Mireille n'avait pas tardé à revenir et, à trois, nous avions attendu que l'orage daigne s'éloigner. Fine mouche, elle avait compris immédiatement ce qu'il venait d'advenir. N'était-ce pas elle d'ailleurs qui m'avait décillée à propos de Chloé ? Je réalisai qu'elle avait dû, avec une discrétion dont je devais lui être reconnaissante, ne rien perdre de mes états d'âme. Il faut dire que je n'avais pas dû être bien difficile à deviner. Elle avait dû comprendre pour Castor, tout comme en ce moment même, elle savait pour Belette !
À son retour, ne nous avait-elle pas trouvées blotties l'une contre l'autre dans une attitude laissant peu de place à l'équivoque ? Certes la froidure engendrée par la pluie battante et la nuit à présent bien avancée pouvaient justifier que nous ayons cherché à nous donner chaud mutuellement, mais la manière dont Belette me tenait enlacée trahissait bien autre chose que le seul souci de se réchauffer.
Chloé avait eu un sursaut à l'arrivée de Mireille et avait cherché à se donner une contenance. C'est moi qui l'avais maintenue enlacée, sachant que, de toutes façons, Mireille avait déjà tout deviné. Et puis, je venais de décider de ne rien lui dissimuler, elle avait bien le droit de savoir après tout ! N'était-elle pas mon amie, ma complice de toujours ? Nous échangeâmes un sourire discret… tout était dit !
Mireille s'occupa de la plaie à la cuisse de Belette. Ce n'était d'ailleurs pas bien méchant. Nous décidâmes d'attendre la fin de pluie avant de nous aventurer sur le chemin du retour.
*****
Le lendemain fut une journée difficile : je passai mon temps à essayer d'éviter de croiser le regard de Chloé (pardon, de Belette) - ce même regard que je recherchais tant la veille encore - sachant que mes sentiments devaient s'y lire avec une trop grande évidence. Fort heureusement, elle avait adopté le même comportement et nous parvînmes à nous éviter. Mais à quel prix ! Je me languissais, aspirais à me trouver en sa présence, n'importe où, n'importe quand, seules, pour pouvoir libérer enfin le flot tumultueux que je brûlais de déverser sur son joli corps ! Cette attente m'était un véritable supplice ! Je savais maintenant ce que le malheureux Tantale avait pu endurer !
La journée allait se terminer de façon importante pour moi puisque j'allais recevoir mon totem !
La cérémonie fut émouvante, sobre, bien réglée, inventive et toute empreinte d'un esprit de camaraderie qui ne faisait que trop défaut en dehors de ce cercle privilégié.
La troupe, au grand complet, s'était réunie autour du feu, comme presque chaque soir. J'avais dû rester seule à l'extrémité du camp, assise à califourchon sur une vieille souche, dans l'attente que quelqu'un vienne me chercher le moment venu, comme le voulait l'usage. Je voyais le feu rougeoyer à quelques centaines de mètres et j'entendais résonner à mes oreilles les chants de la troupe. Une sourde mélopée venait de débuter qui contrastait étrangement avec les airs joyeux qui l'avaient précédée. Je tendis l'oreille et frémis d'émoi et de surprise. Les paroles qui me parvenaient me bouleversèrent. La troupe entière chantait à pleine voix : " Dominique, Dominique, c'est la dernière fois qu'on t'appelle comme ça ! " J'en fus toute remuée ! Découvrir que tout le monde se souciait ainsi de moi me conférait une importance soudaine dont je me sentais bien indigne. Allais-je être à la hauteur de ce qu'on allait désormais exiger de moi ? Avais-je suffisamment développé l'esprit scout, serai-je prête à me montrer " toujours prête " en toutes circonstances ? Je me souvins que, à la veille de leur adoubement, les chevaliers d'autrefois passaient, dans la plus grande solitude, au pied d'un autel, une nuit en prière.
