Elle devait me rejoindre sur le coup de dix heures. Dès sept heures, je m'arrachai à mes draps, en proie déjà à une fébrilité inhabituelle. Une sourde excitation grondait dans mon ventre qui pressentait sans aucun doute les délices à venir. Je pris mon petit déjeuner dans l'urgence… quelle urgence ?… Toute énervée, je passai ensuite à la salle de bains où je procédai à une minutieuse toilette, m'enduisant le corps de ma lotion favorite : un lait aux algues dont j'appréciais la délicate fragrance. Dix fois, je me peignis les cheveux, vérifiai si mes ongles étaient correctement manucurés, si mon maquillage - des plus léger - était réussi, si je présentais une image acceptable. Je tournai en rond, n'arrivant pas à me calmer. Je mis, pour la cinquième fois, de l'ordre dans ma chambre, réassortissant les coussins sur mon canapé-lit que j'osai à peine regarder tant me sautaient alors à l'esprit des images d'une parfaite lubricité, anticipant les ébats que je me préparais à vivre avec Chloé. J'ôtai une nouvelle fois mon chemisier le trouvant soudain bien peu seyant pour, trois minutes plus tard, arracher d'une geste agacé le t-shirt trop moulant que j'avais enfilé. J'étais l'indécision même. " Comment aimerait-elle me voir vêtue, me demandais-je ? " non sans angoisse. Mais je ne trouvai nulle réponse à cette question. J'avais beau essayer de me convaincre que ça n'avait guère d'importance, je n'arrivais pas à me décider. En fin de compte, je fixai mon choix, non sans d'ultimes et douloureuses hésitations, sur une petite robe lilas parsemée de fleurs minuscules, qui se déboutonnait sur le devant et dont le décolleté, pas trop ravageur, ne pouvait me faire passer pour une fille légère, enfin, pas trop. Ce n'est vraiment pas évident de s'habiller sobrement quand on est affligée d'un 90 D ! Mais cette sobriété, étais-je bien sûre de la rechercher en cet instant ? Je voulais plaire à Chloé, tout en étant bien consciente qu'il ne s'agissait plus de la séduire. Non, juste lui plaire, répondre à son attente, me trouver à la hauteur de ce qu'elle attendrait de moi.
Je ne pus réprimer un petit cri lorsque retentit - enfin - la sonnette. Mon cœur se mit aussitôt à battre la chamade. Je m'étais rarement trouvée dans un tel état ! L'excitation se mêlait ici à une sourde angoisse, j'étais comme affolée !
Me précipitant au devant de Chloé, j'ouvris la porte de mon appartement à la volée. Elle était là, sur le palier, souriante, radieuse, fraîche comme une fleur à peine cueillie, les yeux pétillants, les lèvres vermeilles, sa superbe chevelure flamboyante ruisselant sur ses épaules, rayonnante de beauté, de joie de vivre, de vitalité… Ce fut comme si un essaim d'oisillons venait de prendre son envol dans la moiteur de mon ventre. Une douce chaleur me monta aux joues et je me sentis vaciller légèrement. Elle portait une minijupe en coton, d'un joli bleu turquoise, qui mettait en valeur ses jambes fines et musclées, couleur de miel.
Un ravissant chemisier blanc orné de fine dentelle enfermait sa jolie poitrine qui tendait et détendait le tissu au rythme de sa respiration, un peu rapide. Nous nous mangions des yeux, sans retenue, sans éprouver le besoin de prononcer le moindre mot. Le temps était comme suspendu.
Je sentis que je déglutissais et c'est ce qui me ramena à la réalité. Les tempes battantes, je m'effaçai afin de permettre à Chloé d'entrer.
La porte à peine refermée, elle se tourna vers moi.
