder à l'observateur transi le moindre regard ; faire comme s'il n'existait pas, en réalité, le gratifier du plus absolu mépris. Ça ne marchait que trop bien. Il y eut, bien évidemment, le prix à payer ! Il me fallut faire face aux assauts des plus audacieux. Les plus redoutables étaient ces insupportables petits chefs qui se croyaient obligés de jouer les machos devant leur cour. J'eus vite compris que le mieux était de feindre une admirative soumission, de provoquer ensuite un tête-à-tête au cours duquel il ne me restait plus qu'à éconduire purement et simplement le fier à bras démuni de son seul avantage : les rieurs imbéciles qui l'entouraient à l'ordinaire. Bien entendu, ce ne fut pas toujours aussi simple, et je connus quelques sérieuses déconvenues. Je ne dus qu'à une incroyable veine d'échapper à un viol en règle. Quatre grands adolescents, bâtis comme des armoires à glace, m'avaient repérée puis suivie pendant plusieurs jours avant de me coincer un soir sur le chemin de l'école. Sans le passage, bien opportun, d'une patrouille de police qui se trouvait là par hasard, je crois bien que j'aurais passé un sale quart d'heure. Je gardai de cet incident une solide rancune à l'égard de la gent masculine. Bien d'autres ne comprirent jamais que c'était à ces quatre salopards qu'ils devaient certains de ces rires moqueurs, voire cinglants, dont je les gratifiais. J'acquis vite une réputation de ravageuse, heureusement intouchable. Je me contentai d'enjôler, d'allumer, d'exciter, et ne me laissai approcher que quand j'en avais vraiment envie.

Mais revenons à l'épisode Benoît. Je commençais à en avoir assez de son indécision, et mon attirance de départ, avivée par la rivalité avec ma copine Mireille, commença à s'estomper. C'est à partir de ce moment que les choses devinrent plus faciles. Je décidai de l'avoir à ma merci, et de ne pas désemparer tant que je n'y serais pas arrivée. Ce jour-là, j'avais appris que Mireille lui avait discrètement accordé un rendez-vous - ce n'était d'ailleurs pas le premier - à la terrasse de la taverne où nous allions de temps à autres. Je décidai de porter une robe passablement décolletée, ce qui n'était, à l'époque, pas encore dans mes habitudes. Il me fallut d'ailleurs me la procurer. J'étais rouge comme une pivoine lorsque, sortant de la boutique de mode où j'avais fait l'acquisition d'une superbe mini-robe lilas, très décolletée, je vis le regard de la petite vendeuse plonger entre mes seins. Outre la bouffée de chaleur, heureusement toute passagère, je ressentis un trouble étrange, une sensation jusque là inconnue. J'allais la revivre, plus tard, et mieux en comprendre la nature. Mais pour l'heure, je m'approchais du lieu de rendez-vous où je savais trouver Mireille et Benoît, et je commençais à me trouver ridicule. J'eus soudain envie de tout planter là et de retourner à la boutique pour tenter de me faire rembourser cette robe qui - j'en avais la conviction - me donnait l'air d'une pute. Prenant sur moi, je décidai cependant de poursuivre l'expérience, par curiosité et par défi. Benoît, je le réalisai sur le moment, ne m'intéressait plus que médiocrement.
Il ne me fallut pas déployer de grands efforts pour feindre la surprise en tombant, comme par inadvertance, sur mes deux compères, passablement gênés de me voir. Mireille m'invita à me joindre à eux, et je vis, à la noirceur de son œil, qu'elle n'appréciait guère mon intrusion, ayant deviné que celle-ci, pas plus que ma tenue, ne devait rien au hasard. Quant à Benoît, il était bouche bée, l'air parfaitement idiot, n'arrivant pas à dissimuler son trouble. Tout en s'efforçant, bien vainement, d'afficher un air indifférent, il ne cessait de lancer des œillades furtives vers mon décolleté. Je m'appuyai à la petite table en métal de façon telle que ma poitrine soit bien mise en valeur. J'avais croisé les bras sur la table, et m'inclinai légèrement vers l'avant, enserrant mes seins au moyen de mes bras, ce qui eut pour effet d'en accentuer les rondeurs. Après avoir affiché quelques instants un air furibond, Mireille tenta de reprendre le dessus en lançant la conversation sur la naïveté des garçons qui se laissaient séduire par la première venue et pour des raisons superficielles. Le procédé était gros ! Mais je la laissai s'empêtrer dans ses arguments qui, comme je le pressentais, finirent par se retourner contre elle.