Quelqu'un s'approchait : on venait enfin me chercher. Mon cœur se mit à battre la chamade. Qu'allait-il se passer ? Je savais que j'aurais à subir quelques épreuves à propos desquelles le secret avait été soigneusement gardé. Je me sentais prête néanmoins, et c'est le front haut que je me présentai devant la troupe, dans le cercle qu'éclairaient les flammes pétillantes du feu de camp. La soirée était superbe : le ciel, bien dégagé, scintillait de mille étoiles. Ils avaient tous le visage dissimulé derrière leur foulard, fixé sur la tête, dont ils avaient laissé la pointe pendre jusqu'au menton. Ça avait quelque chose de cocasse et de légèrement inquiétant. Je reconnus la silhouette trapue de Lapin, assis un peu à l'écart, de trois quarts dos, et qui martelait en cadence un djembé fatigué. Les chefs, qui avaient gardé le visage découvert, portaient leurs chapeaux qu'ils avaient ornés de feuillages divers, ce qui leur donnait vaguement l'allure de chefs indiens.
Castor s'approcha de moi, le regard exagérément sévère, très imprégné de son rôle et de la solennité du moment.
- Dominique ?… Réponds à mes questions !…
Il me fixa un long moment avant d'entamer :
- Es-tu sûre de vouloir te joindre à notre troupe ?
- Oui ! fis-je sans hésiter.
Un vigoureux roulement vint ponctuer ma réponse aussi suivi d'un lent et long " mmmmmh ", musé par la troupe entière.
- Es-tu prête à renoncer à porter ton nom de ville ?
- Oui !
Nouveau roulement, nouvelle mélopée.
- Es-tu prête à répondre au nom qui te sera donné lorsque tu auras été acceptée par les anciens ?
- Oui !
Roulement, " mmmmmh ".
- Es-tu prête à subir les épreuves d'initiation ?
Je déglutis avant de répondre, d'une voix légèrement tremblante :
- Oui.
Cette fois, le roulement, plus brutal, se noya dans les hurlements féroces de la troupe entière qui vociférait, comme en proie à une frénésie incontrôlable.
La soudaineté de ces cris sauvages et le contraste avec le calme qui précédait me glaça les sangs. Je sentis un frisson me parcourir l'échine.
Je me sentis brusquement tirée en arrière, puis soulevée du sol par des mains solides. Au même moment, le ciel qui venait de s'offrir à ma vue se déroba : un tissu lourd et épais venait de se poser sur mon visage, m'aveuglant complètement.
On m'assit de force sur le sol, puis on m'attacha les mains dans le dos.
Une voix que je n'identifiai pas et qui se voulait sarcastique sonna à mes oreilles :
- Oseras-tu avaler ce ver de terre, pied-tendre ?
Une main souleva un bref instant le tissu qui me recouvrait le visage, le temps de me laisser apercevoir deux doigts qui pinçaient en effet une sorte de larve blanchâtre et gesticulante. J'eus un hoquet de dégoût. On m'obligea à ouvrir la bouche et je sentis des doigts vigoureux qui me contraignirent à avaler la chose immonde. Je pensais que j'allais avoir un haut-le-cœur, mais je reconnus le goût d'un macaroni mal cuit. Je manquai éclater de rire sous la surprise et le soulagement, mais déjà des mains me soulevaient à nouveau et m'entraînaient un peu plus loin. Et je dus subir l'épreuve de la hache (on allait me couper un doigt !… J'entends encore l'impact de l'outil sur la souche où était étalée ma main !) ; puis celle du feu (on allait griller mes cheveux ! Je sens encore cette odeur abominable de poils roussis qu'on avait fait brûler juste à côté de mon visage !)
Vint alors une 'épreuve' bien plus intéressante. Dans sa sagesse, Castor avait imaginé un rituel que je considère encore aujourd'hui comme intelligent et généreux.