Je réalisai à quel point j'étais peu préparée ! J'avais pourtant connu bien des fois cette douce excitation qui prélude aux ébats amoureux avec différents garçons qui avaient su me séduire, pour qui j'avais ressenti de l'attirance, avec qui j'avais eu envie de vivre une aventure sensuelle forte et exaltante. Les choses n'avaient jamais traîné et, que ç'ait été lui ou moi, nous n'avions jamais tardé à nous trouver enlacés, roulant bien vite sur le canapé ou sur le sol, nous abandonnant sans retenue à la fougue de notre jeunesse.
Mais ici ? Rien !… je me sentais totalement paralysée, incapable d'esquisser le moindre geste. Et pourtant je mouillais déjà comme une folle, je n'en étais que trop consciente. Je vis Chloé déglutir à son tour, passer furtivement sa langue sur ses lèvres. À l'évidence, elle devait se trouver également dans un drôle d'état, et ce constat n'était pas de nature à apaiser mes sens en complet désarroi.
Elle esquissa un petit pas dans ma direction, leva sa main qu'elle posa sur mon avant-bras. Ses beaux yeux pâles tremblotaient légèrement et je vis que ses pupilles sautaient d'un de mes yeux à l'autre ; les ailes de son nez palpitaient, son souffle… Oh ! Je ne connaissais que trop bien la signification de ces petits signes ! Le contact de sa main, pourtant léger, me fut comme une décharge électrique, et une onde de chaleur partant de ce point de rencontre de nos chairs intimidées se répandit dans tout mon corps. L'instant approchait, je le savais, je le sentais, où nos bouches allaient se rencontrer, où nos mains allaient se mêler, où nos corps allaient s'étreindre…
Mais d'où me venait donc cette retenue, cette incapacité à m'abandonner à un délire que mon corps affolé réclamait en hurlant ?
Je réalisai soudain à quel point j'aimais Chloé ! Et, du même coup, je sus que ce qui me retenait de me jeter sur elle comme une furie pour apaiser notre fringale sexuelle, pour donner libre cours à notre désir, à notre folle attirance l'une pour l'autre, c'était justement l'amour que je lui portais. La crainte de mal faire, de déplaire, de blesser, de choquer, d'aller trop vite, pas assez, de faire un geste non souhaité, prématuré, trop furtif, trop violent, pas assez… trop… oh ! Mon Dieu quelle angoisse ! Comme je me sentais balourde, gauche, penaude !… Je réalisai - et j'en fus envahie par une soudaine et brutale vague de désespoir - que je ne savais rien aux choses de l'amour ! Du véritable amour, j'entends, non du sexe et des plaisirs de la chair, même assortis de plus ou moins d'estime ou d'admiration pour les forts, grands et beaux gaillards qui avaient su me donner du plaisir et me donner l'impression que je vivais un sentiment fort. Oui, j'étais en proie à une peur panique : celle de tout gâcher, de ne pas trouver le bon geste ou de ne pas l'accomplir au bon moment. Rien ! Il ne me restait rien de mon 'expérience amoureuse', de ce savoir-faire que j'avais acquis au contact d'adolescents plus ou moins habiles, Castor en tête (qui les avait d'ailleurs tous surpassés, et de très loin). Tout le savoir-faire dont je pensais disposer, ne me servirait de rien, j'en avais l'effroyable certitude. Ainsi donc, tout était à inventer, à découvrir.
Un immense respect - presque une adoration - pour l'être merveilleux qui se trouvait en face de moi me laissait ainsi interdite, pantelante, en proie à un désir insensé, tel que je n'en avais encore jamais connu, mais incapable de remuer le petit doigt !
Chloé dut sentir, deviner, percer à jour la vraie raison de ma paralysie, car, très émue elle aussi, elle approcha ses lèvres. Sa voix menue déchira le lourd silence qui nous enveloppait :
- Oh ! Dominique ! Mon Dieu ! Que c'est… que… comme je t'aime !… Et elle ajouta précipitamment : Mais de quoi as-tu peur ?
Ses yeux étaient légèrement humides, trahissant son émotion, son désarroi face à mon inaction.
Une sorte de colonne de chaleur remonta de mon ventre à mes tempes, se répandant dans tout mon corps, faisant se dresser mes pointes de seins, hérissant sur ma peau frémissante le petit duvet qui la couvre, faisant sonner mon cœur comme le tocsin des jours de grand péril.
