Conséquence - L'arbre de vie

Chapitre 13




Le premier jour à bord, tandis qu'elle était encore pleine d'excitation et d'anticipation face à cette nouvelle expérience, Gabrielle se pencha par-dessus la rambarde, pour observer l'eau. Elle pouvait toujours voir la côte de Corinthe à l'horizon et était impatiente de voir les rivages d'Éphèse. Cela prendrait trois jours pour y arriver et déjà elle avait hâte. L'eau éclaboussa le côté du bateau, envoyant une bruine d'eau salée sur sa peau. Dans la mer Égée aux eaux limpides elle pouvait voir les bancs de poisson suivre les sillons du navire. Un poisson peut-il se faire assommer si nous devions le frapper avec le bateau ? Un poisson peut-il se noyer en fait ?

"Un Dinar pour tes pensées," dit la Conquérante comme elle la rejoint à la rambarde.

Gabrielle rougit, ne voulant pas partager ses pensées absurdes, elle exposa donc l'évidence. "C'est magnifique."

La Conquérante hocha la tête brièvement et pointa ensuite son index en direction du Nord-Ouest. "J'avais l'habitude de naviguer dans ces eaux avec mon bateau la plupart du temps."

"Tu avais un bateau ?" Gabrielle essaya de s'imaginer la Conquérante en marin. "Je ne le savais pas."

Xena haussa les épaules, les muscles de ses épaules bougèrent sous sa peau, "Je devrais faire transcrire ma Biographie Royale." Elle permit à un sourire ironique de jouer sur ses lèvres et ses yeux redevinrent distants, comme si elle pouvait revoir les événements qu'elle était sur le point de décrire. "Après m'être assuré qu'Amphipolis était à l'abri de Cortese, j'ai voulu veiller à ce que nous ne subissions plus jamais une telle chose de la part de Cortese ou tout autre Seigneur de Guerre aux ambitions malveillantes. J'ai réuni un équipage et nous avons patrouillé les secteurs du Nord et au sud d'Amphipolis."

"Aimais-tu cette vie ?"

La Conquérante respira à fond, remplissant ses poumons avec les odeurs de la mer. "J'aime naviguer : aucun mur, aucun plafond, de l'air frais, du calme. C'est une vie idéale."

"Alors pourquoi l'as-tu quitté?"

César, hurla la voix intérieure de la Conquérante. Mes jambes brisées et mon esprit presque anéantit. M'Lila. Je ne pouvais pas retourner en mer sans elle. Même aujourd'hui je m'attends encore à la voir. Même aujourd'hui je me surprends à espérer la revoir. Et César me l'a prise, m'a prit mon équipage, a emporté ma fierté avec lui. Comme je lui prendrai la sienne en même temps que sa vie. D'abord ses armes, puis sa vie.

Pendant un long moment, Gabrielle cru que la Conquérante ne répondrait pas à sa question. Elle observa les émotions jouer sur les traits de son visage, habituellement si stoïque, fasciné par le mélange de colère, de crainte, de chaleur et de détermination. Finalement, elle parla doucement, "Il est difficile de conquérir la Grèce à partir d'un bateau."

Gabrielle put dire que ce n'était pas la vraie raison, mais elle savait également qu'il était plus sage de ne pas forcer la vérité. Le fait que la Conquérante lui ait révélé tout ça était significatif pour elle. Gabrielle se résolu à ne pas traiter cette confiance à la légère. "J'aime l'eau," chuchota-t-elle, amenant la conversation vers un sujet plus sûr. "Elle est si pleine de mystère."

Xena gratifia la jeune femme aux cheveux blonds d'un sourire indulgent. "Tu sais, durant tout ce temps que j'aie passé à naviguer dans ces eaux, la seule chose que j'ai pu constater c'est qu'elle était… pleine de poisson."

"Tch, quelle chose ennuyeuse à dire," la taquina Gabrielle en retour, quand elle comprit que c'était ce que faisait la Conquérante à ses dépends. "Dis-moi, as-tu jamais vu une sirène tandis que tu naviguais ?"

"Une sirène ? Par tous les Dieux du mont Olympe, de quoi parles-tu ?"

Gabrielle passa en mode barde, "on ne t'as jamais parlé des sirènes auparavant ? Elles faisaient autrefois partie…"

***

La nuit suivante dans la cale du bateau, la Conquérante, Palaemon, Cefan, Charis et Gabrielle étaient resté assis autour d'une grande table ronde. L'équipage avait débarrassé les couverts du repas de la soirée qui était constitué - sans surprise - de poissons dans un léger bouillon. Maintenant, les coudes et les chopes de thé chaud étaient tout ce qui reposait sur la surface en bois.

