Athos trépigna d'excitation tandis que les troupes de la Conquérante faisaient leurs entrées dans la ville. Son intendant avait déjà choisi la meilleure auberge pour loger la Conquérante et ses officiers supérieurs. Le reste des hommes camperait à l'extérieur du port, préparant le matériel pour le voyage à Éphèse. Le contingent macédonien ferait aussi le voyage, et les rejoindrait bientôt.
Les aubergistes étaient un homme d'un certain âge, à qui il manquait quelques dents et sa jeune femme, qui faisait moins que la moitié de son âge. Gabrielle ressentit de la compassion envers la fille qui semblait à peine assez vieille pour avoir eut ses règles, mais qui avait malencontreusement été mariée à quelqu'un de beaucoup plus vieux qu'elle.
L'auberge était agréable, et était décorée de couleurs primaires joyeuses, que Gabrielle soupçonnait être le choix de la jeune fille. Le rez-de-chaussée logeait un espace approprié pour la salle à manger ainsi qu'un bar, adjacent les quartiers privés de l'aubergiste. Le deuxième étage comprenait six chambres et une salle de bain. Les pièces n'étaient pas plus grandes que le plus petit cabinet dans le palais de la Conquérante, mais Gabrielle était heureuse de ne pas dormir sur le sol raboteux.
En réalité, cela n'a pas été si pire. La Conquérante m'a montré comment lisser la terre et comment disposer ma couche et mes couvertures pour que ce soit plus confortable. Elle a dit qu'elle avait passé plus de la moitié de sa vie à dormir à même le sol, dans la saleté. Berk!! Alors cette deuxième nuit où je me suis étendu et où j'ai senti tout mon dos se remettre en place. Dieux… que cela a fait du bien ! Mes jambes semblent un peu mieux depuis.
Perdu dans ses pensées, Gabrielle n'entendit pas la Conquérante qui l'appelait. Une grande main se referma autour de son bras, "Gabrielle", gronda faiblement Xena.
La jeune femme sursauta, rougit, puis leva les yeux pour rencontrer des yeux bleus vaguement amusés. "Désolé, j'étais dans la lune."
"Ça j'avais remarqué. Viens." Avec cet ordre, Xena tourna les talons et quitta l'auberge, laissant le soin à Gabrielle de se dépêcher pour la rattraper.
Utilisant son bâton comme d'un levier pour se donner plus de force et de vitesse, Gabrielle parvint à suivre l'allure de la Conquérante. "Puis-je demander où nous allons ?"
"Tu peux toujours," répondit Xena, la réponse préférée qu'elle donnait à Lycéus, lui était venu immédiatement aux lèvres. Son ouïe aiguisée perçue le soupir à peine audible derrière elle. Elle se débattit pour s'empêcher de rire. "Je veux examiner la ville. Je ne viens pas dans ce secteur très souvent."
"D'accord." Gabrielle se demanda pourquoi la Conquérante l'avait amenée, puis se rendit ensuite compte que se devait être pour l'empêcher d'essayé de s'échapper. "Je ne serais pas parti, vous savez."
La Conquérante fronça légèrement les sourcils et s'arrêta. Elle a l'impression d'être une esclave. Et tu pense qu'elle est une espèce de petite sœur. Merveilleux. Arrête de te mentir. Elle est comme toutes les autres … rien de différent. "Ça ne m'inquiète pas, Gabrielle. Comme tu peux le constater, je n'ai posté aucun garde autour de toi. Retourne à l'auberge."
La Conquérante se retourna brusquement et marcha rapidement au loin, ne se mélangeant pas tout à fait à la foule.
Gabrielle lâcha un profond soupir. Se prodiguant une petite tape sur le front elle murmura, "Fantastique. Je pense que tu as blessé son orgueil. Imagine ça."
Le chahut du marché était considérable. Une nouvelle caravane de commerçant venait d'arrivée dans la ville avec une réserve de marchandise fraîche. La rumeur de l'arrivée menaçante de la Conquérante s'était rapidement répandue. Cela se traduisait par une pluie de dinars qui allait tomber sur la cité étant donné que les soldats allaient boire, manger et passer du bon temps avant leur traversé.
