Belette ou Castor

Chapitre 4 : Le rôle décisif et inattendu d'une malicieuse casserole




D'un énergique coup de maillet, je venais d'achever d'enfoncer dans le sol, bien en biais, selon un angle de 45° afin d'offrir la résistance voulue, comme nous l'avait indiqué notre chef, le dernier tendeur qui allait maintenir notre petite tente bien arrimée. Je me redressai et jetai sur le site que notre troupe venait d'investir un regard circulaire. L'endroit était magnifique : une vaste plaine bordée de conifères descendait en pente douce vers un ruisseau aux eaux claires et aux abords joliment fleuris. Dans le lointain, on apercevait le clocher du village éloigné d'à peine quelques kilomètres. Une dizaine de tentes se dressaient déjà, découpant leur silhouette sur un ciel serein que traversaient avec nonchalance quelques gros nuages d'une blancheur éclatante. Tout un petit monde s'affairait de-ci de-là, joyeux et empressé, et l'on entendait l'écho des rires juvéniles et des cris enthousiastes d'une jeunesse toute en proie à l'exaltation de ces moments heureux. Je pris une profonde bouffée d'oxygène et m'étirai doucement, m'abandonnant à la quiète douceur de cet instant privilégié.
Je ne savais pas encore avec qui j'allais partager la petite tente kaki que je venais de dresser, en respectant scrupuleusement les consignes de notre chef vénéré.
Cherchant à me rendre utile, je me dirigeai vers la grande tente d'intendance qui trônait sur la partie la plus élevée du camp.
Je fus bonne pour la corvée d'eau et entrepris avec courage de ramener à notre cuistot les quelques seaux d'eau fraîche dont il avait besoin.
L'eau de la rivière était glaciale mais d'une pureté exemplaire, et je m'attardai à observer quelque grenouille qui s'éloignait en sautillant et la danse d'une libellule que ma présence n'eut pas l'air d'incommoder. Le doux murmure du ruisselet acheva de m'apaiser et je me laissai gagner par l'atmosphère sereine de ces lieux décidément bien plaisants.
Lorsque je me présentai devant la tente d'intendance, lestée de mes deux seaux remplis à ras bord, Castor s'y trouvait, veillant à la bonne installation du matériel et des provisions.
Il semblait parfaitement à son affaire et distribuait ses instructions avec sa nonchalance habituelle. Il me parut encore plus beau, plus séduisant, plus épanoui que jamais dans ce contexte qui lui convenait si bien. Je ne pus m'empêcher d'admirer encore son profil énergique, sa calme virilité triomphante. Il rayonnait, et je ne m'étonnai pas trop de ressentir à nouveau pour ce beau garçon une vive attirance.
Mais il ne fallait pas que je me laisse aller à ce genre de considérations qui ne pouvaient déboucher que sur de frustrantes déconvenues. Il fallait que je renonce, définitivement, à tout espoir de vivre avec Castor autre chose qu'une plaisante - et très sage - partie de campagne.
Je résolus de me jeter dans l'action, de m'occuper le plus possible, de remplir ce séjour de toute la vigueur de ma jeunesse et de ne consacrer mon énergie qu'à de saines et utiles tâches domestiques. Je me dépenserai sans compter dans les jeux et activités diverses que notre chef avait sans doute prévues.
Afin de donner corps à ces sages résolutions, et cela sans tergiverser davantage, je m'emparai d'un essuie de cuisine et me mis à briquer les casseroles et couverts que les assistants du notre cuistot venaient de laver.
Par un de ces hasards saugrenus, je me trouvais en face d'une haute et rutilante casserole dont le métal soigneusement poli faisait office de miroir. Je m'amusai à observer incognito tout ce qui se présentait dans mon champ de vision. Les images étaient certes déformées, mais parfaitement nettes.