J'étais debout à présent, toujours cagoulée, mais on m'avait libéré les mains. Castor s'était approché, il me dit, de sa belle voix grave :
- Voyons à présent si tu as su engranger un minimum de ces qualités indispensables à un bon scout. As-tu suffisamment observé ceux-là même avec qui tu partageras désormais la vie de notre clan ? Sauras-tu reconnaître tes compagnes, tes compagnons, par un simple contact ?… Voyons cela !
Il souleva mes mains et les posa sur les épaules de quelqu'un qui venait de se placer en face de moi.
- Qui est-ce ? demanda la voix impérieuse de Castor.
Je sus immédiatement qu'il s'agissait d'un garçon, mais lequel ? Je laissai mes mains gagner le cou, puis, je remontai lentement vers les joues, les lèvres. J'approchai mon visage dans l'idée de reconnaître une respiration…
- Nandou ! m'exclamais-je soudain, sûre de mon fait.
Une salve de cris et de rires joyeux m'indiquèrent que j'avais tapé dans le mille. Nandou se retira et Castor posa à nouveau mes mains sur d'autres épaules. Ah ! une fille, cette fois ! grande, les os fins… Martre peut-être ou Mésange ? Non…
- Les genoux ! me dit Castor. Et, joignant le geste à la parole, il saisit mes mains et les déposèrent sur les genoux de la compagne que je n'avais pas encore identifiée.
Ces genoux fins… je remontai très légèrement un peu plus haut, puis laissai couler ma main sur un mollet. Cette ossature fine, ces jambes élancées…
- Gazelle ! lançai-je d'une voix forte.
Nouveaux cris de joie, applaudissements et roulements de djembé.
Mes mains ne s'étaient pas encore posées sur les épaules de la troisième personne que j'avais à reconnaître que, déjà, j'avais identifié Belette.
Le cœur battant, je me penchai vers son visage, je chuchotai à son oreille, au moment même où mes mains entraient en contact avec ses épaules (on avait dû la poser sur un support quelconque, car elle me parut trop grande).
- C'est toi !
Mais il me fallait jouer le jeu, et ne surtout pas montrer que je l'avais reconnue si vite, il s'en fallait de notre secrète intimité, d'une chose qui n'appartenait qu'à nous et qui n'avait aucun rapport avec la cérémonie que nous vivions là.
Je m'accroupis alors et posai mes mains sur ses genoux. Je réalisai, mais un peu tard, que j'avais mon nez juste à hauteur de son sexe, que j'étais agenouillée, en public, devant une fille pour laquelle j'éprouvais une attirance hors du commun, que mes mains s'étaient mises à trembler, que mon cœur battait à tout rompre, que des sirènes de pompier hurlaient dans mon ventre, qu'un doux frisson me remontait le long de l'échine…
Si je ne me faisais pas violence, si je ne me reprenais pas immédiatement, mes mains se mettraient à courir sur cette peau, à la caresser, à la pétrir… oh mon Dieu ! Dans quelle situation m'étais-je encore fourrée ! J'étais là, à crever de désir - je mouillais sans doute - à un moment totalement inopportun, dans des conditions parfaitement inappropriées. Bon sang !
Au prix d'un violent effort, je m'arrachai à ma contemplation (mes narines s'étaient déjà dilatées dans l'espoir de se remplir de cette odeur de sexe qui m'avait tellement troublée la première fois ! Oui ! J'avais tout à coup très envie de sexe, et le fait que ce ne soit pas, mais alors là, pas du tout le bon moment, ajoutait encore à ma confusion, à mon trouble, à mon désir.
Je me relevai brusquement, comme si je venais de me brûler. Affolée, éperdue. Je savais que mon visage était écarlate et j'espérais que l'on mettrait ce soudain afflux de sang sur le compte de mon trop vif mouvement.
La tête me tournait un peu… Je crus défaillir lorsque je perçus les mots que Belette venait de chuchoter, furtivement, dans une sorte d'urgence, à mon oreille :
- Je t'aime !