Mes mains partirent comme des fusées et, m'emparant de la tête de Chloé que j'emprisonnai entre mes paumes, je lui baisai les lèvres avec fougue.
Les yeux clos, j'étais à présent toute entière sur les lèvres de Chloé, à découvrir leur douceur, leur goût ; à pulser au rythme même de la vie qui s'exprimait là, brûlante, humide, palpitante ! Nous tremblions toutes deux, le cœur au bord des lèvres (jamais l'expression n'aura été si pertinente !), en proie à une émotion intense. Lorsque la langue de Chloé, d'une incroyable douceur, s'insinua avec délicatesse entre mes lèvres frémissantes, je crus défaillir de bonheur, envahie par un plaisir à la fois doux et puissant. Ma bouche s'ouvrait, accueillant cette visiteuse tant attendue, tant désirée. Docile, ma langue vint prêter allégeance à sa souveraine, et c'est presque timidement que le contact s'établit. Les truffes mouillées de deux chiens qui font connaissance ont de ces frémissements étonnés et joyeux. En même temps que la langue de Chloé envahissait ma bouche, en prenait possession, ce fut comme si, simultanément, une seconde langue pénétrait mon vagin. La sensation était hallucinante, mais je ne cherchai pas à m'y soustraire au nom d'une logique et d'un réalisme parfaitement hors de propos en cet instant suave. Je m'abandonnai au contraire à ce double baiser, le plus doux, le plus merveilleux qu'il m'ait été donné de vivre. En même temps que nos langues se rencontraient, se mêlaient, se léchaient, nos corps s'enlaçaient, se serraient l'un contre l'autre, comme pour ne faire plus qu'un. Et j'eus vite l'impression que nos langues et nos corps étaient en réalité en train de se livrer aux mêmes mouvements, se tordaient sous les mêmes vagues de plaisir, se gonflaient de volupté et de désir. Où étaient ses mains ? Partout ! Partout sur mon corps ! Sur mes épaules, sur mes fesses qui pointaient pour mieux s'offrir, sur mes seins que je sentais se gonfler, sur mes cuisses qui se tendaient comme des arcs… Étions-nous encore debout dans cette pièce ? Étions-nous encore de ce monde ?… Eh ! Qu'importe ! J'étais en train de découvrir l'amour, le bonheur !
Le baiser qui se prolongeait là était d'une douceur, d'une sensualité presque insupportable. J'étais au bord, déjà, de la jouissance, affolée, éperdue. La chaleur, l'humidité de sa bouche se répandait dans tout mon corps, et ce n'était pas sa langue que je goûtais là mais, me semblait-il, Chloé toute entière !
Lorsque, après une délicieuse éternité, nos bouches finirent par se séparer, nos regards plongèrent l'un dans l'autre et je tressaillis de bonheur en lisant dans les beaux yeux de Chloé une même joie, authentique, vivace, forte, presque un rire. Allons ! J'étais sur la bonne voie ! Le premier pas n'avait pas été si maladroit, je pouvais oser m'aventurer. À ce stade-ci, il aurait d'ailleurs fallu m'abattre pour m'en empêcher ! Quelque chose venait de s'enclencher, je le sentais, qui me fis frissonner d'un bonheur impatient et sauvage. M'étant un instant attardée, du bout de la langue, à la commissure de ses lèvres, j'avais surpris un léger tressautement ; ainsi donc Chloé avait là un point sensible. Je me promis de m'en souvenir !
Chloé, mon amour, ma chérie, ma belle et tendre, attends, tu vas voir, tu vas voir comme je t'aime, comme je suis à toi, comme je suis déjà ta chose, ton esclave, ton jouet !