Tiens, cette épaule, là !… mais oui, je reconnus les badges qui ornaient la chemise d'uniforme de Castor qui devait donc se trouver derrière moi, à un mètre ou deux tout au plus. Je me déplaçai légèrement afin de faire entrer son image dans mon champ de vision. Ce que je vis alors me remplit d'une stupéfaction sans bornes. Castor était en train de me regarder, ce qui aurait pu ne rien présenter d'extraordinaire si ce n'était l'intensité de ce regard et l'expression qui s'affichait sur son beau visage : son œil était langoureux, son expression admirative, ses traits exprimaient une sorte de détresse…
Oh ! mon Dieu quel choc ! Cela ne dura pourtant qu'un moment, un bref instant d'égarement sans aucun doute, mais je ne pouvais douter de la nature de ce regard. Je me demandai si je n'avais pas rêvé, si je n'avais pas été victime d'une illusion, si je ne m'étais pas laissée abuser par la déformation de l'image… si je n'avais pas pris mes désirs pour une réalité à la fois éphémère et factice ; ce n'était jamais qu'un reflet après tout !…
À la manière brusque dont il s'éloigna soudain, en complète contradiction avec son comportement habituel, je sus qu'il venait de s'arracher à lui-même, de concrétiser par ce geste de fuite le refus qu'il devait ainsi s'imposer à lui-même depuis… depuis combien de temps ?… Oh ! mais bon sang ! mais alors, cela voulait dire que… non ! je n'osais me laisser envahir par cette pensée : Castor, le beau, l'attirant, le séduisant chef de notre troupe s'imposait donc une attitude des plus réservée à mon égard alors qu'en réalité… en réalité… il… oh ! mon Dieu ! quel effroi, quelle surprise, quel bonheur !… en réalité il m'admirait, me désirait probablement, peut-être, sans doute… Ce constat m'affolait, me bouleversait, tant par sa nouveauté que par le sens que prenait alors tout le comportement de Castor. Ainsi donc il s'obligeait à dissimuler une attirance qu'il devait sans doute éprouver depuis de longues semaines et dont seul le hasard m'avait apporté la preuve. Sans cette merveilleuse casserole et son reflet sorcier, jamais sans doute je n'aurais percé à jour la véritable nature de ce que Castor éprouvait à mon égard. J'eus envie d'écraser mes lèvres, pour la remercier de son inestimable apport, sur cette casserole qui me sembla soudain plus précieuse que le plus ouvragé des miroirs vénitiens agrémentant le château de Versailles ! Tous les feux de la Galerie des glaces pétillaient d'ailleurs en moi en cet instant magique et je sentis une douce chaleur me monter aux joues tandis que mon corps tout entier semblait se réveiller, sortir d'une trop longue torpeur, s'animer soudain, s'embraser… Je sentis mes pointes de seins se raidir, une délicieuse brûlure poindre au creux de mes reins et se répandre dans mon ventre… Je me mis à trembler, je serrai les cuisses comme pour contenir la plainte soudaine de mon désir qui s'emballait… Ouh ! il allait falloir me calmer !
Il me fut impossible de demeurer un instant de plus dans cette tente d'intendance qui me parut soudain appartenir à une autre galaxie ; il fallait que je m'évade, que je m'échappe, que j'aille hurler mon bonheur tout neuf à la face des arbres voisins, que j'aille me rouler dans les eaux glaciales du ruisseau afin de calmer cette ardeur qui me torturait, que je… oh ! mais qu'est-ce qui m'arrive ?
Je me mis à courir vers ma petite tente, qui me sembla offrir un abri des plus dérisoire à l'immensité du bonheur qui m'habitait en cet instant. Quelqu'un m'interpella au passage, je ne sais plus qui, ni pourquoi, Mireille, je crois, mais je n'en avais cure : j'allais exploser de bonheur, éclater d'une joie trop longtemps contenue ! Vite ! vite !