N'était-ce pas là la déclaration d'amour la plus inattendue, la plus déplacée, la plus saugrenue, la plus rocambolesque, compte tenu du contexte, des circonstances, du lieu et de nos positions respectives ? Et c'est pour toutes ces raisons, justement, qu'elle me fit un tel effet. Je crus que j'allais exploser de joie, de surprise, d'amour ! Mais je devais me ressaisir ! J'avalai ma salive et arrivai à prononcer d'une voix qui sonnait un peu rauque :
- Belette !
Ce fut une ovation cette fois ! Mes épreuves (toutes !) étaient terminées : le conseil m'accueillait, j'étais acceptée, je faisais bel et bien partie de la troupe, je cessais d'être un " pied-tendre ".
Je ne serais plus appelée désormais que Loutre gouailleuse, tel était le totem que les anciens avaient décidé de m'attribuer. Je m'imaginais, dérivant lentement à la surface de l'eau, faisant la planche, en train de briser la coquille d'un crustacé au moyen du caillou que j'avais posé sur mon ventre.
Je devais probablement mon qualificatif de " gouailleuse " à l'entrain et la fantaisie dont j'avais su faire preuve tout au long du camp, sans me forcer d'ailleurs, tant je m'étais sentie bien tout au long - enfin, presque - de ce séjour miraculeux à bien des égards.
Je reçus solennellement et avec beaucoup de respect mon couteau gilwell que j'avais désormais le droit de porter à la ceinture. J'étais fière, heureuse, étourdie et totalement troublée par les instants magiques que je venais de vivre.
*****
Le jour suivant fut le dernier de ce camp d'été. Déjà ! Enfin ! Déjà, nous allions nous séparer ; enfin, j'allais pouvoir retrouver Chloé dans un contexte plus approprié. Je ne sais pas ce que j'aurais donné pour être plus vielle de vingt-quatre heures ! Mon entrejambe n'avait pas cessé de fourmiller toute la journée, j'étais excitée comme une puce, sans cesse à penser à Chloé, à son rire, à sa chevelure, à ses yeux, à sa peau, à… à son sexe ! Oh ! Mais oui, pas d'hypocrisie ! Les choses n'étaient que trop claires à présent : à son sexe ! A ses lèvres, à ses fesses, à ses cuisses, à son cul ! Je voulais voir ses beaux yeux se révulser sous la force du plaisir que je lui prodiguerais sans retenue, je voulais entendre ses halètements, sentir son odeur si bouleversante, voir couler son jus sur ses admirables cuisses, la serrer conter moi à l'étouffer, mêler ma cyprine à la sienne… oh ! Il fallut me calmer et ce fut au prix d'un très gros effort.
L'après-midi, il était prévu que nous aurions droit à une ultime activité. Castor s'était entendu avec quelques villageois afin de faire construire, à leur profit et contre quelques approvisionnements pour notre troupe, un pont de bois qui enjamberait la rivière. Excellent exercice pour nous !