Comme la plupart des marchés, celui-ci était situé au centre de la ville. Des rangées de chariots étaient alignées sur la place centrale, chaque chariot logeait au minimum un marchand fort en voix. La plupart étaient debout sur des caisses aux côtés de leurs marchandises et clamaient leurs aubaines. Entre leurs annonces publiques, ils marchandaient avec les clients en les encerclant et en récoltant leurs dinars. Le marché semblait être arrangé par type de marchandise - les articles de ménage, et les substances alimentaires d'un côté; le métal et le cuir d'un autre. Les autres marchandises étaient placées au centre, à part la vente d'animaux qui se tenait près de l'étable publique. La ville était clairement prospère, et bénéficiait de la richesse du commerce maritime tout autant que celles des terres fertiles avoisinantes.
Xena se rappela la négociation des traités qui avait permis le commerce sans restriction entre Athos et Chios. Cela avait été une négociation typique : elle avait fixé les termes, l'autre partie avait deux choix soit consentir soit faire face à la destruction. Je me demande comment se porte Chios conformément à notre accord. Pas trop bien j'espère. Ou je devrai renégocier. Je ne voudrais pas qu'ils pensent que je me suis amolli.
La Conquérante regardait oisivement une nouvelle bride pour Argo, quand Cefan vint à elle en courant.
"Majesté," elle plaça son poing droit sur son cœur et la salua.
Xena nota la poitrine de son Lieutenant qui se soulevait à chaque respiration pendant qu'elle reprenait son souffle. "Qu'est-ce qui ne va pas ?"
"Majesté, un des hommes du contingent macédonien est mort et il y a une émeute de commençants dans le quartier Nord."
"La Garde est-elle là ?" La colère déferla dans le corps de Xena comme une crue subite. Le responsable de tout ceci mourra. Lentement. Très lentement.
"Palaemon a appelé la Garde et s'occupe à réprimer le tout. Il m'a envoyé pour vous trouver."
"Conduis-moi là, Cefan. Ne permettons pas à mon Capitaine de s'amuser tout seul."
***
Gabrielle s'était occupée elle-même de préparer la chambre de la Conquérante.
L'aubergiste avait fait un travail respectable et enlever la saleté, mais n'avait fait aucun effort pour ajouter des articles superflus. Gabrielle était incertaine de l'humeur de la Conquérante et ne voulait pas risquer de l'irriter davantage.
Quand elle avait reconnu un des officiers qu'elle avait souvent vu près du feu de camp alors qu'elle racontait ses histoires, elle lui avait demandé de l'escorter au marché. Entre le charme de Gabrielle et sa contenance magnanime, elle avait réquisitionné des tapis persans, du lin égyptien, de la verrerie babylonienne et des huiles turques. C'est un premier round seulement, juste les produits les plus raffinés. J'espère que la Conquérante sera ravie.
Quand ils conclurent leur dernière transaction, Gabrielle et son escorte entendirent des cris venir du quartier Nord. Le choc distinct du métal contre le métal se répercuta par les rues de pierre et la femme aux cheveux blonds commença à se déplacer dans cette direction.
Un essaim de gens déferla autour d'elle comme ils s'enfuyaient de l'affrontement. Deux fois Gabrielle fut presque renversée, seule sa solide poigne sur son bâton l'a maintint debout. La foule la sépara de son escorte, qui criait son nom de toutes ses forces pour qu'elle revienne. Il voulait s'assurer que rien n'arrive à la jeune femme; il adorait ses histoires et craignait la Conquérante.
Atteignant finalement la scène, Gabrielle fut inquiète par ce qu'elle y découvrit. Au bout d'une petite cour un soldat, un membre du contingent macédonien, était mort, la poitrine béatement ouverte et les vêtements trempés de sang. À quelques pieds de lui, dans l'embrasure d'une porte, une jeune fille était assise pelotonné en boule serrée, elle se balançait d'avant en arrière. Les cheveux défait cachaient plus de la moitié du visage de la jeune fille, mais Gabrielle put voir qu'elle avait été sauvagement battue. Par une voûte, Gabrielle put aussi voir et entendre les derniers soubresauts du combat. Elle vit Palaemon et Cefan qui mataient ceux qui s'opposaient à eux. Très peu de gens étaient en réalité aussi imprudents.