- C'est évident ! avais-je conclu, les garçons ne se laissent séduire que par les salopes et pour la moins bonne des raisons : le sexe !
Là-dessus, prétextant un coup de fil à passer, je me levai, les plantant là tous deux. Mireille était verte.
Quelques minutes plus tard, comme je sortais des toilettes où j'étais allée me rajuster, je croisai Benoît qui ne chercha même pas à dissimuler le fait qu'il m'attendait bel et bien près de la porte.
- Dominique ! murmura-t-il, je… je voudrais te parler… en particulier.
- Là, tout de suite ? fis-je, moqueuse, sûre déjà de ce qui allait s'ensuivre.
- Eh bien… euh…
L'indécision encore, le manque d'audace, toujours ! Ah ! ces garçons, je vous jure !
- Viens ! décidai-je soudain, et, le tirant derrière moi par la manche de son pull, je m'enfermai avec lui dans la petite pièce qui faisait office de cabine téléphonique.
- Je t'écoute ! fis-je, plantant mon regard dans ses yeux affolés.
- Écoute Dominique, je… j'en ai assez de ce petit jeu entre Mireille et toi, et… - Et ?… Nous étions tout proches dans l'exiguïté de la petite pièce et Benoît n'arrivait plus à dissimuler son excitation, à ma vive satisfaction. Le sentant mûr à souhait, je lui souris, me cambrai légèrement, consentante. Il me mangeait des yeux, n'arrivant pas à détacher son regard de ma poitrine.
- Qu'est-ce que tu es belle ! murmura-t-il. Se décidant soudain, il m'enlaça brusquement, avec une rare maladresse, et se mit à m'embrasser farouchement sur la bouche. Il était comme un cheval fou, incapable de se maîtriser. Il se mit à me peloter les seins de manière désordonnée, presque brutale. À l'évidence, il avait perdu tout contrôle de ses actes. Ma première réaction fut un rejet, une défense à l'égard de ce que je vivais comme une véritable agression. Il m'écrasait les seins, les malaxait avec sauvagerie. La première sensation fut une vive douleur à laquelle je cherchai tout naturellement à me soustraire. Je soulevai la jambe dans l'idée de le repousser au moyen de mon genou. Mal dirigée, ma cuisse vint s'encastrer entre ses jambes et entra en contact avec son phallus. Je réalisai que celui-ci était énorme, d'une taille probablement très au-dessus de l'ordinaire. Je saisis ses poignets et tentai d'écarter ses mains de ma poitrine déjà toute meurtrie.
- Ça suffit ! intimai-je. Calme-toi ! Tu me fais mal !
Il était écarlate, il suffoquait.
Ce qui se passa en moi en cet instant fut des plus surprenant : un mélange de sentiments contradictoires, un tourbillon désordonné de sensations et de pulsions antagonistes, une sorte de feu d'artifices d'impressions éparses. Cette brute maladroite m'effrayait et m'excitait tout à la fois. J'avais déjà tout mis en œuvre afin d'écarter de mon corps ces pattes malhabiles, et, déjà je me surprenais à résister de manière moins décidée. Les éclairs de douleur se muaient en fulgurances sensuelles ; l'agression devenait un acte sexuel, violent, certes, mais dominé par le désir, le sexe. La jambe qui s'était détendue afin de repousser cherchait à présent le contact avec la bite distendue par un désir incoercible. Mes mains qui enserraient les poignets du maladroit les avaient abandonnées et je me sentais prête à m'offrir désormais aux assauts de mon fougueux prétendant. J'attendais un nouvel attouchement, fût-il violent, je me pris à espérer une nouvelle agression de ma poitrine affolée, ma cuisse recherchait un nouveau contact avec ce sexe dur dont la grosseur me fascinait. Je sentis que je mouillais, que j'étais prête à m'abandonner.