J'avais été désignée pour faire partie de l'équipe d'assemblage. Je me trouvais donc, en cet instant, un peu à l'écart des autres qui s'affairaient autour du pont déjà à moitié installé, à devoir fixer un 'brelage', sorte d'assemblage de cordes destiné à réunir deux pièces de bois et à les fixer. Pour faciliter la manœuvre, j'avais glissé l'épais rondin de bois, soigneusement poli, entre mes cuisses et le maintenais ainsi solidement. La tâche n'était guère absorbante et je laissai vagabonder mes pensées qui me ramenèrent bien vite à Chloé non sans réveiller en moi cette langueur qui ne me quittait pratiquement plus depuis notre nuit d'orage. Était-ce la pensée de Chloé, le frottement de ce bois à la surface lisse, presque soyeuse, entre mes cuisses, la tension accumulée depuis la veille et qui se combinait à mon désir latent, toujours est-il que je sentis se répandre dans mon ventre cette douce chaleur qui me laissait de moins en moins de répit pour n'avoir pas encore été calmée. Je resserrai davantage mes cuisses sur le mât et, me baissant légèrement, je le logeai plus haut, bien dans mon entrejambes, cherchant le contact avec ma vulve. Je tournai la tête afin de m'assurer que personne ne m'observait, mais ils étaient tous bien trop absorbés par l'assemblage du pont pour me prêter la moindre attention. Rassurée, je me laissai aller et me mis à onduler légèrement du bassin, ce qui ne fit qu'alimenter mon excitation. Je sentis que je mouillais, c'était bon, frustrant mais bien plaisant. J'avisai alors, un peu sur le côté et légèrement plus bas, un nœud dans le bois qui formait une sorte d'excroissance à la surface lisse du rondin, une saillie de quelques centimètres à peine. Je fis pivoter le mât de façon à aligner correctement mon entrejambe sur la rondeur salutaire, puis me laissai glisser de façon à ce qu'elle vint se loger juste entre mes cuisses. La nature s'était-elle faite ma complice en cet instant ? Toujours est-il que me retrouvai à me masturber bel et bien avec cette excroissance, le long mât logé entre mes cuisses et sur lequel je me frottai de plus en plus en plus vite, telle une chienne lubrique. J'avais le sentiment que le nœud du bois était en train de gonfler, qu'il se faisait vivant, qu'il allait s'insinuer en moi, me pénétrer, m'investir, me procurer une jouissance sauvage, brutale peut-être. Il me semblait que le rondin lui-même se mettait à vivre, qu'il se transformait, se démultipliait pour former des cuisses puissantes, des bras musclés qui s'emparaient de mon corps offert et tout tremblant, que… oooh ! Je mouillais, je haletais, j'étais excitée comme une puce, j'avais envie de sexe, d'être possédée, baisée comme une vulgaire pute… Castor ! oooh, comme j'avais envie que sa grosse queue s'introduise en moi, me pilonne correctement, me fasse jouir. L'orgasme ne se fit pas attendre et j'eus une jouissance crue, furtive, brimée, frustrante, mais néanmoins intense. Quelle espèce de bête étais-je donc en train de devenir ?
Quand vint le soir, je ne pus m'empêcher, durant notre ultime feu de camp, particulièrement réussi d'ailleurs, de laisser mon regard envelopper l'adorable silhouette de Chloé. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle me renvoie un rapide coup d'œil et ce fut comme si elle avait lancé une balle de base-ball dans ma culotte. Je manquai jouir sur le coup. Mon bassin eut un bref soubresaut… Non, c'était clair, je n'allais plus pouvoir tenir longtemps !
Je me remis à chanter avec toute la troupe un de mes chants favoris : " Chante et dan-anse la Bohê-ême, fa-ria, fa-ria, hô… ; vole et cam-ampe où Dieu te mè-ène, fa-ria, fa-ria, hô… " Le regard trouble, je contemplai les flammes déclinantes de ce feu pétillant qui fut le témoin et le complice de mes jours heureux.
*****
Dans le bus, pour le trajet du retour, Chloé et moi n'avions pas pu résister à l'envie de voyager l'une à côté de l'autre. Pourtant, nous en avions discuté et étions arrivées à la conclusion que ç'aurait été " plus raisonnable " de demeurer à bonne distance, qu'il ne fallait pas tenter le diable, qu'il fallait encore se montrer discrètes. Nous avions bel et bien décidé de voyager séparées, de nous infliger cette ultime torture. Et puis… et puis elle avait eu ce regard… comment résister à un appel aussi clair, à une invitation aussi pressante ? Cela devenait ahurissant : chaque fois que Chloé me regardait de cette façon, la tête à peine inclinée, le sourire un peu triste, l'œil légèrement humide, mais d'une intensité insoutenable. Son regard plongeait immédiatement au fond de ma culotte, j'avais le sentiment qu'elle me voyait nue, qu'elle savait que je mouillais aussitôt. J'adorais ça. D'une petite voix d'enfant punie, elle avait minaudé :
- Oui, tu as raison, c'est plus prudent de voyager séparées. Elle avait ensuite poussé un profond soupir puis… elle m'avait regardée en ajoutant : Tu es sûre ?