Gabrielle revint sur ses pas et se dirigea vers la fille, en faisant attention pour déposer son bâton très doucement afin de ne pas faire aucun bruit brusque. Gabrielle se laissa glissé par terre à côté d'elle, mais fut incapable de réprimer un petit gémissement quand elle plia les jambes avec effort. À ce son, la fille la regarda avec des yeux terrifiés et plongea sur elle.
Sur le coup, Gabrielle crut que la fille l'attaquait. Mais elle sentit les minces bras de la fille entourer ses épaules et son visage s'enfouir dans la cavité de son épaule. Une vague de compassion traversa la conteuse et elle referma ses propres bras autour de la fille qui sanglotait. Caressant ses cheveux emmêlés de sang, Gabrielle fit de petits bruits et essaya de transmettre un peu de sa force à la jeune fille. Par-dessus la tête de la jeune fille, Gabrielle put voir le cadavre du soldat.
Ses yeux se portèrent sur une autre flaque de sang ailleurs sur l'homme et elle comprit ce qui s'était passé. "Shh, shh, il ne peut plus te faire de mal désormais. Ça va aller." Et Gabrielle pria Athéna pour que se soit la vérité.
"Tuez-les !"
"Poursuivez-les!"
"Achevez-les comme ils ont achevé Nilos!"
Les cris sauvages emplirent soudainement la cour comme la Conquérante arrivait sur la scène du meurtre, suivi par ses troupes et trois hommes.
Elle marcha vers le cadavre et se tint debout devant lui, faisant face aux hommes qu'on lui avait livrés pour qu'elle rende un jugement. Palaemon et Cefan les poussèrent et ils tombèrent à genoux devant Xena, le sang sur le pantalon du cadavre continuait de s'épancher et de s'étendre.
Les yeux de la Conquérante se rétrécirent tandis qu'elle méditait sur quel serait leur châtiment. Sa lèvre supérieure se souleva férocement et elle commença à parler, "Vous avez osé lever la main sur une de mes troupes ?"
Lentement, en savourant la frayeur dans leurs yeux, elle tira son épée de son fourreau, le métal poli brilla en un éclat quand le soleil de l'après-midi vint y refléter sa lumière. "Présentez-moi vos mains."
Un des hommes blanchit et tenta de reculer en comprenant l'implication de ses mots. Un autre commença à sangloter. Mais le troisième, le plus vieux des hommes, leva les yeux sur la Conquérante, nullement intimidé et étendit ses bras. Palaemon fit le tour de l'homme qui avait reculé et prit ses poignets pour soutenir grossièrement les bras de l'homme en avant pour qu'ils soient étendus devant son corps. Je remercie d'avance les Dieux que la Conquérante ait la main stable sinon je pourrais perdre quelque chose moi aussi.
Gabrielle qui avait observé la scène avec une horreur perplexe, avait soudainement compris ce qui était sur le point d'arriver. Avec une force inattendue, elle s'évada violemment de l'emprise de la jeune fille et se jeta devant l'épée de la Conquérante qui avait entamé sa descente. "Non! Majesté, non!"
La lame s'arrêta à un cheveu de sa tempe. Avec un grondement, la Conquérante attrapa Gabrielle par sa tunique, et la repoussa violemment en arrière. "Je m'occuperai de toi plus tard!" Elle commença à pousser la jeune femme, mais Gabrielle s'accrocha à son avant-bras.
"Non, s'il vous plaît, Majesté." Ses yeux supplièrent la femme certaine que celle-ci ordonnerait à nouveau sa mise à mort. Dieux, laissé moi au moins sauver ces hommes. Ils ne méritent pas cela. "Regardez le cadavre, Majesté. Regardez où il a été frappé."
Xena se surprit à regarder le corps à la demande de Gabrielle. Elle vit qu'il avait été émasculé. Les yeux de celle-ci se portèrent alors vers la jeune fille dans l'embrasure de la porte et elle remarqua le sang qui souillait sa jupe.
"Oui, votre porc de soldat a posé ses sales pattes sur ma fille !" Cracha le vieil homme. "Il l'a prise, contre sa volonté et un de ses amis m'a retenu tandis qu'il le faisait. Mon seul regret est que vous me coupiez les mains et me priviez du plaisir de tuer aussi cet homme."