Je me ruai à l'intérieur de la tente, descendis précipitamment la fermeture-éclair afin de prévenir toute intrusion et me jetai sur mon matelas pneumatique en proie à une excitation majeure ! Je mordis dans mon coussin afin d'étouffer un hurlement que je ne pouvais plus contenir. Mes larmes débordèrent en même temps que de gros sanglots s'échappaient de ma gorge nouée, libérant ainsi le trop plein d'émotion qui me submergeait.
À peine calmée, je me retournai et, étendue sur le dos, me sentis prise d'une irrépressible envie de sexe. Je savais à présent que ce garçon était attiré par moi, que j'avais toutes les chances désormais de le voir étendu sur mon corps, de sentir la réalité de son désir entre mes cuisses. Oh ! oui, il allait me… je voulais ce garçon, je le désirais comme une folle en cet instant. Mes mains partirent brusquement à l'assaut de mes seins déjà tout gonflés de désir, et je me mis à malaxer ma poitrine, sauvagement, m'imaginant que c'était les mains vigoureuses de ce beau jeune homme au regard si doux qui me pétrissaient, qui me pelotaient. J'écartai les cuisses, je me tortillai, me trémoussait sur mon matelas qui émit une série de plaintes ridicules, chuintant (me dis-je dans un instant d'ironique lucidité) comme un phoque enroué. Tandis que je me pétrissais un sein, ma main droite fila comme une anguille entre mes cuisses largement ouvertes et écarta avec impatience ma petite culotte déjà bien trempée. Je me mis à me masturber comme une bête, en quête d'un plaisir dru, sauvage, immédiat, brutal. Des ondes de plaisir ne tardèrent pas à parcourir mon corps qui ondoyait sous mes caresses accélérées et insistantes. J'attrapai mon foulard et me l'enfonçai dans la bouche afin d'étouffer le cri qui montait. J'agitai mon bassin avec frénésie. Je voulais du sexe ! du fort, du cru, obscène et choquant. J'imaginai le phallus bien raide et tout gonflé du beau Castor se frotter à ma vulve ruisselante, pénétrer mon vagin béant, coulisser entre mes cuisses agitées de spasmes irrépressibles, me labourer, me pilonner sans relâche, m'arracher des hurlements de plaisir, me faire jouir comme une chienne. Oooh ! mon Dieu ! Mes doigts fourrageaient mon vagin, le pilonnant sans relâche. L'orgasme vint : tremblement de chair, éruption liquide, coulée de bave ardente… perte de conscience.
Lorsque je revins à moi, je n'avais qu'une idée en tête, et je sus que je mettrais tout en œuvre pour arriver à mes fins : je voulais ce garçon ! je le voulais en train de m'admirer, de se repaître du spectacle de mon corps dénudé, offert, provoquant ; je le voulais à mes pieds, pantelant de désir ; je voulais voir se dresser son membre palpitant devant mes yeux gourmands ; je voulais sentir sa virilité coulisser en mon fourreau incandescent ; je voulais qu'il me baise, qu'il me nique, qu'il me bourre, qu'il se répande en moi, qu'il m'aime, me désire, perde la tête, explose en moi, encore et encore !
Pour l'heure, c'était moi qui perdais la tête ! Un second orgasme s'enchaîna au premier, engendré par toutes ces images qui tournoyaient dans mon esprit et affolaient mon corps.

v Le lendemain après-midi, au terme d'un jeu de piste savamment orchestré par un Castor en pleine forme et plus gouailleur que jamais, nous nous étions trouvés rassemblés dans une petite clairière non loin d'une chapelle en ruines dont la construction devait remonter bien loin dans le temps.
Une joute fut organisée, opposant deux camps. Chacun avait pris soin de passer son foulard dans sa ceinture, à l'arrière, de façon à ce qu'il dépasse d'une quinzaine de centimètres. Le vainqueur était celui qui arrivait le premier à arracher le foulard de l'autre. La victoire finale reviendrait au camp qui pourrait exhiber le plus grand nombre de trophées.