- Je… je… ex… excuse-moi ! balbutia-t-il, soudain fléchissant. Il venait de prendre conscience de son état et roulait des yeux affolés.
- Continue, imbécile ! m'entendis-je lui dire d'une voix étrangement rauque.
En d'autres circonstances, la surprise qui s'afficha soudain si comiquement sur son visage m'aurait fait éclater de rire. La crainte qu'il ne se dégonflât me fouetta les sangs. Mue par je ne sais quelle impulsion soudaine, ma main s'empara de sa verge brandie. Le contact soudain de ce membre gonflé de désir me procura une sorte de choc. Ainsi donc, j'étais capable de provoquer un tel bouleversement, de produire une réaction d'une telle ampleur. Je m'en sentis flattée, presque effrayée. Je voulus pousser plus avant l'attouchement, éprouver la rigidité du membre dressé, en parcourir le relief, en estimer la longueur, en éprouver la force, contempler ce désir dans son éclatante manifestation, me repaître de ce que j'avais ainsi provoqué, mais, hélas, je sentis le membre se dégonfler entre mes doigts. À peine survenu, le plaisir s'en retournait, inexorablement.
- Pardon, Dominique, pardon ! murmurait-il, tout déconfit. Je… je ne sais pas ce qui m'a pris… je…
Je l'aurais baffé ! Oh, le sombre crétin ! oh ! l'andouille ! Je réalisai à quel point j'étais excitée, comme j'aurais voulu qu'il dénudât mes seins, qu'il continuât de les peloter, de les malaxer, de les violenter même ; comme j'aurais souhaité déloger ce phallus imposant dont j'avais eu à peine le temps de mesurer la force, comme j'aurais voulu le découvrir, le contempler, le palper, le caresser, le tripoter à ma guise. Quoi ? c'était fini ! déjà ! J'enrageais. Mais je dus me rendre à l'évidence : le couvert était desservi ! Il n'y avait plus qu'à retourner auprès de Mireille et oublier ce fâcheux incident. Je regardai Benoît d'un air contrit.
- Allez ! ne t'en fais pas. Ça ira. Tu as… un peu perdu la tête, c'est tout.

Je n'avais, à l'époque, pas la plus petite idée des frayeurs qui m'attendaient lorsque je serais confrontée à des adultes décidés à ne me laisser aucune chance face à leur désir incontrôlé de me violer.
Mireille comprit tout de suite ce qui avait du se passer. Elle m'en a beaucoup voulu sur le moment, mais lorsque, quelques jours plus tard, je lui relatai l'événement par le menu, ce fut une mémorable séance de fou-rire !
Il m'était devenu impossible de revoir Benoît sans éprouver un vague sentiment de pitié. Le pauvre garçon qui, manifestement s'ingéniait à m'éviter, osait à peine me regarder lorsque le hasard nous mettait en présence.
À quelques temps de là, Mireille me raconta qu'elle avait réussi à l'attirer dans sa chambre, au cours d'un week-end où ses parents lui avaient confié la maison. Elle ne sembla pas avoir été particulièrement impressionnée par la taille de l'instrument de Benoît. Je finis par me convaincre que j'avais du extrapoler mon estimation, en proie sans doute à une excitation propre à altérer la juste perception des choses. Il n'empêche, une frustration s'était créée ce jour-là qui allait m'accompagner longtemps et orienter singulièrement mes appétits sexuels comme nous allons le voir.