Gabrielle se réveilla dans les bras de Palaemon au moment ou il grimpait l'escalier de l'auberge. Elle lâcha un cri de surprise. En sursautant, Palaemon la laissa presque tomber.
"Que s'est-il passé ?"
L'officier atteignit le haut de l'escalier et la déposa doucement. Les yeux de la jeune conteuse étaient agrandis par la crainte et la confusion. "Tu t'es évanoui, Gabrielle. La Conquérante m'a ordonné de te ramener ici."
Les événements qui s'étaient déroulé depuis la dernière marque de chandelle lui revint en mémoire. Gabrielle ressentit à nouveau un vertige et saisit le bras de Palaemon pour se stabiliser.
Elle revit le père de la petite victime lécher le sang sur ses lèvres, et savourer son goût métallique. "A-t-elle ? Ces hommes ?" Cette fois, les mots lui avaient échappé.
"Non, tu l'as arrêté."
Son estomac se calma, mais pas son esprit. "Pourquoi a-t-elle tué cet homme... je veux dire ce soldat ?"
Les yeux de Palaemon se durcirent, ses sourcils se rapprochèrent, et même sa cicatrice sembla ressortir. "Les officiers ont juré allégeance à la Conquérante, ils doivent se faire un devoir de soutenir son honneur. Le viol de villageoises est un acte méprisant et un déshonneur pour elle."
"Mais il n'a pas touché à cette fille. Son père était déjà vengé."
"Mais pas la Conquérante. Elle a été directement atteinte par ce geste." Sa main se referma autour du coude de Gabrielle, et il la guida vers la chambre de la Conquérante. "Tu es encore pâle tu devrais te reposer."
Au contact de sa main, les pensées de Gabrielle retournèrent au jour de son crucifiement.
"Gabrielle, il est temps," avait doucement dit Kaiphus en entrant dans sa cellule.
Il avait remarqué les larmes sur le visage de son professeur, cette femme qui lui avait appris à lire au moyen de sa propre condamnation à mort.
"Oh, c'est toi," avait-elle soupiré, en esquissant un sourire et en s'essuyant les yeux. Elle savait que c'était une tâche ardue pour lui. "Je suis contente."
Il avait laissé échappé un cri étranglé, ne se souciant pas que les autres garde l'entendent. Cette condamnation était injuste, tuer cette fille n'accomplirait rien. À part briser son cœur. "Pas moi. Si je pouvais faire quelque chose, je le ferais."
Gabrielle avait fermé les yeux pendant un long moment en essayant de ne pas considérer que c'était sa dernière conversation avec un ami. "Je le sais, Kai. Mais, je n'aurai pas le sang de ta famille sur les mains quand je rencontrerai Hadès."
"Non," avait acquiescé le garde, "mais j'aurai le tiens." Il avait porté la main à sa ceinture et retiré un petit sachet remplit d'une poudre blanche. "Voilà", il avait pris sa gourde et y avait versé le contenu, pour ensuite l'agiter doucement en mélangeant la poudre et le liquide, "bois ça."
Soudainement incapable de soulever ses bras pour prendre la gourde, Gabrielle l'avait regardé prudemment. "Est-ce que c'est ?" Elle n'avait pu formuler la question qui lui avait brûlé les lèvres et demander si la boisson mettrait un terme prématurément à sa vie. Elle était condamnée à mort, mais elle voulait profiter de chacun des moments qu'il lui restait à vivre.
"Non, non." S'était-il pressé de répondre en serrant la gourde. "Cela atténuera la douleur. La Conquérante a ordonné que tes jambes soient brisées."
Exhalant un profond soupir, Gabrielle avait fait son choix. "Non, Kai. Je ne peux pas. Je ne ferai pas cela." Elle avait vu l'interrogation dans les yeux de son ami. "Je ne peux t'expliquer, c'est vraiment stupide. Mais, je ne peux pas me laisser vaincre de cette façon. Engourdir ma douleur équivaudrait pour moi à un acte de lâcheté."
Il avait voulu argumenter, et la convaincre qu'elle était folle, mais il n'avait pas osé dire un mot en apercevant la détermination dans ses yeux. "Peux-tu me pardonner ?" Lui avait-il demandé enfin.
"Il n'y a rien à pardonner. Me… Me mèneras-tu à la croix ?" Ce ne serait pas long, juste un peu plus de temps avec un ami; ami qui ne pouvait pas même reconnaître son amitié en public par crainte d'y laisser sa propre vie. Mais être en sa présence, lui suffirait.
"Ce sera pour moi une honte et un honneur, Gabrielle." Avait-il répondu en lui passant les chaînes avec lesquelles il était entrer. Il lui avait pris gracieusement le coude et l'avait mené à la croix à laquelle elle était destinée.
Elle s'arrêta et fit face à Palaemon, "Elle va me tuer, n'est-ce pas ?"
Le Capitaine fut déconcerté par sa question. Il n'avait pas même considéré que la Conquérante puisse faire du mal à cette fille, pas après cette quinzaine de jours à voyager ensemble. "Je ne pense pas, Gabrielle. Si elle avait souhaité ta mort, elle ne m'aurait pas ordonné de te ramener ici. Elle t'a elle-même mit dans mes bras. " Et je ne l'ai jamais vu faire une telle chose. Pensa-t-il en son for intérieur.
"Oh," Gabrielle se rappela le son du sang qui affluait à ses oreilles pendant qu'elle tombait lentement vers le sol avant d'être attrapé par de solides et chaleureux bras. "Je suppose que je ferai mieux de terminer les préparatifs de sa chambre alors."