J'avais déjà réussi à m'emparer, par suite de bonds, ruses, feintes et cabrioles en tous genres, de trois foulards adverses, lorsque je fus opposée à Gazelle, une adversaire particulièrement difficile en raison de sa haute taille, de sa souplesse et de réflexes particulièrement rapides. Elle méritait bien son totem !
Très vite, je sus que je ne l'emporterais pas, à moins d'un coup de chance exceptionnel ou d'une grosse bévue de la part de cette belle fille au corps fin, élancé ; aussi nerveuse que précise et déterminée.
Cherchant à me soustraire à l'un de ses assauts, je fis un bond sur le côté et, malencontreusement, heurtai une racine à moitié dissimulée dans un tapis de feuilles mortes. La douleur fut vive. Non pas celle qui m'écorcha la cuisse faisant perler un peu de sang, mais celle, fulgurante, de ma cheville qui avait pris le coup. Gazelle se précipita. Quelques instant plus tard, je me trouvai entourée d'une foule de visages inquiets, étonnés, compatissants, baignant dans une myriade de petites étoiles filantes. La tête me tourna un peu et je me sentis filer. Je perçus la voix de Castor dans une sorte de brume cotonneuse :
- Écartez-vous ! ordonna-t-il de sa voix grave et assurée, teintée toutefois d'un pointe d'inquiétude.
Je me sentis ramassée par une poigne ferme et vigoureuse. Mon Dieu, mais…. mais, oui !…. Je me trouvais dans les bras de Castor ! N'était la douleur lancinante que je ressentais à la cheville, je me serais crue au paradis. Situation inespérée, inattendue, une sorte de cadeau du destin. Après la casserole malicieuse, voici la racine complice ! J'étais gâtée !
- Reprenez le jeu ! dit-il, se tournant vers la troupe indécise. Je m'occupe de Dominique. Je la ramène au camp ! Je crois que ce ne sera rien.
- Veux-tu que je t'accompagne ? proposa Lapin. Le camp n'est pas tout près, je pourrais te relayer.
Je sus que tout aller se jouer là, à cet instant précis. Je craignais que Castor n'accepte l'offre de Lapin, aussi généreuse que pétrie de bon sens.
Si Lapin nous escortait, l'occasion de nous trouver isolés s'en trouverait compromise, et tous mes espoirs de séduire enfin mon beau chef, réduits à néant.
Pendant un instant qui me parut une éternité, Castor sembla hésiter, puis, je l'entendis prononcer :
- Je te remercie Lapin, mais je préfère que tu restes ici pour veiller à la suite des opérations. Tu connais le chemin du retour mieux que n'importe qui, alors je te confie la troupe.
- Comme tu voudras ! fit Lapin, tout fier en réalité de se voir confier une telle responsabilité.
- Ramène bien tout le monde hein ! ajouta Castor en riant, avant de s'engager sur l'étroit sentier qui devait nous ramener au camp.
J'étais toute palpitante de bonheur ! Me trouver ainsi dans les bras de l'homme que je désirais avec ardeur ! C'était trop beau ! Mais il me fallait à présent " transformer l'essai " et arriver à mes fins.
Je me délectais du contact de ses bras musclés sur mes cuisses. Son torse puissant sur lequel je m'étais abandonnée.
Le son chaud et feutré de sa voix me parvint, comme dans un rêve :
- Ça va Dominique ?
Il me semblait à présent qu'une réelle inquiétude transparaissait dans ses mots. Mais je le rassurai :
- Oui, oui ! je pense que ce ne sera pas trop grave !
Quoique tout à fait supportable, la douleur n'en était pas moins présente et je ne sais pas si j'aurais pu poser le pied au sol sans ressentir une vive douleur.