Quel curieux mélange ! Quel étrange rapprochement des contraires : voilà que, tout à la fois, j'avais envie de plaire à Chloé, qu'elle me trouve belle, attirante, sexy, qu'elle ait envie de moi, de mon corps, sexuellement, crûment ; et en même temps, je ressentais, face à elle, comme une sorte de pudeur, de crainte de la choquer, de la décevoir, de compromettre la délicatesse de sentiments d'autant plus fragiles qu'ils étaient encore naissants. Mais le plus curieux, c'est que la pulsion sexuelle, indéniablement présente - et avec quelle force ! - ne semblait pas incompatible avec l'amour. Il me sembla qu'il s'en fallait là d'un ajustement de haute précision, comme s'il s'agissait d'accorder deux instruments, avec la plus grande exigence. Et je repensai, un bref instant, à la merveilleuse sonate de Michel Corrette. Oh mais oui ! Cela m'apparut comme une évidence : nous allions jouer le même air, à l'unisson ! À en perdre haleine.
Lorsqu'elle avança ses charmantes mains vers mon corsage, je ne pus m'empêcher, bloquant l'air dans mes poumons, de gonfler la poitrine, de porter mes épaules vers l'arrière et de me cambrer, m'exhibant fièrement, m'offrant toute à ses regards, à ses caresses, à son désir. Je tremblais qu'elle ne fût déçue, qu'elle me trouvât soudain moins attirante qu'elle ne l'aurait cru.
Moment d'angoisse !…
Mes seins tremblaient d'impatience, aspirant à être dévoilés, contemplés, caressés, bécotés, malmenés… Mais les trouvera-t-elle à son goût ?…
Inquiétude !
Elle entreprit de déboutonner lentement le haut de ma robe, tout en me fixant bien droit dans les yeux. Je l'imitai aussitôt et, non sans fébrilité, me mis à défaire un par un les boutons de son joli chemisier. Nous respirions fort, en proie à un désir violent que nous n'allions plus pouvoir brider bien longtemps.
Elle promenait à présent ses doigts furtifs sur le haut de mes seins, n'osant encore les pétrir, les contemplant, toute tremblante d'émotion.
J'écartai les pans de son chemisier et contemplai ses seins délicats, tendrement enfermés dans un ravissant soutien-gorge rehaussé de dentelles et orné d'une petite fleur, juste entre les deux rondeurs. Sans être aussi volumineuse que la mienne, sa poitrine était de belles proportions, parfaite, en réalité, bien ronde, insolente de jeunesse et affirmant la vitalité d'un corps épanoui et harmonieux.
Ensemble, nous accomplissions les même gestes, tendres, délicats, presque timides : nous nous caressions le haut des seins, les soupesions, en éprouvions la texture, le poids, la souplesse… Nous prenions plaisir à faire durer ces délicieux attouchements.
Lentement, je l'attirai à moi, et nos deux corps entrèrent en contact. Moment divin que celui où sa chaleur vint se fondre à la mienne, où avec une grâce infinie nos bras s'enlacèrent, sans maladresse, sans hâte, comme si nous nous connaissions depuis toujours.
Mes lèvres s'écrasèrent sur la peau duveteuse de son cou, lui arrachant un petit gémissement de plaisir.
Ma cuisse s'insinua entre ses jambes, cherchant le contact.
Je fus prise d'une envie soudaine de me jeter sur ce corps merveilleux, de lui faire l'amour, de me donner à elle, éperdument, de lui offrir toutes les ressources de mon corps en délire, de me laisser totalement aller à la dérive, de l'emporter avec moi dans le tourbillon d'un plaisir qui ne pourrait s'avérer que grandiose.