Xena observa attentivement son nouvel officier. Charis semblait avoir très bien intégré sa rapide promotion, faisant fit du comportement arrogant qui accompagnait normalement une telle ascension. Xena se rappela du moment où Charis avait été nommé comme Garde Royale. Espirith avait trouvé Charis parmi un groupe de soldats Athéniens ; Elle était meilleure que la plupart des hommes de son équipe, bien qu'elle ne soit âgée que de seulement dix-neuf hivers. Six ans plus tard, Charis était le soldat en chef des Gardes de la Conquérante et aurait bientôt été promu commandant.

"Le Contingent devra rester à l'extérieur d'Éphèse jusqu'à ce que je sache où l'expédition romaine passera. Alors je te donnerai des ordres quant à où mener tes troupes."

Charis inclina vigoureusement la tête, c'était la troisième fois qu'ils repassaient les plans. "Je comprends, Majesté, il sera fait comme vous le souhaiter. Et tandis que j'attendrai, je nommerai de nouveaux officiers et des chefs d'équipe."

"Conquérante," Gabrielle souhaita que cela soit le moment approprié pour poser sa question, "puis-je demander pourquoi vous avez laissé Paxius et tous ses officiers derrière nous à Athos ?"

En prenant une longue gorgée de sa tasse, la Conquérante fit un geste vers Cefan pour qu'elle réponde à la question. Voyons si Cefan comprend pourquoi j'ai pris cette décision.

L'Égyptienne se leva pour se montrer à la hauteur du défi qu'on lui offrait, "Je crois que sa Majesté sait qu'un mauvais leader crée de mauvais officiers. Retirer Paxius n'était pas suffisant. La Conquérante a aussi retiré ceux qu'il avait le plus influencé."

Xena sourit, "Exactement. Gabrielle, tu ne donne jamais de promotion à ceux qui obéissent à un leader incompétent. Cela aggrave seulement le problème et le moral des troupes n'en sont que diminuer parce que rien n'a changé."

"Donc, Cefan, espère que je ne m'embrouille jamais," plaisanta Palaemon. "Ou nous chercherons tous les deux de nouveaux emplois."

"Peut-être," se permis la Conquérante, en souriant de façon rusée à son Capitaine. Elle aima la réaction nerveuse qu'elle provoqua. "Palaemon, tu sais en quoi consiste tes ordres quand nous débarquerons à Éphèse ?"

"Oui, Majesté. Je dois aller au conseil Éphésien et leur donner vos salutations les plus sincères. Je dois les informer que vous êtes là pour visiter le marché, allez faire un pèlerinage au temple, allez faire un tour à la bibliothèque, allez au théâtre et profiter des commodités et agréments de la ville. Que vous aimeriez également faire une visite officielle de la ville avec le Proconsul, mais que vous êtes surtout là par loisir, et non pour affaire."

"J'aime particulièrement la partie qui parle de votre intention de faire un pèlerinage au temple d'Artémis, Majesté," rétorqua Cefan, connaissant bien le dédain que la Conquérante avait pour la déesse.

Xena inclina la tête, "j'espère qu'ils trouveront cela intrigant eux aussi. Mon asservissement des Amazones est bien connu et était nécessaire," ajouta-t-elle après coup. "S'ils sont le moindrement soupçonneux à mon égard, ils concluront que je suis ici pour voler le trésor d'Artémis, et ainsi ajouter une insulte finale aux Amazones qu'elle a si gentiment adoptée comme disciple quand elles se sont réfugiées ici. Pendant qu'ils regarderont d'un côté, je frapperai de l'autre."

"Comment découvrirez-vous où sont les armes, Majesté ?" Demanda Charis, constatant que les autres officiers donnaient librement leurs avis ou posaient des questions. Elle ne s'était pas attendu à une telle liberté et ne voulait pas gâcher une occasion d'apprendre.

"J'ai de multiples talents, Charis, de multiple." Posant les mains à plat sur la table, la Conquérante se leva à sa pleine hauteur. "Assurez-vous que les hommes soient prêts. Je veux qu'ils soient concentrés sur notre mission, et non sur les Éphésiennes quand nous apponterons."

Gabrielle ne réussit pas à s'endormir. La Conquérante lui avait affirmé que le bateau la bercerait pour l'endormir comme un enfant dans les bras de sa mère. Après deux jours en haute mer, Gabrielle doutait sérieusement que l'eau ait un quelconque instinct maternel. Elle se sentait bousculé, agité, balancé … pas du tout apaiser. Son amour pour le sol Grec augmentait rapidement. Je regrette de ne pas avoir apporter une poignée de terre avec moi. Au moins je pourrais dire qu'une partie de moi est sur la terre. Comment les gens font-ils pour vivre comme ça ? Je ne me plaindrai plus jamais de dormir à même le sol dure, non plus jamais.

Le seul endroit que Gabrielle trouvait apaisant sur le bateau tout entier était dans les filets qui montaient jusqu'aux voiles. La première nuit elle était lentement montée à mi-chemin du mât et s'était empêtrée dans le cordage. Le mouvement ne l'a dérangeait pas trop et ses yeux pouvaient se concentrer sur l'horizon, la stabilisant ainsi.