Xena fit face à la troupe de soldats qui avait été témoin de la scène. "Qui est le Commandant?"
Un officier du contingent macédonien fit un pas en avant, plaça un poing sur son cœur et salua, "Moi Majesté."
Xena lui trancha proprement la tête. Celle-ci rebondit dans la cour de pierre et atterrit à l'intérieur du ventre ouvert de Nilos. Le corps de l'officier tomba lourdement sur le sol, éclaboussant les captifs de sang chaud.
Gabrielle haleta et détourna les yeux, elle n'avait même pas vu la Conquérante bouger.
"Je ne tolérerai pas un tel comportement parmi mes troupes !" Explosa la Conquérante, plantant les yeux dans le regard courroucé des trois hommes. Tournant ensuite son regard glacial vers la foule, elle continua, "je ne permettrai pas à un officier de vivre s'il m'apporte la disgrâce par sa conduite méprisante. Le soldat qui a participé à cet acte odieux en tenant cet homme me sera livré avant la tombée de la nuit ou j'exécuterai la troupe toute entière."
Lentement, Gabrielle tourna la tête, juste à temps pour voir le père de la jeune fille lécher le sang de l'officier qui avait giclé sur ses lèvres. Elle chancela, des myriades de petits points argentés valsèrent devant ses yeux, puis tout à coup elle ne vit plus rien du tout.
La Conquérante attrapa Gabrielle juste avant qu'elle n'atteigne le pavé. Un bras solidement passé autour de sa taille, Xena tapota doucement la joue de Gabrielle, pour tenter de la réveiller. N'obtenant aucun résultat, elle prit carrément la jeune femme dans ses bras en la soulevant de terre. "Palaemon", appela-t-elle, "ramènes-la à l'auberge. Reste avec elle jusqu'à ce que je sois de retour."
"Oui, Majesté." Il étendit les bras vers la Conquérante et elle y déposa Gabrielle. Elle a le cœur d'un lion. Je ne pense pas avoir jamais eu affaire à quelqu'un d'aussi courageux. Elle se bat même quand elle n'a rien à gagner mais plutôt tout à perdre. Résistant à la forte envie de lui flatter les cheveux, Palaemon se mit en route vers l'auberge.
Xena tourna son attention vers son Lieutenant, "Cefan, dit à mon guérisseur de s'occuper de cette fille." Comme le Lieutenant s'éclipsait pour aller effectuer les ordres, la Conquérante porta la main à sa ceinture et y prit un sac de pièces de monnaie. Elle les jeta au père, qui était toujours agenouillé devant elle. "Tiens, prends ça."
L'escarcelle rebondit sur la poitrine de l'homme qui referma instinctivement ses mains dessus. Juste par son poids, il savait qu'il y avait là au moins deux cents dinars. "Vous pensez que ça va arranger les choses ?"
La Conquérante haussa les épaules, "Considère ça comme sa dot. Aucun homme ne voudra payer pour elle désormais." Elle avisa dans la foule un homme de régiment qui portait les insignes d'un officier et pointa un long doigt vers lui, "Toi. Dis à Paxius de venir au rapport dans mes quartiers immédiatement."
Considérant qu'elle en avait terminé avec tout ceci, la Conquérante franchit le cadavre et les captifs maintenant libres. Le père laissa tomber l'escarcelle d'un air hébété et ses doigts se portèrent au couteau planté dans la poitrine de l'officier mort devant lui. Rapidement il l'arracha et la projeta vers le flanc de la Conquérante qui passait devant lui en l'ignorant.
Seul les réflexes de Xena la sauvèrent d'une blessure sérieuse. Elle regarda fixement l'entaille dans ses cuirs là où la lame avait eut le temps de pénétrer avant qu'elle ne l'attrape avec sa main et une fine entaille laissa échappé une petite gouttelette de sa paume. C'était une blessure superficielle, mais elle savait néanmoins qu'elle aurait besoin de points. Soupirant, elle éloigna son poignet et repoussa ensuite ses cheveux noirs de devant ses yeux, ignorant le sang qui lui macula le front. "Occupes-toi de ta fille. Et fais en sorte que je ne revois jamais ton visage. La prochaine fois, je ne serai peut-être pas aussi charitable."