Et puis, soudain, quelque chose se produisit en moi, comme si un mystérieux signal d'alarme venait de sonner. Non ! Ce ne serait pas maintenant ! C'était trop tôt ! Trop vite, j'allais tout gâcher ! J'en eus la certitude. Céder au désir maintenant, ce serait à coup sûr brûler les étapes. Chloé n'était pas, n'allait pas devenir, une amante de passage, une occasion de laisser libre cours à mon appétit sexuel, à la débauche de mes sens. Elle méritait mieux, infiniment mieux ! Certes l'amour passe aussi par le sexe - ô combien ! - mais il doit en demeurer l'expression, il doit le traduire, en être l'émanation, et non le guide. Place donc d'abord à l'amour, au vrai, à la douceur, à la tendresse ! Les ébats - et je ne doutais pas un instant qu'ils seraient vertigineux - suivraient en leur temps, viendraient à leur heure. Je voulais, déjà, impérativement, que Chloé soit non pas un objet sexuel entre mes mains - ou moi entre les siennes - mais mon amante, aimante et amoureuse. Oui ! je venais d'en prendre à l'instant la résolution : nous prendrions le temps de nous découvrir, de nous connaître au plus intime, au plus profond, et nous n'avancerions sur les chemins de la volupté que dans une parfaite harmonie, en étroite complicité, en totale symbiose. Je l'aimais trop déjà que pour tenter encore le moindre geste d'appropriation sexuelle, voire psychologique.
Avec une infinie délicatesse, je l'assis sur le canapé au fond duquel j'avais amassé une montagne de coussins qui nous attendaient.
Elle n'eût même pas l'air étonné de ce que je ne me livre pas à des caresses plus osées. Étions-nous donc déjà réellement en phase, en harmonie. Je me plus à le croire.
C'est d'une voix blanche, tremblante, que, la gorge serrée, j'arrivai à articuler :
- Chloé, je t'aime !
Un flot de larme jaillit de mes yeux et se répandit sur mon visage, me brûlant la peau. Je frissonnai, en proie à une vive émotion.
Sans attendre, sans réfléchir, guidée par un instinct sûr, Chloé se mit à me lécher les joues, comme pour effacer les traces de ce qui pouvait être un chagrin déplacé. Cette caresse avait quelque chose d'à la fois délicat et infiniment sensuel. Je crois que j'eus une jouissance sur le coup : mon ventre s'embrasa aussitôt.
Quelque chose me disait que Chloé n'était pas tout à fait novice à ces jeux. Peut-être ses mains avaient-elles déjà parcouru d'autres chairs féminines. Mais cela m'importait peu sur le moment.
La tête me tournait et, pour échapper à un début de vertige, je me laissai choir mollement sur les coussins, entraînant Chloé contre moi.
L'instant d'après, nous étions allongées, côte à côte, à nouveau étroitement enlacées.
Nos mains parcouraient nos corps alanguis, mais sans hâte, hésitantes encore, respectueuses. Nous nous cherchions, nos peaux faisaient connaissance, nos membres s'ajustaient, nos désirs s'accordaient aussi sûrement que deux instruments de musique s'apprêtant à jouer un duo.
Son odeur, sa délicieuse odeur de femme en désir, d'enfant excitée me parvint et m'enivra.
C'est un long voyage qui commençait là !
Nos mains entreprirent une lente, sensuelle, délicate et délicieuse exploration ; cherchant à épouser la moindre forme, se coulant le long d'une cuisse, s'incurvant pour rejoindre une hanche, se faisant aérienne pour parcourir une chevelure, se rendant douce et à peine présente pour effleurer une lèvre.
Nos langues se mirent de la partie, goûtant une peau, s'insinuant dans le lobe d'une oreille, glissant le long d'un avant bras, léchant la surface d'un ventre.
Le seul endroit que, par une sorte d'accord tacite, nous évitions soigneusement, c'était nos sexes, ruisselant pourtant de nos désirs inassouvis, brûlant de se rencontrer, assoiffés l'un de l'autre… Ils s'attendraient ! Leur heure n'était encore venue. Le feu d'artifice viendrait, en son temps, couronner la fête de nos sens.
Pour l'heure, c'est à la tendresse, à la douceur que nous sacrifiions, sans concession, trop conscientes l'une comme l'autre, du caractère unique, presque magique, de ce qui nous était offert de vivre en ces instants sublimes.
Une main impatiente qui se serait aventurée en nos béances intimes aurait certes dispensé un plaisir aigu, mais aurait, à coup sûr, compromis un rituel en train de s'installer, aurait hypothéqué de biens précieuses promesses.