Et j'avais craqué :
- Il y a une chose dont je suis sûre ! C'est que je ne tiendrai pas !
Nous avions ri, elle était ravie. Cette bouffée de joie juvénile avait achevé de me convaincre qu'il serait vain d'essayer de résister à notre envie. Nous ferions le trajet ensemble, mais en demeurant bien prudentes, enfin… le plus possible.
Nous avions eu terminé de remplir le camion en fin d'après-midi. Après avoir pris une légère collation, nous nous étions dirigés vers le bus qui nous attendait en crachotant.
*****
Assises tout au fond du véhicule, comme à l'aller, Chloé et moi n'osions bouger de peur de nous jeter l'une sur l'autre, n'osions nous parler de peur de nous saouler de paroles d'amour qui nous auraient conduites à de regrettables excès.
Puis le crépuscule tomba, lentement, avalant les silhouettes des clochers et des maisons et enfonçant le paysage dans une pénombre de plus en plus épaisse, jusqu'à la noirceur.
Le froid se fit alors sentir et Nandou commença à distribuer les couvertures.
Chloé et moi étions à présent bien emmitouflées, nos corps et nos mains bien dissimulés aux regards ! Un bref coup d'œil suffit à nous allumer. Aucun mot ne fut nécessaire : nous nous rapprochâmes de telle sorte que nos couvertures se chevauchent légèrement, ne formant plus qu'une seule et vaste protection. La voie était libre !
L'obscurité était à présent presque totale au dehors et l'intérieur du bus baignait dans cette clarté incertaine provenant des quelques plafonniers allumés de-ci de-là et de la lumière aléatoire des phares des véhicules qui nous suivaient. Je distinguais à peine les contours du délicieux visage de Chloé, mais j'étais fascinée par la double flamme de son regard qui me fixait tel celui d'un lynx guettant sa proie.
Je tressaillis lorsque je sentis sa main sur ma cuisse. La chaleur s'installa aussitôt dans mon ventre et se mit à irradier, m'envahissant toute entière. Mon bassin commença à se soulever sans que j'y sois pour quelque chose. J'écartais les cuisses, offerte déjà, sans réserve, haletante d'impatience. Avec une lenteur exaspérante, sa main progressait sur ma cuisse, s'appropriant centimètres après centimètre. Je me mordis les lèvres. Je sentis mes seins se gonfler et mes pointes se dresser. La fête du sexe commençait, enfin ! J'avais beau savoir que nous ne pourrions nous offrir là qu'un modeste apéritif, je n'en étais pas moins bouleversée. Ma cuisse, écrasée sur le cuir, s'aplatissait sous sa caresse ; ma chair se portait à la rencontre de sa main qui s'approchait doucement, lentement, trop lentement, m'arrachant des miaulements de plaisir que je contenais à grand peine. Je m'ouvrais toute, je sus que je mouillais comme une bête… j'étais déjà survoltée. Je crevais d'envie que ses doigts atteignent leur but, s'insinuent sous ma culotte, m'investissent, s'emparent de mon sexe, règnent sur mes sens affolés.
Le bus fit une légère embardée qui suffit à faire dévier les doigts de Chloé. J'eus un frisson de pure frustration. Mais les doigts revinrent se poser au même endroit et reprirent leur trop prudente reptation. J'avais profité du léger choc pour me rapprocher un tant soit peu de Chloé. Le ronron obstiné du moteur et le frottement continu du caoutchouc sur l'asphalte m'empêchaient de percevoir son souffle, mais je me concentrai sur ses doigts, sur sa main, comme s'il se fût agi de surveiller du haut d'un hélicoptère furtif la progression d'un commando engagé en territoire ennemi et exposé à un grave danger.