Je m'abandonnai à la douce sensation de sentir ce corps puissant tout contre le mien. Je me laissai bercer par le doux balancement de notre marche. Je l'observai à la dérobée, derrière la barrière de mes paupières quasi fermées. Je ne me lassai pas d'admirer les traits réguliers de ce visage énergique. Ce me fut une grande satisfaction d'amour propre de constater qu'il ne pouvait s'empêcher de me contempler d'un air pas tout à fait neutre et selon une fréquence et avec une intensité que n'imposait nullement mon état. Il m'admirait donc ! Il prenait plaisir à contempler mes formes, même à la dérobée. J'en étais toute bouleversée. Je me serrai davantage contre lui, à coup sûr afin de faciliter sa progression, mais aussi, mais surtout, afin d'augmenter le contact de nos deux corps.
Je n'étais plus une gamine tout de même, et je devais constituer un certain fardeau. Lorsque je sentis qu'il commençait à faiblir sous l'effort, je lui dis :
- Je crois que nous ferions bien de nous accorder une petite pause !
À la manière dont il me regarda à cet instant, je sus que j'allais emporter la partie ! Son œil était aussi doux que celui d'une biche ! Et ce que je lus dans son regard était bien autre chose que l'inquiétude d'un chef. Il me regardait comme un homme regarde une femme, une femme qu'il désire. Il y avait dans ses yeux quelque chose d'éperdu, et je sus qu'il n'avait pas fini de lutter contre lui-même, déchiré sans doute encore entre ses scrupules et son attirance maintenant presque palpable. Voilà qui me le rendait encore plus attachant. Je décidai de ne rien précipiter, de laisser venir les choses. Je pensais même que je n'aurais pas à donner le moindre coup de pouce.
Je le vis déglutir avant de me réponde d'une voix étrangement détimbrée :
- Oui, euh… tu as sans doute raison ! Mais juste une minute alors ! Je dois soigner ta cheville le plus tôt possible. Elle risque de se mettre à gonfler.
J'avais envie de lui répondre que le seul gonflement qui m'intéressait en ce moment n'était nullement celui de ma cheville, mais je m'abstins.
Le regard que nous échangeâmes au moment où il me déposa, avec mille précautions, sur une souche au bord du chemin, était d'une tendresse infinie. Ce garçon était bon, généreux et tendre, j'en avais là la confirmation la plus limpide.
Je sentis qu'il s'arrachait à mon regard et il me sembla voir ses joues s'empourprer légèrement.
Il se mit à masser ma cheville endolorie avec des gestes doux et attentionnés. Le contact était agréable que je vécus plus comme une première caresse que comme un acte de soin destiné à apaiser ma douleur. Il sortit son mouchoir de sa poche et, après l'avoir légèrement humecté de salive, le posa délicatement sur ma cuisse à l'endroit de l'égratignure. Je remarquai, non sans une secrète satisfaction, qu'il regardait ma jambe avec admiration. Je ne pus m'empêcher de la remuer légèrement pour mieux l'offrir à son regard.
Lorsque ses yeux se reportèrent sur moi, ils brillaient d'un feu étrange. Il me mangeait du regard à présent et je tressaillis de fierté lorsque son regard avide se riva un instant sur mes seins avant de m'envelopper dans un vaste coup d'œil circulaire puis de remonter vers mon visage. Je crus apercevoir une bosse qui déformait le haut de son short. Lorsque j'entrouvris les lèvres et inclinai légèrement la tête sur le côté, il se rapprocha de moi, s'immobilisa un instant à quelques centimètres de mon visage ; ses yeux sautaient d'une de mes pupilles à l'autre, à toute allure… il eut une sorte de soupir d'animal blessé puis, soudain, ses lèvres entrèrent en contact avec les miennes. Elles étaient brûlantes et je crus défaillir de bonheur. Nos langues se cherchèrent un bref instant puis se lancèrent dans une course effrénée. Mon excitation grimpa aussitôt, multipliée par celle je sentais gronder dans le corps de Castor. Il me serrait à me briser les côtes et c'était divin ! Quelle force, quelle fougue. Dieu que j'avais envie de ce garçon !
Notre baiser se prolongea longtemps, accompagné de halètements, de mouvements incontrôlés, de doux frissons, et d'une envie grandissante de sexe.