Chloé avait eu, il est vrai, un mouvement vers mon entrejambe mais l'avait interrompu. Je m'en étais trouvée renforcée dans l'idée que nous devions nous accorder, ne pas laisser libre cours à nos sens, en tous cas pas immédiatement, pas maintenant, pas tout de suite. Elle avait, quelques instants plus tard, murmuré, d'une petite voix suave un " Pourquoi ? " qui me fit sourire. Je lui avais répondu :
- Parce que je t'aime ! Je veux que tu puisses te souvenir toute ta vie des premiers instants que nous partageons là.
Elle avait eu un sourire étonné, et ses yeux m'envoyèrent alors une lueur étrange, dont le sens me demeura obscur. Mais je sentais que je l'avais touchée.
Nous demeurâmes encore un long moment, parfaitement immobiles, enlacées, heureuses, légèrement tremblantes, les yeux clos, n'écoutant que le bruissement de nos souffles redevenus réguliers, repues malgré tout, non de sexe, mais de tendresse, de douceur, d'amour.
Le long regard tendre que m'adressa Chloé en se redressant faillit tout compromettre tant fut puissante la bouffée de désir qui m'embrasa les entrailles à cet instant.
Mais je me contins, pour elle, pour moi, pour nous.
Nul masochisme dans cette attitude pourtant, aucune concession à un quelconque code de morale ou de bienséance ! Tout simplement, nous réalisions une sorte d'investissement (le vilain mot !), nous ouvrions la voie royale à ce qui, nous le voulions autant l'une que l'autre, serait notre avenir. Tout simplement, nous lui construisions un socle, nous le voulions fait de tendresse, de respect, de douceur, de bonté, de beauté ; en un mot, d'amour, mais le plus pur, le plus profond.
Nous avions passé les heures suivantes à papoter comme de vieilles amies, à écouter de la musique, à regarder une émission à la télé. Gentiment assises l'une à côté de l'autre ; nous nous touchions volontiers, nous caressant tendrement. Et mon chat, qui l'avait aussitôt adoptée, avait eu droit, lui aussi, à son comptant de caresses.
Le désir ne m'avait pas quitté un instant, couvant en mon ventre comme un fauve aux aguets.
Le dernier baiser que nous échangeâmes ce jour-là, au moment de nous quitter, fut, je m'en souviens comme si c'était d'hier, d'une tendresse, d'une douceur, d'une chaleur à nulle autre pareille.
Au moment de franchir le seuil, elle eut un élan vers moi. D'une voix précipitée, légèrement rougissante, elle me dit :
- On ne m'a jamais aimée comme ça !
Puis elle s'en fut, presque en courant, comme bouleversée.
Je demeurai un long moment, tendue, les sens en éveil. Lorsque j'eus la certitude qu'elle était bien partie, je me relâchai complètement : j'éclatai tout bonnement en sanglots. Toute la tension accumulée au cours des heures qui avaient précédé se libérait là, d'un coup. Je réalisai que j'étais dans un état de nervosité et de tension incroyable. Je fus parcourue d'un frisson qui me secoua toute. Trop longtemps contenu, mon désir, mon envie de sexe s'empara de moi et ne me laissa plus aucun répit. Ma main partit vers ma vulve que je découvris ruisselante. Je me précipitai sur mon canapé avec une telle brusquerie que mon chat s'enfuit vers la cuisine, affolé. J'arrachai mes vêtements avec frénésie, je me roulai, à demi nue, parmi les coussins et me mis aussitôt à me labourer l'entrejambe en couinant. J'étais comme folle, j'écartai les cuisses en un mouvement d'une rare impudeur. Une de mes mains s'était emparée d'un sein que je me mis à malaxer avec sauvagerie, tandis que l'autres investissait mon sexe que je fouillais, triturait, torturait de mille façons. Je me trémoussais, haletante, écarlate, la tête en feu, les sens en folie. Des ondes électriques me traversaient toute, je perdais complètement la tête. Après