Je me tordais les hanches à me faire mal, tentant de pivoter le bassin afin de présenter le plus possible ma vulve à la main approchante et tant désirée.
Je réprimai un gloussement lorsque, enfin, les doigts de Chloé entrèrent en contact avec mon minou, ruisselant, brûlant, hurlant son muet cri de désir. Offerte, pantelante, les cuisses écartées, je me tenais agrippée aux bras du fauteuil afin de maintenir au mieux l'inconfortable position qui me permettait de présenter mon sexe assoiffé à l'investigation de Chloé.
Un monologue délirant se déroulait dans ma tête, comme une séquence filmée, et je m'entendais prononcer ces mots fantômes et pourtant si réels :
" Oh, mais avance donc ! Qu'est-ce que tu attends ? Viens, allez, approche, investis ma chatte, pince mes nymphes, glisse-toi dans mon vagin brûlant, je t'appartiens, cette chair est à toi ! Oooh ! Mais comme j'ai envie de toi, de sexe, oh ! Oui, de sexe avec toi, mon amour, ma belle, mon trésor… Je t'aime, oh ! mais qu'est-ce que je t'aime… "
Je sentis des larmes jaillir de mes yeux, j'étais éperdue.
Dès que ses doigts se mirent à fouiller dans mon puits brûlant, je fus prise de spasmes violents. Je dus mordre dans la couverture pour ne pas hurler de plaisir. Je m'ouvrais, j'avais l'impression que de nouveaux pans de chairs naissaient au fond de moi pour pouvoir s'ouvrir encore, plus largement, plus totalement. Je fus secouée par un orgasme aussi soudain qu'inattendu. Chloé avait immobilisé sa main mais ne l'avait pas ôtée. Elle me fixait, éperdue, hallucinée, ravie.
Elle retira doucement sa main, avec une grande délicatesse. J'aurais voulu la retenir, le sentir encore vibrer en moi.
D'une manière effrontée, elle me montra ses doigts qui luisaient de ma mouille et, lentement, avec une évidente délectation, elle les lécha consciencieusement.
N'y tenant plus, je l'attirai à moi, tout en veillant à le faire sans brusquerie. Nos cuisses se chevauchaient à présent et, non sans fébrilité, j'entrepris à mon tour d'explorer sa chatte. Je ne pris pas autant de précautions qu'elle et c'est résolument que j'engageai ma main sous son short, dans sa culotte. C'était à la fois un volcan et une inondation qui attendaient ma main. Chloé était brûlante, ruisselante, toute vibrante et comme tétanisée. Tout son corps était arc-bouté, tendu vers ma main qu'elle semblait chercher à aspirer pour la faire entrer en elle. Ce ne fut pas long ! Son orgasme fut au moins aussi puissant que le mien. Je crois que je jouis encore une fois en sentant son jus brûlant se répandre sur ma main tremblante.
Quelques minutes plus tard, la tête de Chloé tressautait sur mon épaule. Elle dormait comme une bienheureuse et son regard affichait un sourire ravi. Je fondis de tendresse en contemplant cet ange endormi. Je m'assoupis à mon tour et c'est Castor qui me réveilla en me secouant légèrement l'épaule. Nous étions arrivés.
Au moment de descendre du bus, encore un peu abrutie par le sommeil, j'eus un regard tendre pour Castor qui me sourit d'une façon énigmatique. Je ne pus m'empêcher de penser : " Voilà un garçon pour qui tu en as bavé, ma fille ! Et qui a su te procurer un plaisir merveilleux, celui-là même que certaines femmes ne connaissent que rarement ; et tu t'apprêtes à le laisser, à renoncer à un sort que bien des jolies filles recherchent et paieraient sans doute cher pour connaître, fut-ce de manière fugace. Es-tu bien certaine d'avoir opéré le bon choix ? "