Ce fut lui qui se ressaisit le premier. Il détacha son visage du mien, me sourit et me regarda avec une tendresse qui acheva de me faire fondre. Il passa lentement sa main dans ma chevelure toute dérangée puis, sans un mot, me souleva comme une plume et m'entraîna dans ses bras puissants.
Le reste du chemin se fit presque en courant et je me demande encore où il prit la force de me porter sur une aussi longue distance sans fatigue apparente. Je m'efforçai de me faire aussi légère que possible dans ses bras.
Le soleil déclinait lorsque nous parvînmes en vue du camp. Personne ne se montra et seuls quelques bruits de casserole provenant de la tente d'intendance m'apprirent que le lieu n'était pas complètement déserté.
Castor fila tout droit vers la tente qui servait d'infirmerie. Il m'allongea sur le lit de camp et entreprit aussitôt de soigner ma cheville endolorie. Elle était à peine gonflée, et je pouvais la remuer sans occasionner d'élancements douloureux. Pas de foulure ni d'entorse ! Ouf !
- Rien de bien méchant finalement ! conclut-il avec un sourire ravi.
Non sans un rien de perversité, j'avais pris soin de déboutonner légèrement mon chemisier de façon à laisser voir le haut de mes seins enfermés dans leur soutien, et, prenant appui sur mes coudes, je guettais la réaction de Castor.
Celle-ci ne se fit pas attendre : la rougeur lui monta au visage, ses yeux s'embrasèrent à nouveau et, l'instant d'après, il était sur moi, haletant, en proie à une belle excitation, lui aussi.
Alors qu'il entreprenait de me déboutonner entièrement, ma main partit à la rencontre de son sexe qui semblait vouloir crever l'étoffe distendue de son short.
Le membre accusait une belle taille, j'en fus toute impressionnée. Je me battis un instant avec la boucle de sa ceinture qui résistait obstinément, ce qui eut le don de m'agacer : je trépignais d'impatience telle une gamine capricieuse. La ceinture finit par céder, de même que les boutons supérieurs et, en un tournemain, le short du garçon fut à ses pieds. Sans hésiter, j'entrepris de dégager le phallus du caleçon qui le retenait prisonnier. Rapidement libéré, le chibre se dandina quelques instants sous mes yeux ravis avant de se faire happer par ma main. Quelle merveilleuse sensation de sentir ce membre, tout gonflé, tout gorgé de sang, tout tendu de désir, palpiter, frémir entre mes doigts. Il était comme animé par une vie propre, frétillant comme un poisson sur la berge juste après la prise. Je me mis à masser vigoureusement le sexe ainsi brandi, offert et tout palpitant. Il me sembla qu'il gonflait encore et se faisait plus dur, plus tendu.
Je devinai que le garçon avait envie de me découvrir, de me regarder. Délaissant le phallus incendié, je dégrafai mon soutien-gorge et me laissai aller en arrière, m'étendant de tout mon long sur l'étroit lit de camp, les mains ramenées dans ma chevelure. Je me cambrai, sachant l'effet que produit en général cette posture. Le résultat ne se fit pas attendre, Castor devint écarlate, sembla hésiter un bref instant, puis, avoir m'avoir longuement dévoré des yeux, se mit à me distribuer de longues et insistantes caresses. Rapidement, je fus dans tous mes états, le danger qu'il y avait à être surpris ajoutait encore à l'excitation. Je poussai un petit gémissement de plaisir lorsqu'il s'empara de mes seins et se mit à les malaxer. Je me tendis vers lui, vers ses mains, vers sa force… malheureusement, comme trop souvent, il passa un peu trop vite à… autre chose. Ce n'est pas que j'aie eu à m'en plaindre, mais c'est si bon quand les caresses perdurent un peu !