avoir arraché ma culotte dont la résistance stupide m'agaça au plus haut point, je laissai mes doigts se précipiter à l'intérieur de mon vagin où je les agitai avec une rage soudaine. Je tressautais comme une hystérique. J'étirai mes pointes de sein à me faire mal, ma poitrine, toute gonflée, depuis des heures, me lançait des éclairs à la fois suaves et douloureux. Je me surpris à gifler la chair qui protégeait mon clito affolé, je me distribuai quelques claques sonores sur les fesses ; à deux mains, je les écartai dans l'espoir insensé d'une pénétration aussi soudaine que brutale. Mes doigts plongèrent à nouveau dans l'entrée de mon vagin et, telles des serres de rapace, me labourèrent sans ménagement. Je sautais sur place, m'arc-boutant au milieu des coussins épars, tout mon corps était brûlant, secoué de spasmes incoercibles, je me mis à crier, ce qui me surpris et m'électrisa tout à la fois. Je me labourais, comme une démente, cherchant à me soulager d'un désir incroyablement puissant, d'une envie de sexe, de sauvagerie, de bestialité, comme je n'en avais encore jamais connu. Heureusement que Chloé était partie, elle m'aurait prise pour une folle et se serait enfuie en hurlant à la démence ! Démente, je l'étais à coup sûr ! Avisant une innocente banane qui trônait au milieu du panier de fruits qui ornait la table basse, je m'en emparai et l'engageai aussitôt dans mon vagin ruisselant. Je manquai jouir sur le coup. Ooh ! Que c'était bon, mon Dieu que j'avais envie de sexe, de baise, de… oooh ! Mais dans quel état me trouvais-je donc ? Je me labourai incontinent le vagin avec le fruit qui, tout surpris, se fit bien vite mon complice et me procura le plaisir bestial, crû, sauvage, que j'attendais de lui. Je brûlais, je flambais, je hurlais. Je lançai la tête de droite à gauche dans une série de mouvements désordonnés tandis que mon bassin tressautait, en proie à un delirium digne des grandes crises d'épilepsie. J'applaudissais des cuisses, me retournai sur moi-même. Je vibrais comme une machine à dépaver les rues ; mes doigts recourbés grattaient l'intérieur de mon vagin brûlant… je… oooh ! Je… l'orgasme s'annonçait, majeur, impérial, somptueux. J'eus soudain l'impression que doivent ressentir ceux qui sautent en parachute : une bascule dans le vide. Ce moment qui précède tout juste la chute elle-même, lorsque l'organisme sait qu'il va vivre quelque chose d'intense, d'exceptionnel. Un grand vide se fit soudain, je demeurai tétanisée un bref instant, le souffle court, les poumons bloqués, la bouche ouverte, appelant l'air, le cœur cognant à tout rompre ; puis ce fut le feu d'artifice, la grande libération, le jaillissement ! eh oui, le jaillissement : un flot de liquide incolore jaillit d'entre mes jambes, avec une abondance et une force incroyable tandis que je hurlais tout à la fois de surprise et d'un plaisir sauvage. Je crus que j'hallucinais, que j'avais une vision, que je pétais vraiment les plombs. Pourtant le doute n'était pas permis ; j'avais bel et bien émis un flot de liquide ! Incroyable ! Insensé ! Je me souvins alors vaguement, par bribes, vu l'état dans lequel je me trouvais, avoir entendu deux de mes camarades de classe parler un jour des " femmes fontaines " et de leur incroyable faculté d'émettre de tels jets au moment où elles connaissaient l'orgasme. J'avais cru à un délire d'adolescents vaguement vicelards et quelque peu mythomanes.
Me laissant retomber lourdement, avachie, brisée, complètement ramollie, dans les coussins ébahis, je me rendis à l'évidence : à n'en pas douter, je faisais partie de ces phénomènes ! Je ne sus trop, sur le moment, si je devais m'en réjouir ou le déplorer, mais je me promis d'étudier la question.