Les marins qui montaient la garde la saluèrent silencieusement. La Conquérante avait donné un cours assez intense à l'équipage en ce qui concernait la conduite qu'il devait avoir envers la jeune blonde. Par conséquent, Gabrielle crue que les marins étaient des chevaliers servants et leur répondait avec encore plus de chaleur, rendant inconsciemment la tâche de demeurer galant encore plus difficile pour les hommes.

En montant sur son perchoir préféré, Gabrielle soupira de contentement tandis que ses yeux dérivaient jusqu'aux étoiles accrochées dans le ciel nocturne. Rapidement elle traça ses constellations préférées, le fait de s'assurer elle-même qu'elles étaient toujours là, lui rappelait le temps où sa sœur se joignait à elle dans cette expectative.

"Là, Lila, par-dessus l'arbre, un peu à gauche… celle-ci est la plus brillante. Est-ce que tu la vois?"

"Comment pourrais-je la manquer, Rie ? Tu la pointe à chaque nuit. Je sais que c'est ta favorite."

Gabrielle soupirait profondément, se retournait sur le ventre et arrachait nonchalamment une pincé d'herbe. Lentement ses yeux remontaient pour rencontrer ceux de sa sœur, "je vais suivre cette étoile un jour, Lila et elle me conduira dans des contrées lointaines." Chuchotait-elle doucement, "Je ne veux pas passer le reste de ma vie ici. Je ne veux pas. Je ne le ferai pas."

Lila haussait les épaules, sa sœur aînée avait toujours des idées étranges. Pourquoi quelqu'un partirait-il de Poteideia ? Ce n'était pas une grande ville, mais leur famille avait toujours vécu ici ; Plus de la moitié de la ville était des parents. Et les hommes à qui on les avait promis étaient ici. Gabrielle n'irait nulle part - sauf dans ses rêves. "Pour sûr, Rie. Tu… - oh! Regarde! Une étoile filante! Là!"

En se retournant, Gabrielle put voir la traînée lumineuse comme elle suivait son cours à travers le ciel noir de la nuit. "Hé bien, Lil, je suppose que tu ne seras pas de corvée de ménage demain."

Lila sourit triomphalement, heureuse qu'elles aient fait ce pari.

Avec le sentiment qu'il n'y avait plus rien à dire, Lila roula sur le dos et trouva de nouveau l'étoile préférée de sa sœur. J'espère que tu ne me laisseras jamais seule ici; je ne pense pas que je pourrais en réchapper.

Les yeux de Gabrielle se concentrèrent de nouveau sur cette même étoile qui montrait maintenant la voie vers Éphèse. Tu m'as emporté, n'est-ce pas ? Tu ne m'as pas oublié après tout. Si seulement Lila avaient voulu nous suivre. Dieux, je m'ennuie de toi, Lil. J'espère que tu es toujours sous ces mêmes étoiles avec moi.

Absorbé dans ses souvenirs, elle ne nota pas la forme debout au-dessous d'elle avant que la chaleur d'une voix ne dérive jusqu'à ses oreilles, lui rappelant le temps où sa mère chantait pour endormir ses filles. Cela prit à Gabrielle quelques moments pour comprendre qu'en réalité quelqu'un chantait vraiment, et que ce quelqu'un était la Conquérante.

Regardant en bas, elle vit la Conquérante appuyée contre le mât, ses mains croisées derrière le dos. Les cheveux de celle-ci se soulevaient au rythme de la brise et reflétaient le clair de lune. Quoiqu'elle ne puisse pas voir ses yeux, Gabrielle savait qu'ils étaient du même bleu soyeux que les vêtements de nuit dont la Conquérante s'affublait. Et la voix qu'elle entendit lui rappela un rêve qu'elle avait fait une fois, il y a longtemps.

"Lying here on the boards
One with the flow
With blue sky overhead
The great depths down below
No matter the way I look
Blue's all I see
And the tranquillity
Comes awash over me"

Gabrielle ne reconnue pas la chanson, mais l'aima immédiatement. Se blottissant un peu plus dans les cordes, elle ferma les yeux et se concentra sur la voix de la Conquérante, la laissant l'envahir.

"A vessel strong, a moonlit night
Stars up above
The brisk salted air
Drenches my lungs
No place to go, no time to meet
Freedom at sea
And the tranquillity
Comes awash over me
I understand the sailor's choice
Romance alive
Sailing ships and dreaming dreams
Needing water to thrive
No place on land holds a home for me
I'm cast out to sea
And the tranquillity
Comes awash over me"
"Take not my ship, take not the sail
They are part of my soul
Without the wind, the sea and air
I have no where to go
No matter the way I look
Blue's all I see
And the tranquillity
Comes awash over me"

Gabrielle s'endormit dans le doux bercement de la mer. Et rêva.