Mais peut-être redoutait-il de prolonger nos doux ébats par crainte d'être pris sur le fait. Je n'osai imaginer les conséquences… Je fus prise d'une angoisse soudaine à l'idée de ce qui pourrait survenir si…
Une nouvelle vague de plaisir se répandit dans tout mon corps, balayant mes pensées, emportant mes états d'âme, faisant table rase de mes scrupules.
Le moment était venu : je me redressai et m'emparai des fesses du garçon que je serrai bien fort en les rapprochant de moi tout en écartant les cuisses au maximum. L'invite était des plus claire et je sentis Castor se glisser en moi d'un seul coup. Il me pénétra bien profond presque aussitôt tant j'étais prête : ruisselante, lubrifiée à souhait ! Dieu ! que ce fut bon ! Après m'avoir besognée lentement durant quelques longs moments, il s'emballa soudain et se mit à me distribuer une série de coups de boutoirs bien assénés. Mon bassin se précipitait à sa rencontre à chaque approche, je le regardais dans les yeux, me repaissant du spectacle de son plaisir. Ce martèlement dura un bon moment, délicieux, sauvage, bestial à souhait.
Lorsque je sentis que son orgasme approchait, je resserrai mes muscles de façon à bien enfermer son membre au fond de mon vagin. Il explosa presque aussitôt et je me sentis jouir à mon tour, emportée par le tourbillon de son plaisir. Je fus secouée par une succession de spasmes qui me firent hoqueter pendant de longues secondes après l'orgasme. Je mis un certain temps pour me calmer et reprendre mes esprits.
Complètement relâché, tel un bébé sur le ventre de sa mère, Castor était allongé sur moi, c'était attendrissant au possible.
Je sentis le liquide poisseux se répandre entre mes fesses et sur mes cuisses que je serrai, par pur réflexe. Je sentis que j'aurais pu repartir pour un second service tant mon excitation était encore vive.
Mon bel Apollon ouvrit les yeux. Quelle douceur ! quelle paix ! Je lus de la reconnaissance et une pointe d'étonnement dans son regard encore trouble. Il me serra fort contre lui, me sourit puis, lentement, comme à regret, se détacha de moi. J'aurais voulu le garder en moi encore un moment, le sentir s'abandonner complètement, mais je savais que c'était impossible : il ne fallait tout de même tenter le diable, et c'était miracle que nous n'ayons pas été surpris.
Il se rhabilla en hâte, sans mot dire puis, après m'avoir baisé les lèvres avec une infinie tendresse, se glissa hors de la tente.
Je n'osai croire encore que ce qui venait de se dérouler là était bien réel !

v Le soir même, tous rassemblés autour d'un majestueux feu de camp pétillant d'allégresse, nous entonnions à pleine voix Les Filles de La Rochelle. J'avais le sentiment un peu trouble de trahir cette communauté au sein de laquelle régnaient confiance et droiture. N'étais-je pas en train de leur dissimuler un fait qui n'aurait pas manqué de les surprendre, de les choquer, voire de les blesser ?
J'arrivais difficilement à détacher mon regard de ce merveilleux Castor dont je sentais encore la virile présence pulser au cœur de mon intimité.
Je laissai aller mon regard de-ci de-là, heureuse d'appartenir à un groupe s'exprimant avec une si joyeuse simplicité.
J'adressai un sourire complice à Mireille qui me paraissait en pleine forme et qui chantait avec un bel entrain. Elle m'adressa un petit clin d'œil bien sympathique.
Je sentis mon sourire béat de femelle repue se figer soudain à la vue d'une petite silhouette dont la totale immobilité contrastait avec l'allégresse générale. Les yeux rivés à la flamme, comme hypnotisée, Belette, les mains rivées à ses genoux, offrait l'image même du désespoir. Ce fut comme si l'on venait de me plonger les pieds dans un seau de glace. Je sentis mon sang se figer et mon cœur fut comme écrasé dans un étau. Les chants me semblèrent lointains tout soudain et la scène me parut toute trouble, comme si je la voyais à travers un verre dépoli.